Coronavirus : les prostituées du Paradise à La Jonquera jetées à la rue

Selon le quotidien espagnol El Pais, des dizaines de femmes qui pratiquaient la prostitution au "Paradise" à La Jonquera ont été expulsées du club et de la pension où elles vivaient sans aucun préavis.
Le Paradise à La Jonquere.
Le Paradise à La Jonquere. © Robin Townsend Maxppp
Le Paradise, l'un des clubs de prostitution les plus connus et fréquentés de la frontière franco-espagnole, a fermé ses portes aux clients le 13 mars dernier en raison de la pandémie de coronavirus. Des dizaines de femmes vivaient dans sa pension à La Jonquera. Du jour au lendemain, elles se sont retrouvées sans rien : "On nous a laissées, littéralement, avec nos valises dans la rue" dit l'une d'entre-elles. Le propriétaire, José Moreno, a présenté une déclaration de chômage partiel qui concerne 69 employés. Parmi ceux-ci, il n'y a aucune travailleuse du sexe, et pour cause, elles ne sont pas déclarées.

Le premier jour dans la rue, on aurait dit qu'il y avait eu un cataclysme. Tout était vide, explique une femme.

Elle a quitté la maison close, valise à la main et ne sachant pas où aller. "Nous n'avons même pas eu le temps de réfléchir". Elle dépeint une scène de désolation, avec des hôtels fermés, des rues silencieuses sans personne vers qui se tourner à La Jonquera, la frontière entre la France et l'Espagne étant étrangement déserte ces jours-ci, sans ses files d'attente habituelles dans les supermarchés et les magasins.
 


Un supermarché de la prostitution de 90 femmes environ

 
Le Paradise est un supermarché de la prostitution de 2700 mètres carrés et 80 pièces. De nombreuses femmes qui y travaillent y vivent également. Elles campent sur place, étant dans l'obligation de rester au moins 21 jours pour garder une place dans le club. "Ils nous ont d'abord dit que nous allions y rester pendant 15 jours", explique l'une d'entre elles, au téléphone depuis l'appartement où elle a été recueillie. Elle admet avoir ressenti une certaine méfiance : "Je pensais que la maison close ne fermerait pas. Il a été dit que le propriétaire n'y était pas favorable. C'est une entreprise et c'est un homme d'affaires".

Le lendemain, les "mamas" qui encadrent les filles ont pourtant confirmé leurs craintes : elles ont dû partir. Elles devaient être sortis au plus tard le dimanche 15 mars à midi. "Au moins, on aurait pu nous dire de rester et de nous procurer notre propre nourriture", se lamente une trentenaire. José Moreno assure qu'il n'y avait pas d'autre choix que de fermer et affirme que le maintien de l'établissement aurait entraîné des coûts très élevés, c'est pourquoi il a fermé. "Nous avons survécu jusqu'à présent, nous verrons ce qui se passera à partir de maintenant", dit-elle.


Partir, mais où?

 
"Tout le monde a commencé à chercher à aller n'importe où. Principalement à rentrer chez soi. Celles d'entre nous qui n'avaient pas de famille ici, nous ne savions pas quoi faire. Nous avons juste regardé le ciel", poursuit la femme, imperturbable mais très préoccupée par sa situation. "On ne nous a absolument rien offert", ajoute-t-elle. Certaines se sont installées dans des appartements à Figueres, d'autres sont rentrées en Roumanie, d'autres encore sont parties en France. La seule aide qu'elles ont reçue est celle du personnel de la maison close, les cuisinières notamment : "Elles nous ont offert leur maison, mais elles ont un salaire de base. Vous ne pouvez pas leur sortir le pain de la bouche".

 

Aucun système d'aide pour ces prostituées

 

"Où vont aller ces femmes ? vers quels services sociaux se tournent-elles pour obtenir de l'aide ? Celui de leur zone de référence, leur dit-on. Quelle est leur zone de référence ? Elles n'en ont jamais eu parce qu'elles ont beaucoup de mal à s'inscrire", déplore Clarisa Velocci, de l'association Genera.

Cette association fournit aujourd'hui une assistance téléphonique aux travailleuses du sexe touchées par la crise sanitaire et le confinement. Genera recommande qu'en aucun cas elles ne se prostituent seules."Il n'y a aucun moyen pour elles d'être en sécurité", répète Clarisa Velocci. Elle souligne que beaucoup d'entre elles sont sans aucun recours et qu'elles sont "très angoissés".

Nous couvrirons leurs besoins, qu'il s'agisse de logement ou de nourriture, se défend la maire de La Jonquera, Sònia Martinez.

Et elle assure que la police locale n'a détecté personne vivant à la rue. Jusqu'à présent, dit-elle, personne ne leur a demandé de l'aide. Clarisa Velocci répond que les femmes ont dû se débrouiller seules pour s'en sortir. "Le secteur est pratiquement au point mort, comme dans toutes les économies", ajoute t-elle. Elle critique la "criminalisation bestiale" dont elles sont victimes et appelle à une plus grande protection : "Rendre l'aide économique aux femmes dans cette situation aussi souple que possible".

 
 
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