Un chauffeur-routier licencié pour s'être rendu à un rendez-vous médical de dernière minute pour son fils lourdement handicapé

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En avril, à Port-la-Nouvelle (Aude), un chauffeur-routier quitte son poste pour un rendez-vous médical de dernière minute pour son fils âgé de six ans et lourdement handicapé. Quelques jours plus tard, il apprend son licenciement à effet immédiat pour abandon de poste.

Jordan (prénom d'emprunt, à la demande du concerné qui souhaite garder son anonymat) est chauffeur-routier. Depuis 14 mois, il travaille pour la Camidi, une société de transport spécialisée dans les matières dangereuses, sur le site de Port-la-Nouvelle, dans l'Aude. Jordan est en couple depuis plus de vingt ans. Avec sa femme, ils sont parents de deux enfants : une fille âgée de douze ans, ainsi qu'un garçon de six ans, que l'on nommera Julio (prénom d'emprunt). 

Alors qu'il était encore dans le ventre de sa mère, Julio a fait un AVC. Et l'enfant est donc lourdement handicapé depuis la naissance, avec de nombreux problèmes musculaires nécessitant des soins tous les jours. La condition de Julio nécessite le port de prothèses sur les membres supérieurs et inférieurs : des attelles qui permettent de "rigidifier" ses bras et jambes. Et qui, vu la croissance du petit garçon, nécessitent d'être régulièrement refaites. 

Un rendez-vous inopiné

Le 12 avril dernier, Jordan se rend à son travail au petit matin. Il enchaîne deux livraisons dans la matinée, avant de revenir au dépôt. "L'orthoprothésiste nous a appelé en fin de matinée parce qu'on attendait pour faire des attelles pour les jambes ainsi qu'un verticalisateur. Pour nous dire qu'elle avait un créneau qui s'était libéré dans l'après-midi. Et nous demander s'il était possible d'amener Julio. Dès qu'on a un rendez-vous, on saute dessus, on le prend. On n'a pas le choix, sinon les délais d'attente sont monstrueux," détaille le père de famille.

Dès qu'on a un rendez-vous, on saute dessus, on le prend. On n'a pas le choix, sinon les délais d'attente sont monstrueux

Le père de famille

Il prévient verbalement son employeur, et plus précisément son chef d'équipe. Qui lui apprend qu'une troisième livraison s'était finalement rajoutée à son planning, mais lui assure qu'il trouvera une solution avec d'autres collègues. Et donc finit par le libérer.

Mais quelques jours plus tard, alors qu'il était en congés pour quelques jours, Jordan reçoit un courrier recommandé de son employeur le convoquant pour entretien et le mettant à pied à titre conservatoire. C'est lors de ce rendez-vous qu'il apprend son licenciement à effet immédiat pour abandon de poste.

Un licenciement que le chauffeur-routier va contester en justice : "C'est injuste. on ne peut pas virer les gens pour tout et n'importe quoi, ce n'est pas possible. Si je me suis absenté, c'est pour une raison valable, je ne suis pas allé cueillir des cerises ! J'étais à un rendez-vous médical pour mon enfant, je ne me suis pas amusé l'après-midi ! Après, moi ça m'arrive parce que mon enfant est handicapé. Mais ça aurait été pour ma fille...Si elle tombe au collège et que je dois aller la chercher en urgence, je ferais exactement la même chose !"

Il y a un climat de terreur

Ludovic Brunet, délégué syndicat CGT Camidi

Un licenciement vécu comme une injustice aussi par les représentants syndicaux de l'entreprise qui compte 160 employés. Mais qui ne les étonne pas vraiment. Car depuis quelques mois, l'entreprise multiplie les procédures à l'encontre de salariés. Ludovic Brunet, le délégué syndical CGT a failli en faire les frais l'année dernière. Mais son licenciement a finalement été annulé par la justice. " Il y a un climat de terreur, ça met une pression sur les salariés. Les chauffeurs qui font des petites erreurs anodines ont tous peur de recevoir un courrier de licenciement, c'est qu'il y a un problème," nous explique-t-il. 

Nous avons contacté l'entreprise Camidi, pour lui proposer de s'exprimer et de réagir aux inquiétudes des salariés. L'entreprise n'a pas souhaité nous répondre.