Le combat d'une mère contre la violence dans les fêtes de village en Languedoc-Roussillon

Blanc, rouge, bleu, vert, les bracelets "je fais la fête sans arme" (70.000 distribués en quatre ans par l'association "Vies Sacrées" lors des fêtes votives héraultaises et gardoises) sont devenus les emblèmes de la lutte contre les nuits trop souvent violentes des fêtes de village de la région.


A l'origine de cette opération, Sabine Vigne. Le 17 août 2009, cette maman a perdu son fils Fabien, 19 ans, mortellement poignardé lors de la fête de son village, à Montarnaud dans l'Hérault. Motif de l'agression ? Un regard! Et l'alcool. Le meurtrier,
David Prodhomme, 23 ans, a été condamné en appel à 15 ans de réclusion criminelle le 25 mai dernier.

La fête votive, c'est une tradition

Dans le Gard et l'Hérault, on en dénombre 570, soit un total de 1.633 jours à festoyer. A l'origine, c'était le rendez-vous en l'honneur du saint patron de la commune. Aujourd'hui, on y cultive le culte du taureau. Au menu, lâcher dans la ville (encierro), marquage (ferrade) ou encore ballade en troupeau entre la manade et la ville (abrivado, bandido).

La liste des coups de couteau mortels lors des fêtes votives est longue. Le Midi Libre rapporte dix drames et onze décès en vingt ans, dont neuf dans l'Hérault : Franck (1990), Olivier (1992), Gilles et Hassan (1993), Dimitri (1994) Bruno (1995), Fabien (2009), Gaëtan et Thomas (2010).

Aux yeux de Mme Vigne, ces morts sont "insupportables, inacceptables". "On ne va pas à une fête pour repartir les pieds devant", lance-t-elle. La pacification, "c'est le combat de ma vie", affirme la créatrice de "Vies Sacrées", pour son fils.
"Il rêvait de sauver des vies. Il n'a pu le faire. Il n'a même pas pu donner ses organes. Cette association, c'est une façon de le faire", explique-t-elle.

Boissons dans des caddies

Attraction touristique et lien social dans le village, au fil du temps la fête votive a connu un certain dévoiement: bien des jeunes y vont juste pour boire!
Dans les bodegas ou simplement dans la rue. Il y a quelques jours, à Lunel et Vendargues, certains avaient amené leurs boissons dans des caddies. Il y a encore deux ans, dans certains villages, c'était bar ouvert pour ceux qui cavalaient devant les taureaux, attrapaient la queue ou tiraient sur les cornes pour sortir l'animal du groupe pendant les lâchers. Officiellement, cet us n'a plus coutume aujourd'hui.
Sous alcool, tout peut dégénérer. Surtout que certains viennent avec une arme blanche. "Quand on cache un couteau, on a une idée derrière la tête", estime Mme Vigne.

En juillet, la gendarmerie est intervenue à 24 reprises (6 en 2012) pour réprimer des rixes dans le Gard et 19 fois (52 en 2012) dans l'Hérault.
Il "serait utopique" de penser que tout danger peut disparaître, admet le patron de la gendarmerie de l'Hérault, Eric Steiger, alors que les préfectures appellent "à la vigilance", travaillent sur la prévention moyennant discussions et signatures de convention avec les mairies (75 % dans l'Hérault, 6 communes dans le Gard).

"Nous ne voulons pas empêcher les gens de s'amuser", souligne le préfet de l'Hérault, Pierre Bousquet de Florian qui, comme son collègue gardois, voudrait limiter la durée des fêtes à cinq jours. Sinon il y a trop de fatigue.

Touchez pas à nos fêtes rétorquent certains élus

Dans les collèges, lycées ou mairies, l'association "Vies Sacrées" répète inlassablement son message: "Je fais la fête sans arme". Et pour Mme Vigne qui a déjà pris un peu de recul, l'idée est que la jeunesse prenne de plus en plus le relais. Encore faut-il mobiliser alors que l'association a vu ses effectifs fondre de 1.500 membres à 350. "Les gens se sentent moins concernés. Tant qu'ils ne sont pas touchés personnellement", déplore le mère de Fabien.

 

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