Ce que l'on sait des taurillons abattus à Rodez après avoir été bloqués pendant 15 jours au port d'Alger

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Écrit par Benoît Roux .

Les incompréhensions se succèdent après l'abattage de 780 taurillons à Rodez. Par principe de précaution, le gouvernement français en a décidé ainsi, au prétexte qu'ils ont mangé du foin en Algérie où le virus de la la fièvre aphteuse est présent. L'association Welfarm ne comprend pas pourquoi un tel périple pour un tel résultat. Le président de la chambre d'agriculture de l'Aveyron s'étonne qu'ils soient abattus dans un département d'élevage.

Pourquoi des animaux sont restés bloqués en Algérie pendant 15 jours pour finalement être renvoyés à Sète ? Pourquoi le gouvernement français décide de les faire abattre ? Pourquoi choisir un département d'élevage comme l'Aveyron pour les euthanasier alors qu'ils sont potentiellement porteurs d'un virus dangereux ? Qui va payer les factures ? Autant de questions qui suscitent de l'incompréhension. 

L'association Welfarm dénonce l'absurdité de la situation et le mauvais traitement des animaux

Le périple des 780 taurillons a commencé le 2 septembre 2022 à Sète. 2 jours plus tard, ils se retrouvent au port d'Alger (Algérie). Mais les autorités algériennes refusent qu'ils débarquent sur leur sol car 3 animaux auraient un passeport douteux concernant la vaccination contre l'IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine). Ils resteront bloqués 15 jours au port, ce que dénonce l'association française de protection des animaux Welfarm. "On dénonce l’absurdité de la situation. Ca n’a aucun sens. Ils sont restés bloqués 15 jours au port d’Alger avant d’être rapatriés en France pour finalement être euthanasiés. C’est beaucoup de souffrances inutiles, déplore Judith Dei Rossi chargée des affaires juridiques à Wellfarm.

Le transport des taurillons s'est fait via un vieux bateau en activité depuis plus de 45 ans. Des animaux qui, comme les humains, sont sensibles au mal de mer pour un périple de 1 500 km aller-retour entre Sète et Alger. "On pointe du doigt des défaillances au niveau de la France. Le transport d’animaux n’aurait jamais dû être accepté. Des taurillons sont morts pendant le transport. Ceci pour une défaillance de 3 passeports sur les 780 ! Cet imbroglio est une absurdité écologique et économique. On ne comprend pas non plus que des animaux envoyés dans le but d’être abattus et consommés sur place en Algérie soient tués en France pour que finalement ça ne serve à rien."

L'association a filmé les cadavres d'animaux en train d'être chargés pour être acheminés à Agen (Lot-et-Garonne).

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Les cadavres des taurillons chargés à Rodez avant d'être acheminés à Agen. ©Association Welfarm

L'Algérie a donc refusé les animaux pour des raisons administratives; la France décide de les euthanasier pour un principe de précaution car le virus de la fièvre aphteuse est présent en Algérie et le gouvernement ne veut pas encourir le risque de contamination pour le cheptel français. 

Le triangle de la mort Sète-Rodez-Agen

La décision étant prise par le gouvernement, il a donc fallu réquisitionner les abattoirs. C'est finalement celui de Rodez installé sur la zone industrielle d'Arsac qui a été choisi. 

En provenance de Sète, les taurillons ont donc été abattus à Rodez pour finalement être transportés à l'équarrissage près d'Agen. Ce qui soulève les interrogations du président de la chambre d'agriculture de l'Aveyron. "Je m’étonne qu’on ait abattu ces veaux en Aveyron. Ils vont aller à Agen pour l’équarrissage. La ligne droite de Sète à Agen ce n’est pas l’Aveyron", clame Jacques Molières.

Et le président de s'interroger aussi sur l'opportunité de transporter ces animaux dans un département où l'élevage est très présent. "Je peux comprendre le principe de précaution concernant la fièvre aphteuse qui est une maladie dangereuse. Je ne comprends pas pourquoi le bateau est resté bloqué au port d’Alger ? Pourquoi un crochet en Aveyron avec des animaux potentiellement non indemnes au niveau sanitaire dans le premier département d’élevage d’Occitanie. On aurait pu trouver une autre solution."

Qui va payer ?

Pour l'heure, nous ne savons pas à qui appartiennent ces animaux. Certainement à une entreprise ou un particulier spécialisé dans l'export d'animaux vivants. De son côté, le groupe Unicor propriétaire de l'abattoir déplore dans un communiqué cette situation "tant du point de vue de la bientraitance animale que du respect du travail des éleveurs Français". Il précise par ailleurs "qu'aucun des 800 taurillons présents sur ce bateau ne sont issus de fermes d'adhérents de la coopérative".

Le transport des animaux, l'abattage et le traitement des cadavres ont un coût. Comme le gouvernement français est décisionnaire, ce devrait être à lui de payer la facture.

Quid aussi de la perte que représente 780 taurillons qui ne seront pas consommés ? Selon Jacques le président de la chambre d'agriculture de l'Aveyron, "un taurillon à l’export a une valeur de plus de 1000 €. Ca fait 800 000 € minimum en tout mais sans doute plus en fonction du poids et de la conformation des animaux."

Une double absurdité économique et écologique qui fait grincer beaucoup de dents. L'association Welfarm demande l'interdiction du transport d'animaux vivants hors de l'Union Européenne.

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