“La cohabitation avec l'ours est possible” : l'appel de 28 ONG favorables à l'ours dans les Pyrénées

Image d'illustration / © MaxPPP / Philippe Clément
Image d'illustration / © MaxPPP / Philippe Clément

L'ours et l'homme peuvent vivre ensemble. C'est le message qu'espèrent véhiculer 28 associations françaises et espagnoles, dans un communiqué paru mercredi 21 août. Explications de l'un des signataires. 

Par Karen Cassuto

"L’ours brun et l’élevage de montagne sont deux éléments indissociables de l’écosystème pyrénéen, patrimoine naturel et culturel de ses habitants." C'est par cette phrase que commence un communiqué publié ce 21 août par 28 organisations non gouvernementales françaises et espagnoles.

Ce document est une réponse à la manifestation anti-ours de ce jeudi 22 août en Espagne (Aragon).
 

Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'ours - Adet, précise : 

Il nous a semblé juste de rétablir certaines informations et de présenter une autre analyse de la situation.

Capture d'écran du communiqué des 28 associations françaises et espagnoles, pro-ours.
Capture d'écran du communiqué des 28 associations françaises et espagnoles, pro-ours.

Pourquoi parle-t-on autant de l'ours dans les Pyrénées ? 

Des ours vivaient dans les Pyrénées il y a des centaines de milliers d'années, avant d'être chassés, et jusqu'à disparaître presque entièrement.

Depuis 1962, il est officiellement interdit de chasser l'ours en France et l'espèce est protégée à compter de l'année 1979.
En 1996, l'Etat tente de restaurer la population d'ours dans les Pyrénées, et en réintroduit deux : Ziva et Mellba. Objectif : conserver les ours bruns.

Un plan ours est instauré depuis 2018, mais une partie des éleveurs s'y opposent, parce que l'ours peut tuer leurs brebis.
Désormais, une cinquantaine d'ours bruns vit dans les Pyrénées. Et les tensions entre pro-ours et anti-ours sont vives.

"La cohabitation est possible, les éleveurs se trompent de cible !"

Anti-ours contre pro-ours, éleveurs contre associations de défense des espèces protégées... Selon Alain Reynes, les deux sont aussi importants.


L'élevage et la biodiversité sont deux enjeux, il n'y en a pas un au dessus de l'autre. Il faut concilier les deux mais certains ont du mal à s'y faire. C'est l'histoire de l'humanité : la domination permanente de l'homme sur la nature. Et on se rend compte maintenant qu'on est en train de provoquer l'extinction massive de la biodiversité. 


Pour lui, l'ours est devenu un bouc émissaire, à tort. Il détaille l'enjeu du communiqué :

Le but est de rappeler que la cohabitation est possible et de dire que ces éleveurs se trompent de cible. Ils sont victimes, non pas de l'ours, mais d'une filière agro-alimentaire mondialisée et concurrencée.

Le président de l'association Pays de l'ours - Adet regrette ce qu'il appelle l'"instrumentalisation de l'ours". 

Pour un certain nombre d'éleveurs, l'ours est un moyen d'exprimer d'autres problèmes, plus généraux.

Il rappelle qu'en Ariège, et plus précisément dans le Couserans (zone où il y a le plus de prédations d'ours) :

Ces trois dernières années le nombre de brebis en estive a augmenté de 15% ! 


Plus gros prédateurs : les asticots

Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2019, l'ONCFS (office national de la chasse et de la faune sauvage) a traité 214 dossiers d'éleveurs déclarant des dégâts causés par l'ours sur leurs bêtes. Mais pour Alain Reynes, ce chiffre est à mettre en perspective avec celui du nombre de brebris tuées tout court. 

Entre 20 000 et 25 000 brebis meurent chaque année dans les montagnes pyrénéennes françaises.

Surtout, le directeur de l'association Pays de l'ours - Adet rappelle que les chiffres correspondent au nombre de dossiers, et non pas au nombre d'attaques effectives. 

Et chaque fois qu'une brebis meurt dans une zone où vit l'ours, l'éleveur est indemnisé, parce qu'on lui laisse le bénéfice du doute.

Pourtant, Alain Reynes explique que le plus gros prédateur de brebis en montagne dans les Pyrénées est la mouche et plus précisément les asticots des mouches qui sont capables de tuer une brebis en 3 jours. 

Cohabitation facilitée par des aides de l'Etat

Chaque fois qu'une brebis meurt à cause d'un ours, l'éleveur est donc indemnisé. Alain Reynes rappelle que depuis la réintroduction d'ours dans les Pyrénées, l'Etat et l'Europe consacrent des budgets pour faciliter la cohabitation
  • Embauche de bergers. "Avant la réintroduction des ours, la profession de berger en tant que telle n'existait pas. Aujourd'hui, il en existe 500, pris en charge à 90% par l'Etat." Ces bergers protègent les brebis des éleveurs.
  • Restauration des parcs. "Des aides ont été mises en place pour restaurer les cabanes et parcs de protection des brebis".
  • Instauration de chiens de protection. "Environ 1 000 chiens de protection des troupeaux sont désormais actifs, auprès des éleveurs et bergers".


C'est tout un système qui est efficace contre les attaques d'ours, mais pas seulement... Ces mesures sont effiaces aussi pour d'autres causes de perte de brebis comme les chutes, les vols et la maladie.

Ours, intérêt général et omerta

Alain Reynes rappelle que l'ours brun permet surtout de conserver la biodiversité, un intérêt général. 

L'ours a besoin d'un environnement de qualité. Il est donc un indicateur de qualité d'environnement, et d'un bon niveau de quiétude.

Pour lui, une partie des éleveurs est opposé à l'ours, seulement par principe.

Certains bergers pragmatiques se rendent compte que la cohabitation est possible. Mais ils ne peuvent pas parler, au risque de se faire licencier par les éleveurs. 

Alain Reynes explique que la seule association d'éleveurs pro-ours qui ait existé a subi des pressions et des menaces.

L'agriculture est un petit milieu, c'est d'ailleurs le seul domaine en co-gestion enter l'Etat et les syndicats agricoles. 

Ce communiqué regroupe, au total, une centaine d'associations. C'est autant que le nombre de manifestants anti-ours, ce 22 août, en Espagne.

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