VIDEO. "J'ai vu des gens se battre pour que tu restes debout" portrait sensible d’une ville à travers le regard de ses habitants

replay

À Decazeville dans l’Aveyron, la mine a écrit l’histoire. La population de la ville et des environs s’est construite autour d’un destin commun. Aujourd’hui, le destin en a pris un coup. Dans le documentaire de Mathieu kiefer "Cher bassin" les habitants nous livrent leurs sentiments sur ce lieu qui, pour la plupart, les a vus naitre et grandir.

"Cher bassin" : un film de Mathieu Kiefer à voir le jeudi 28 mars 2024 à 22h50. Une coproduction Minimum Moderne et Lyon Capitale TV. Avec la participation de France Télévisions

Decazeville : son histoire, ses usines en difficulté, ses maisons abandonnées, ses devantures en berne et sa mine fermée. Dans son documentaire "Cher bassin", le réalisateur aveyronnais Mathieu Kiefer, questionne la population sur ce bassin minier decazevillois et sur ce qu'il est devenu. 

durée de la vidéo : 00h02mn19s
Dans l'Aveyron, le temps d'une pause chez Léa la tatoueuse ou chez Vincent le coiffeur, les Decazevillois se questionnent concernant ce fameux Bassin et ce qu'il est devenu. ©Minimum Moderne et Lyon Capitale TV

Léa et Vincent sont des enfants du pays. Dans son salon de coiffure, Vincent, affairé entre peigne et ciseaux, échange avec sa clientèle sur cet endroit où ils vivent.

Je suis né chez toi. J'ai grandi entre tes murs. Tes rues circulent en moi comme le sang dans mes veines. Chacun de tes recoins réveille en moi, un moment, un souvenir

De son côté, tout en s’appliquant à graver le dessin, sur un bras, un pied ou autre bout de peau, Léa la tatoueuse, entame des discussions avec ses clients et clientes autour de cette ville où se succèdent souvenirs nostalgiques et impressions diverses : "Ce côté glauque ne me dérange pas" lui dit une de ses jeunes clientes, "J’aime les bâtiments un peu délabrés qui ont une histoire (…) il y a une certaine beauté dans ce vide-là".

De son côté Léa évoque l'ambivalence des sentiments qu'elle entretient avec cette ville où elle est née et a grandi :

Dès que je suis partie, tu m’as manqué. Je ne me sentais plus moi (...) Mais, dès que je revenais, je te détestais à nouveau

Léa

Et puis, il y a les lettres écrites par ses mêmes habitants, toutes générations confondues. Lues à voix haute, chacun y exprime son ressenti, des sentiments partagés entre attachement, rejet ou résignation. Toutes commencent par "Cher bassin,". Un hommage à la fois, tendre et amer sur ce lieu où ils sont nés et où beaucoup vivent encore : "Je traînais dans tes rues et je rêvais. Faut dire qu’avec tes maisons vides et toutes tes histoires tu es une chouette tache sur cette jolie carte postale aveyronnaise. Et du coup, maintenant, je suis là avec toi" exprime la voix d’un jeune homme, tout en poursuivant :

Mais en vrai, tu as bien souffert (…) tu es une boxeuse qui perd chaque match mais qui ne veut pas jeter l’éponge. Tu t’accroches (...)

Un jeune decazevillois

Les paroles et témoignages se croisent, s’entrecroisent au rythme du film et des images. Des plans défilent dans la ville actuelle, le long des rues désertes et des commerces fermés. Aucun mouvement ne vient égayer ces lieux, où la vie semble s’être arrêtée. Des paysages façonnés par l’homme, nous rappellent l’activité particulière de cette région minière et industrielle. Plus loin, des images d’archives en noir et blanc viennent au plus près des hommes, témoigner d’un passé où, dans cette ville charbon, la vie n’a pas été des plus faciles.

Autour de Léa et Vincent, au fil des rencontres et des témoignages, la vie du bassin minier est reconstituée. Comme toutes ces petites villes des zones rurales où la vie pullulait et qui, aujourd'hui, s'éteignent  au fur et à mesure que leurs commerces ferment, Decazeville ne fait pas exception. Une des habitantes évoque les fêtes grandioses qui avaient lieu chaque année en septembre. "Aujourd'hui, ça n'a plus rien à voir" souligne t-elle.

Pourtant, au fil des récits et témoignages, les habitants redonnent une âme à ce lieu, encore marqué par l’histoire collective. Et même si la vie y est dure au quotidien, en manque d’emplois et de beaucoup d’autres choses, le film nous montre comment, malgré l’amertume et la tristesse de voir un lieu dépérir, il peut rester cher au cœur de ses habitants.