Port de Sète : 780 bovins bientôt abattus après un aller-retour en bateau à Alger

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Écrit par Fabrice Dubault avec AFP

Près de 800 taurillons partis de Sète en bateau sont restés bloqués dans le port d'Alger plus de 2 semaines. Rapatriés en France, après un imbroglio sur leur statut sanitaire avec les autorités algériennes, tous les animaux vont être euthanasiés. L'association Welfarm qui a révélé l'affaire parle de scandale.

Deux jours après le départ du navire bétailler du port de Sète, le 3 septembre dernier, ces 780 bovins ont été interdits de débarquer en Algérie.

Certificats sanitaires, vaccinations et incompréhension !

En cause, une "difficulté d'interprétation" sur le statut sanitaire de trois animaux, explique le ministère français de l'Agriculture.
Ces taurillons sains avaient été vaccinés contre la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR). Or des documents joints à leur certificat cerfa d'exportation portaient la mention "IBR positif", cela pouvant  laisser croire à tort qu'ils étaient porteurs du virus. Alors que cela validait en fait leur vaccination.

Malgré une clarification apportée par la France, l'Algérie leur a refusé l'entrée sur le territoire "pour des raisons réglementaires".

"Il n'y a pas eu de manquement des autorités françaises sur le certificat export", qui a permis leur départ de Sète, assure la France.

Cette situation est surprenante. La France exporte beaucoup de bovins vers l'Algérie et depuis longtemps. Si les autorités sanitaires à Alger ont refusé la cargaison, c'est qu'ils avaient de bonnes raisons, ils avaient des doutes. Les documents vétérinaires sont les mêmes à chaque traversée, comment peut-il y avoir "une difficulté d'interprétation du statut sanitaire" ?

Judith Dei Rossi, chargée des affaires juridiques Welfarm.

A France 3 Occitanie.

Ce jeudi, le bateau Nader A stationnait "en approche du port de Sète" a indiqué le ministère français de l'Agriculture, ajoutant qu'"une visite vétérinaire et des analyses [étaient] en cours".

780 taurillons bientôt abattus car ils ont mangé du foin algérien

A l'issue de "discussions infructueuses", la France a décidé de faire revenir le bateau, et d'abattre ces 780 animaux. Ils ont, en effet, "été affouragés avec du foin algérien" lors de leur stationnement, du fourrage issu d'un pays où une autre maladie animale, la fièvre aphteuse, est présente.

Le risque d'une contamination est "extrêmement minime, mais on ne peut l'écarter", détaille le gouvernement, qui souhaite éviter l'introduction de cette maladie sur le sol européen, au nom du principe de précaution sanitaire. 

"Nous doutons que le problème vienne d'un risque de contamination dû à la fièvre aphteuse. Nous pensons qu'il y avait un risque d'infection à bord avec la maladie IBR", a déclaré mercredi soir à l'AFP Adrienne Bonnet, représentante de l'ONG de défense des animaux d'élevage Welfarm.

Des animaux morts à quai ?

Depuis mardi, l'association accuse les autorités françaises d'avoir "approuvé ce transport d'animaux au mépris des exigences sanitaires" et assure qu'une trentaine d'entre eux sont morts à quai à Alger.

"Nous n'avons pas d'informations qui indiqueraient un problème particulier" sur l'état de santé des animaux, a affirmé le ministère, qui précise que le bateau est agréé et "a fait l'objet d'une inspection au départ de Sète par nos services".

L'association a aussi dénoncé le départ des bovins sur un "cargo-poubelle battant pavillon du Togo", "en activité depuis 45 ans". Selon elle, des contrôles effectués en mars avaient mis au jour "16 défaillances de sécurité" sur ce navire.

"Les scandales ne cessent de se répéter, montrant les lacunes du règlement européen sur le transport d'animaux vivants", estime l'ONG, qui milite pour son interdiction à destination de pays hors de l'Union européenne.

La France est le premier producteur européen de viande bovine et exporte chaque année 1,5 million de bovins vivants. Elle n'envisage pas d'interdire leur transport, mais indique qu'à l'occasion d'une révision des textes législatifs européens sur la protection animale en 2023, "des discussions pourront avoir lieu pour évoquer des évolutions de réglementation".

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