Un château aveyronnais, héritage détourné du peintre Toulouse-Lautrec, au coeur d'un procès pour abus de faiblesse

Le couple qui avait mis la main dans l'Aveyron sur le château du Bosc, héritage du peintre Toulouse-Lautrec, sera jugé devant le tribunal correctionnel de Rodez pour abus de faiblesse, de confiance et escroquerie, a-t-on appris de source judiciaire. Le procès devrait avoir lieu en juin 2021.

Château du Bosc à Camjac
Château du Bosc à Camjac © google Street View
Gestes barrières recommandés, port du masque, "tables en extérieur bien espacées" : le site internet du Château du Bosc s'est mis à l'heure du déconfinement. L'Etablissement propose sur rendez-vous une exposition temporaire consacrée à "Henri-de-Toulouse-Lautrec Illustrateur" et la visite des lieux.
Mais impossible de joindre leurs actuels propriétaires, les époux Putzola, aux abonnés absents depuis leur récent renvoi par la juge d'intruction de Rodez devant le tribunal correctionnel pour "altération frauduleuse de la vérité, abus de faiblesse, abus de confiance et escroquerie.

Comme l'a révèlé l'hebdomadaire Le Point, ils sont accusés d'avoir accaparé peu avant son décès en août 2016 le patrimoine de Nicole Tapié de Celeyran, arrière petite nièce du peintre Toulouse-Lautrec et héritière du château du Bosc, une magnifique bâtisse du XIIè siècle classée monument Historique, où le peintre a passé son enfance avant de revenir régulièrement y séjourner, entre Albi et Rodez, dans le village de Camjac.
Nicole Tapie de Celeyran, l'arrière petite cousine d'Henri de Toulouse-Lautrec
Nicole Tapie de Celeyran, l'arrière petite cousine d'Henri de Toulouse-Lautrec © Mac PPP
Nicole Tapié de Ceyleran faisant visiter le château de son illustre ancêtre, le peintre Henri de Toulouse-Lautrec, en septembre 2014
Nicole Tapié de Ceyleran faisant visiter le château de son illustre ancêtre, le peintre Henri de Toulouse-Lautrec, en septembre 2014 © Max PPP

Les époux Putzola avaient par l'entremise d'une cousine par alliance gagné à l'automne 2015 la confiance de la vieille dame de 91 ans, qui voulait faire vivre le château et la mémoire de son illustre ancêtre. Il n'aura fallu que quelques semaines pour que Jean-Claude Putzola, gérant de société et son épouse Corinne, éleveuse de volailles, prennent possession des lieux.
Corinne et Jean-Claude Putzola, les nouveaux châtelains accusés d'avoir pillé l'héritage de la descendante du peintre Toulouse-Lautrec
Corinne et Jean-Claude Putzola, les nouveaux châtelains accusés d'avoir pillé l'héritage de la descendante du peintre Toulouse-Lautrec © Max PPP

Une vieille dame confinée et crédule

Selon l'enquête, pour développer l'activité touristique du Château, Jean-Claude Putzola raconte avoir ses entrées dans les ministères. Il promet d'investir et de rénover les lieux, persuade l'héritière de Toulouse-Lautrec de transformer l'association dont elle est la présidente en Institut Toulouse Lautrec dont elle ne sera plus que la présidente d'honneur. Les Putzola s'installent dans les appartements privés du château. Ils changent les serrures, installent une nouvelle ligne de téléphone et isolent de plus en plus la châtelaine du monde extérieur et de ses proches. Pour finir par lui faire signer, grâce à un notaire peu regardant des documents auxquels la vieille dame crédule et confinée ne comprend rien. Au rang de ces documents, une procuration bancaire ainsi que quatre testaments successifs, dont le dernier les institue seuls légataires du château et des 22 hectares qui l'entourent. Il ne reste plus à Nicole Tapié de Celeyran qu'à mourir. Ce qui lui arrive le 12 août 2016, dans sa 92è année.

"C'est toute l'image de la famille Toulouse-Lautrec qui est altérée"

Selon Me Robert François Rastoul, partie civile pour une dizaine d'ayants droit de la défunte, c'est la famille, "inquiète de voir de quelle façon l'héritage était dilapidé" qui a saisi la justice. "Toutes sortes de biens ont été dilapidés, depuis les meubles jusqu'aux biens fonciers", explique-t-il après avoir dénoncé le préjudice moral. "C'est toute l'image de la famille Toulouse-Lautrec qui est ainsi altérée par cette intrusion et même cette violation complète", précise l'avocat qui annonce une procédure civile parallèlement au procès pénal.

Les époux Putzola contestent tout, sur toute la ligne

Son confrère défenseur des époux Putzola souligne que ses clients "contestent tout ce qu'on leur reproche". "Ils considèrent qu'ils n'ont jamais abusé de la vulnérabilité de Madame Tapié de Celeyran, qui n'était d'ailleurs pas vulnérable. Tout a été fait dans la plus grande transparence", ajoute Me Elian Gaudy. "Tout cela relève de mauvaises intentions des héritiers exclus du projet de l'Institut Toulouse-Lautrec. Au départ, tout le monde était bien content que ce couple vienne s'occuper du château. C'est d'ailleurs pour cela qu'une cousine de Madame Tapié de Celeyran était venu les chercher".


Le procès devrait se dérouler le 2 juin 2021.



 

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