Face à une ruée des chercheurs d'or amateurs en Ariège, les autorités se sont lancées dans l'encadrement de cette pratique ancestrale, mais sans décourager les passionnés dans leur quête de pépites.
Des silhouettes courbées, rougies par l'effort et le soleil, écumant le lit de la rivière à la recherche de pépites, grains, paillettes ou farine d'or : les eaux du Salat, qui prend sa source dans les Pyrénées, abritent le dernier refuge ariégeois des chercheurs d'or.
Car face à la ruée des chercheurs d'or dans le département, il a fallu encadrer cette activité.
"Il y a eu des dégradations de berges, des cratères un peu partout et des disputes entre orpailleurs et locaux", renchérit Jimmy Benard, président de l'association Orpaillage aventure.Après plusieurs reportages télé, l'orpaillage a connu un attrait du grand public. Beaucoup de gens sont venus et ont fait n'importe quoi. C'était un champ de mines
Du coup, la préfecture de l'Ariège a réagi en fermant à la mi-juillet tous les cours d'eau à l'orpaillage de loisir, à l'exception d'une portion du Salat, tout en lançant une étude d'impact sur l'environnement et le nombre d'adeptes.
Soumis à une demande d'autorisation, les amateurs doivent s'engager à ne pas utiliser produits chimiques et outils mécaniques et à ne pas endommager l'environnement.
L'Ariège est le premier département à mener cette démarche, imitée depuis peu par la Haute-Garonne, qui vient de revenir sur une interdiction généralisée imposée depuis 2016.
Ailleurs, quand elle n'est pas simplement bannie, l'activité - dont les associations recensent plusieurs centaines d'adeptes - est tolérée au gré de règles changeantes selon les départements, dans une situation "de souplesse administrative", selon Lionel Sanmarti
Aucune chance de faire fortune
En France métropolitaine, les rivières du massif armoricain, des Cévennes et des Pyrénées sont considérées comme les plus aurifères.Mais même si le prix du métal précieux grimpe depuis le début de l'année, profitant de son statut de valeur refuge en pleine pandémie, les orpailleurs amateurs n'ont aucune chance de faire fortune.
"Des gens qui débutent pratiquent l'orpaillage de manière destructrice et le voient comme une potentielle source de revenu. C'est impossible", explique David Bruno, orpailleur amateur de 48 ans. En cuissardes et pantalon militaire, ce passionné manie la batée, l'instrument légendaire des chercheurs d'or. Cette écuelle en forme de chapeau chinois permet, grâce à un mouvement circulaire, de séparer les sables et cailloux du métal précieux. Résultat de la première opération: quatre fines paillettes d'or, pas plus grandes qu'un point sur un i. Une quantité dérisoire au vu des "efforts consentis".
"Même les orpailleurs professionnels ne gagnent pas leur vie qu'avec ça: ils animent des stages" pour des vacanciers, et "vendent des pendentifs", poursuit le chercheur d'or.de silhouettes courbées, rougies par l'effort et le soleil, écumant le lit de la rivière à la recherche de pépites, grains, paillettes ou farine d'or
Un orpaillage "éco-compatible"
Les prospecteurs amateurs ont toutefois l'autorisation de transformer l'or récolté, à défaut de pouvoir le vendre. Après plus de 30 ans passés à prospecter les ruisseaux du monde entier, Jean Fournier, 79 ans, arbore fièrement une gourmette de 50 grammes d'or au poignet droit. "Ma femme en a deux, mes filles en ont une chacune. Je viens d'en faire une pour ma petite fille, elle est contente comme tout", se réjouit-il.Parfois pointé du doigt pour ses conséquences sur l'environnement, l'orpaillage amateur est "éco-compatible si vous n'arrachez pas la végétation", assure Lionel Sanmarti. "Reboucher les trous ne prend même pas deux minutes. Si on en est là, c'est que les orpailleurs n'ont pas fait le nécessaire", insiste-t-il, dénonçant une structure associative balbutiante. "Beaucoup de gens sont prêts à chercher de l'or mais il y en a très peu pour protéger ce loisir. On a besoin de se structurer pour le sauver", souligne-t-il.