De Pamiers à Hong Kong, le petit poucet de l'aéronautique Mapaero trace sa voie

Le siège de Mapaero à Pamiers / © Eric Cabanis/AFP
Le siège de Mapaero à Pamiers / © Eric Cabanis/AFP

Sans innovation, point de salut: depuis 25 ans, Mapaero, petite PME ariégeoise, rivalise avec des géants mondiaux en proposant aux mastodontes de l'aéronautique des peintures à l'eau pour couvrir les avions, moins nocives pour l'environnement.

Par VA, avec AFP

C'est à environ 70 kilomètres de Toulouse, à Pamiers, que sont concoctées, dans des laboratoires dernier cri, des formules de peintures destinées aux fuselages, cabines et équipements des avions et hélicoptères.

Des peintures moins nocives pour l'environnement

Particularité de ces peintures ? Elles présentent une teneur réduite en solvants, qui contiennent des composants organiques volatils nocifs pour la santé et l'environnement.

"Pour être présents sur ce marché, il a fallu innover", raconte Eric Rumeau, directeur général de Mapaero.

En 1992, lorsque Jean-François Brachotte, chimiste de formation et pilote privé, crée la société qui ne compte alors que trois employés, il noue un partenariat avec Deft, une entreprise californienne qui a inventé le procédé.

Pendant huit ans, Mapaero travaille sur la recherche et développement, étudie les polymères et les mélanges pour perfectionner la formule, jusqu'à obtenir en 2001 sa certification chez Airbus.
Les peintures Mapaero, moins nocives pour l'environnement, présentent une teneur réduite en solvants / © Eric Cabanis/AFP
Les peintures Mapaero, moins nocives pour l'environnement, présentent une teneur réduite en solvants / © Eric Cabanis/AFP

Un succès qui a permis à l'entreprise, dont les premiers clients dans les années 1990 étaient de petits constructeurs comme Socata, de monter en cadence.

"Il y a 25 ans, on fabriquait trois avions par mois, maintenant on en fabrique 60", explique Jean-François Brachotte.

Aujourd'hui, la société emploie 130 personnes, dont 70% de femmes. En 2017, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 29,5 millions d'euros, et compte parmi ses clients, outre Airbus, le constructeur américain Boeing, des équipementiers tels que le groupe Safran ou des centres de maintenance comme ceux d'Air France Industries.

Selon Eric Rumeau, Mapaero représente désormais 5% du marché mondial, et doit se frotter à des concurrents de poids, dont le néerlandais AkzoNobel, numéro un de la peinture, ou l'américain PPG.


L'agilité d'une PME comme atout dans l'univers des grands groupes


Dans cette féroce bataille, le fait d'être une petite structure est paradoxalement un atout: "on a cette agilité de PME qui fait que dès qu'on perçoit un signal du client, la brique décisionnelle est beaucoup plus simple et on peut monter un projet, mobiliser des équipes en trois semaines, un mois", quand de grands groupes mettront plus de temps à se mettre en ordre de marche, explique le directeur général.

Avec désormais 23 personnes affectées à la R et D, l'entreprise continue d'innover pour rester au niveau. Car les défis sont divers: le règlement européen Reach, qui impose l'évaluation et l'enregistrement des molécules chimiques, a rendu obsolètes certaines substances et pousse l'entreprise à chercher de nouvelles formules.

Les clients cherchent aussi à "améliorer les cadences industrielles", avec des peintures qui sèchent plus vite, et qu'on puisse appliquer par exemple avec des robots, indique Eric Rumeau. Enfin, les nouveaux matériaux employés pour fabriquer des avions nécessite de nouvelles recherches.

Dans ses locaux aussi, qui s'étendent sur trois hectares de terrain, l'entreprise est en pointe: elle a installé sur les toits de certains de ses bâtiments des panneaux solaires, et utilise la géothermie.

Pour être plus près des clients, Mapaero a déjà ouvert trois filiales à l'étranger, à Hanovre, Londres et Seattle, et s'apprête à en ouvrir une autre à Hong Kong avec deux commerciaux, pour consolider les activités avec la Chine, la Corée du Sud et Taïwan.

Selon Eric Rumeau, l'objectif est de produire chez Boeing, et à plus long terme l'avionneur chinois Comac, "pour être un acteur incontournable" du marché. "Mais la R et D restera en France", promet-il, conscient des risques de transferts de technologies.

En attendant, la PME est sereine sur ses perspectives. "Les prévisions de trafic passagers sont très optimistes sur les quinze prochaines années", observe le directeur général, se réjouissant des "besoins d'avions nouveaux et plus performants".

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