Histoire : la lutte sur le plateau du Larzac en Aveyron fête ses 50 ans

Il y a 50 ans démarrait la célèbre lutte sur le plateau du Larzac (sud Aveyron) contre l'extension d'un camp militaire. Une opposition qui allait durer dix ans. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? 

Au début des années 70, des militants pacifistes et des agriculteurs manifestent sur le causse du Larzac contre l'extension du camp militaire
Au début des années 70, des militants pacifistes et des agriculteurs manifestent sur le causse du Larzac contre l'extension du camp militaire © Gérard Fouet/ AFP

Le Larzac, c'est un vaste plateau de landes et de cailloux, une terre pauvre et paisible. Difficile d'imaginer qu'il y a tout juste 50 ans, les paysans se sont levés pour défendre leurs terres menacées d'expropriation par l'armée qui voulait agrandir le camp militaire du Larzac.

Appuyés par des milliers de militants de tous horizons, la lutte pacifique a duré dix ans. L'Etat a capitulé. Les paysans sont restés.

Gardarem lo Larzac !

Alain Alla est l'un des 103 paysans qui ont refusé en 1971 de se laisser exproprier. Aujourd'hui à la retraite, c'est sa fille qui a repris l'exploitation. Est-elle aussi militante que son père ?

Pour le moment, il n'y a rien, mais je pense que si on me la prenait (la terre), oui !

Céline Alla - éleveuse de brebis sur le plateau du Larzac

Pour Céline, la lutte a été transmise en héritage avec les reliques qui vont avec, comme ce tracteur conservé dans l'exploitation familiale. Il fonctionne encore 50 ans après - il a servi à manifester en janvier 1973 à Paris.

Cette lutte nous a fait connaitre beaucoup de monde. Si on avait été tout seul, on n'aurait certainement pas gagné.

Alain Alla - agriculteur retraité sur le plateau du Larzac

Le principe des fermes collectives

La solidarité, le sens du collectif, des valeurs qui ont traversé les années. Laurent Réversa s'est installé en 2013 sur le Larzac, en tant que paysan mais aussi militant. Avec dix autres agriculteurs, il s'occupe de la SCTL, la société des terres du Larzac. Un collectif qui gère une soixantaine de fermes et décide à qui elle seront attribuées. Ainsi, les nouveaux arrivants qui viennent de toute la France sont sélectionnés par les anciens en fonction de leur projet et de leurs valeurs.

On est d'accord sur les valeurs, ce sont comme les valeurs d'une famille.

Laurent Réversa - éleveur de brebis sur le Larzac

Ce qui motive ? Plein de choses. L'histoire du Larzac, ça me passionne cette vie collective. Le fait que ce soit une ferme collective et qu'on partage le travail. 

Claire Barré - future paysanne fromagère

Des paysans mais aussi des artistes militants

Mais le Larzac n'est pas réservé aux seuls paysans. Il y a aussi des artistes, des artisans, des bûcherons ou encore un gîte.  Elise et Séverine par exemple sont deux musiciennes de rue qui habitent dans des yourtes. Elles répètent en plein air et sont de tous les combats d'aujourd'hui.

Avec les gilets jaunes, nous avons bloqué le viaduc de Millau, nous avons participé à des marches contre le nucléaire, créé un spectacle que nous avons joué pour les migrants bloqués à la frontière franco-italienne. 

Séverine Fell - musicienne sur le plateau du Larzac

Le Larzac attire des artistes de toutes les origines, chacun a son parcours et la lutte en partage.

Le Larzac était emblématique en tant que lutte réussie avec un mouvement pacifiste. Moi, j'ai commencé à militer en Italie aux temps des Brigades Rouges et la réponse était violente.

Stefano Fogher - comédien et musicien

José Bové, le plus célèbre militant du Larzac

José Bové a rejoint la lutte en 1973. Au début, il a occupé une bergerie et élevé des brebis. 

Il n'y avait rien quand on s'est installé. Pas d'eau, pas d'électricité, pas de téléphone ni de routes.

José Bové

José Bové a ensuite été syndicaliste et député européen. Mais c'est sur le Larzac qu'il est venu prendre sa retraite. Il a construit sa maison à deux pas de son ancienne bergerie. De là, il peut observer, satisfait, l'évolution des habitants du plateau.

Ce sont de nouvelles histoires, une autre solidarité. Ils vivent les choses différemment, mais il y a une continuité car ce qui fait le fond du Larzac reste. Et c'est une des rares régions de France où on a une augmentation du nombre de paysans et de fermes exploitées.

José Bové

Comme ses camarades de lutte, José Bové ne quittera jamais le Larzac. Les militaires non plus. Ils sont toujours là et tiennent leurs positions, mais ils n'ont plus jamais essayé de gagner du terrain. 

A écouter aussi, le podcast de notre consoeur journaliste Lola Cros sur le Larzac, la victoire des paysans, et après : 

https://podcast.ausha.co/finta-le-podcast/hors-serie-2-3-larzac-la-victoire-des-paysans-et-apres?fbclid=IwAR2cdmVMqMDoMuWwljbbOgYqTt7aC7lrhQ-qEbqYEqtzgs6tJtR5gVxtSaM

 

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