Au lycée agricole de Carcassonne, la nouvelle génération se prépare

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Écrit par Alexandre Grellier
La nouvelle génération d'agriculteurs se prépare au Lycée agricole Charlemagne de Carcassonne
La nouvelle génération d'agriculteurs se prépare au Lycée agricole Charlemagne de Carcassonne © F. Guibal/FTV

Cette année, les 68 établissements d'enseignement agricole d'Occitanie accueillent 21 000 élèves, lycéens et BTS. Au lycée Charlemagne de Carcassonne, les futurs agriculteurs apprennent des pratiques compatibles avec les changement de la société : notamment le bio, et les circuits courts.

Sous les serres du lycée Charlemagne de Carcassonne, les traits des visages sont encore tirés à cette heure matinale. Comme tous les jeudis matins, les 11 élèves de première de la section horticole sont à pied d'oeuvre : ils vont récolter leur production de la semaine. A cette saison, essentiellement des blettes et des salades.

Valentin Mines, 17 ans, est à la manoeuvre, il a été chargé de répartir le travail entre les lycéens. "Fiona et Orlane, vous vous chargerez des salades. Anthony, tu vas partir avec moi sur les blettes, vu que je sais les ramasser." Dans les parcelles de culture, ou sous les serres, chacun s'affaire. Valentin explique à son camarade comment procéder: "On vient prendre à la base les feuilles de blettes les plus grosses, tout en laissant le cœur pour ne pas tuer la plante. Comme ça elle peut continuer à pousser et on peut faire plusieurs récoltes."

Récolter la production de la semaine

Un peu plus loin, Orlane Brizet, 17 ans et originaire de Saint-Hilaire à quelques kilomètres de Carcassonne, s'occupe de récolter de superbes feuilles de chêne, attentive à chaque détail: "Il faut enlever tout ce qui est mort ou moisi pour un aspect plus joli. Je l’ai appris ici, je ne savais rien quand je suis arrivée: j’ai tout appris au lycée !"

Les élèves prennent au sérieux ce travail, car leur récolte du jour doit alimenter le petit marché de primeur, organisé chaque jeudi pendant la pause de midi, dans l'enceinte du lycée. Et réservé à l'usage des professeurs et du personnel.

Après la récolte, vient donc le temps de la préparation. Autour d'une table, les lycéens composent les paniers en respectant les commandes effectuées dans la semaine par les acheteurs. Fiona Alcantara a 18 ans et est originaire du petit village de Fa dans les Corbières. Son père est oléiculteur et elle-même souhaiterait devenir maraîchère. Elle ne cache pas sa fierté: "C’est le fruit de notre travail. Si on peut mettre ce système en place, c’est qu’on travaille bien et qu’on fait de beaux légumes !"

Mais l'activité est aussi et avant tout un exercice, concret et utile pour ces jeunes qui deviendront peut-être agriculteurs. Lena Loyal, 18 ans et originaire de Carcassonne, souhaiterait monter son entreprise de maraîchage une fois sortie du lycée. Elle vit ce petit marché comme un entraînement pour sa future vie professionnelle :

Ca nous apprend à faire des commandes, à gérer les stocks, à gérer l’argent aussi ! Moi je veux devenir horticultrice, donc si je veux vendre ce que j’ai fait pousser plus tard, ça me servira. Sans le lycée, je ne saurais pas comment m’y prendre

Lena Loyal, 1ère section horticole

Juste avant midi, la sonnerie du lycée retentit. Deux élèves ont été désignés pour vendre la production au marché. Ce jour-là, une petite dizaine de professeurs ou de membres du personnel du lycée ont fait une commande et viennent la récupérer. Parmi eux, Richard Ribaut, enseignant en aménagement paysager:

Je suis enseignant au lycée, je trouve bien de valoriser le travail de nos étudiants, leurs productions.

Richard Ribaut, enseignant en aménagement paysager

Apprendre à trouver des débouchés, mais aussi à vendre, en mettant en exergue les qualités de ses produits, les lycéens l'apprennent aussi en classe. Marc Sicre est professeur de commerce. Il dispense une à deux heures de cours théoriques chaque semaine aux élèves de la section horticole : des notions générales sur le commerce ou les techniques de vente. Mais il leur apporte aussi des connaissances concrètes sur l'aménagement d'un point de vente par exemple : "Souvent, les adolescents viennent ici en se disant qu'ils vont travailler dans la production, mais ils n'imaginent pas avoir ce débouché là, lié à la commercialisation. J'essaie de leur ouvrir des portes, en leur disant qu'au terme de leur cursus, ils pourront aussi travailler dans les métiers de la vente."

