Aveyron : le château du Bosc, demeure familiale du peintre Toulouse-Lautrec, objet d'un procès pour escroquerie

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Écrit par Marie Martin (avec AFP)

Le procès des époux Putzola, poursuivis pour abus de faiblesse et escroquerie, s'ouvre mercredi 2 juin, à Rodez. Ces Héraultais sont soupçonnés d'avoir profité de la vulnérabilité de Nicole Tapié de Celeyran, arrière-petite-nièce de Toulouse-Lautrec, pour faire main basse sur le château du Bosc.

Les faits remontent à l'été 2015. Nicole Tapié de Celeyran, arrière-petite-nièce du peintre Henri de Toulouse-Lautrec, fait la connaissance de Jean-Claude Putzola et de son épouse Corinne Marino, par l'intermédiaire d'une cousine par alliance de l'héritière. Alors âgée de 90 ans, Nicole Tapié de Celeyran vit dans le château du Bosc, à Camjac en Aveyron. Une demeure du 12ème siècle classée monument historique où Toulouse-Lautrec, natif du Tarn voisin, a passé une partie de son enfance.

La justice a finalement requis la restitution du bien aux héritiers et 18 mois de prison avec sursis contre les actuels propriétaires. L'affaire a été mise en délibéré au 15 septembre 2021.

Le ministère public a estimé que les époux Corinne et Jean-Claude Putzola, jugés pour "abus de faiblesse et de confiance" et "escroquerie", avaient profité de la vulnérabilité de Nicole Tapié de Celeyran, arrière-petite-nièce de Toulouse-Lautrec et occupante du château jusqu'à son décès le 12 août 2016, à 91 ans.

Quatre testaments

Le couple de sexagénaires, lui, réside dans l'Hérault mais peu de temps après sa rencontre avec la nonagénaire, il s'installe dans les appartements privés du château du Bosc. C'est quelques semaines après cette installation que Jean-Claude Putzola et Corinne Marino apparaissent sur un testament de Nicole Tapié de Celeyran, aux côtés des héritiers naturels.
Trois autres testaments suivront, jusqu'au dernier, où seul le nom des Putzola est inscrit. Quatre mois avant sa mort, Nicole Tapié de Celeyran désigne en effet le couple comme unique légataire du château du Bosc et du fermage de 22 hectares qui l'entoure.

Avant son décès, la nonagénaire vire également une somme de 20 000 euros sur le compte des Putzola. Un "don" que l'avocat des prévenus justifie ainsi : "C'était pour réaliser des travaux et cela a été fait", explique maître Elian Gaudy, avocat de la défense.

Tout a-t-il été fait dans les règles, avec l'approbation pleine et entière de l'héritière ? Ce n'est pas l'avis des quinze héritiers qui ont donc porté plainte. Mercredi 2 juin, le tribunal de Rodez jugera Jean-Claude Putzola et Corinne Marino pour abus de faiblesse et de confiance et escroquerie. Il devra trancher pour savoir si les époux ont profité de la vulnérabilité de Nicole Tapié de Celeyran, la dépouillant de tout, elle et sa famille.

"Un plan très précis"

Pour maître Robert-François Rastoul, avocat d'un des quinze plaignants, "le couple avait un plan très précis dès le premier jour où ils ont franchi les portes du château, estimé à plus d'un million d'euros". 

La défense en revanche s'étonne de voir autant d'héritiers se manifester, alors qu'ils ne semblaient pas se soucier du château du vivant de Nicole Tapié de Celeyran. "Mes clients étaient les seuls à vouloir le faire vivre et Mme Tapié de Celeyran leur a fait confiance", affirme maître Elian Gaudy, soutenant que "selon plusieurs témoignages, l'héritière avait toute sa tête lorsqu'elle a signé le dernier testament en présence d'un notaire".
"Il n'était pas très regardant", nuance maître Robert-François Rastoul.