32 heures de cours par semaine

Chaque semaine, les élèves de la section horticole ont 32 heures de cours. Seules 5 d'entre elles se déroulent en extérieur, le reste du programme est composé de cours théoriques. Un ratio qui a surpris quelques élèves, comme Anthony Estivinn. Originaire de Cuxac-Cabardès, au Nord de Carcassonne, ce jeune de 17 ans pensait passer plus de temps en extérieur quand il s'est inscrit au lycée agricole: "Je pensais qu’on allait être beaucoup plus dehors qu’en salle. Je trouve qu'on apprend mieux dehors. Mais c'est bien d'être en classe aussi".

Fiona, elle, n'a pas été surprise. Avec son père oléiculteur, elle mesure la complexité du métier auquel elle se destine et accepte donc les heures de classes sans rechigner : 

On apprend tout ce que l'on a besoin de savoir pour travailler plus tard dans le domaine de l'agriculture. Ca fait beaucoup de choses à apprendre. Faut que ça plaise, si ça plait, c'est simple !

Fiona Alcantara, 1ère section horticole

Retour sur le terrain, pour le cours de "sciences et techniques horticoles" qui se déroule en partie sous les serres de culture. L'enseignant, Bertrand Bazin, a constaté que les plants de sauge officinale ont été infectés par une colonie de pucerons : l'occasion rêvée pour un cours sur la lutte biologique contre les parasites ! "Nos sauges commencent à montrer des signes de faiblesse à cause des pucerons. On va lâcher des insectes dessus. Il s'agit de l'Aphidius Colemani, une micro-guêpe qui va pondre ses larves dans les pucerons".

Le professeur va montrer aux élèves comment on utilise ses insectes pour lutter contre les pucerons, en les invitant à faire les gestes eux-mêmes. Un cours théorique en salle complètera les connaissances des lycéens, qui sont demandeurs de connaissances concernant ce mode de culture :

Les élèves sont de plus en plus curieux vis-à-vis des techniques alternatives : le bio et même d’autres techniques comme la permaculture, l’aquaponie ou l’aquaculture.

Bertrand Bazin, Professeur de sciences et techniques horticoles

Peu à peu, le bio gagne du terrain. Dans le lycée, puisque les produits de la section horticole sont tous bios et que les vignes de la section viticole sont en cours de conversion. Mais aussi dans les esprits. Pour Valentin "le bio est quelque chose de normalisé" pour sa génération. Orlane complète : "On est pas dans un lycée comme les autres. On vit avec la nature." La jeune fille espère lancer un jour sa propre production en maraîchage, et ce sera "en bio, autant que possible. Pour la nature déjà. Et puis pour moi, pour ceux qui achèteront mes produits."  Pour elle aussi, l'agriculture de demain sera forcément différente : "On nous a appris que le bio c'était important, mieux que les pesticides." Une évolution relativement  récente d'après Richard Ribaut, le professeur d'aménagement paysager :

Il y a dix ans, on n'abordait pas la notion du bio ou beaucoup moins. Aujourd’hui, le bio apparaît dans toutes les formations. On accentue vraiment sur des productions plus respectueuses de l’environnement.

Richard Ribaut professeur d’aménagement paysager

Un mode de production qui présente aussi un autre intérêt pour ces futurs agriculteurs : les produits bios sont plus rémunérateurs. "Le bio va aussi de pair avec les changements de consommation et de circuits d’approvisionnement. En général, les producteurs bio fonctionnent plus en circuit court, donc ils peuvent valoriser plus leurs produits," explique Bertrand bazin, le professeur de sciences et techniques horticoles. 

Orlane, Valentin, Fiona et leurs camarades seront bacheliers en 2022 si tout va bien pour eux. Cette nouvelle génération d'agriculteurs a bénéficié d'un enseignement qui a évolué pour mieux correspondre aux nouvelles exigences de la société. Eux en tous cas, se sentent prêts à produire l'alimentation de demain !

Quels sont les visages de l’agriculture d’aujourd’hui ? Pour les découvrir, cliquez sur un point, zoomez sur le territoire qui vous intéresse ou chercher la commune de votre choix avec la petite loupe. Bonnes balades au cœur du monde paysan.

 

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