Coronavirus : "une situation affreuse" pour les surveillants de prison

Dans les maisons d'arrêt, où la population carcérale est déjà en sureffectif, les surveillants déplorent le manque de masques pour empêcher la propagation du Coronavirus, alors qu'un premier cas de Covid-19 s'est déclaré à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone.
Depuis le passage au stade 3 du plan de lutte contre le Coronavirus, l'inquiétude grandit dans les maisons d'arrêt surpeuplées de la région. 

À Villeneuve-lès-Maguelone, près de Montpellier, un cas de Covid-19 a été recensé dans la maison d'arrêt, le premier en Occitanie, le second au niveau national. Le détenu a été placé à l'isolement en cellule. 
 

Ailleurs, comme à Nîmes ou à Perpignan, les surveillants font état de l'impossibilité d'appliquer les mesures barrières recommandées et craignent une progression rapide de l'épidémie si plus de cas se déclaraient.

"Il y a une psychose de travailler dans un milieu confiné. S'il y a un cas, ça peut devenir d'un coup exponentiel", explique Frédéric Jenot, du syndicat FO Pénitentiaire de Perpignan. Une psychose qui grandit alors qu'une dizaine de cas de Covid-19 se sont déclarés dans la communauté gitane de Perpignan cette semaine. "Nous avons un certain pourcentage de population gitane dans la prison, et quand que les parloirs étaient encore ouverts il y a 4 jours, ça fait parler."


Des masques périmés

Selon Pierre Grousset, représentant du syndicat UFAP UNSA Justice à Perpignan, les moyens manquent et les mesures prises en interne ne suffisent pas.
 

On a pris des mesures en interne mais c'est insuffisant, on manque de tout. C'est une situation affreuse, même irréelle. Encore une fois, on est les oubliés de la République. 

 

À la maison d'arrêt de Perpignan, qui accueille 270 détenus pour 102 places, on déplore le manque de masques, de gel hydroalcoolique et même de lingettes nettoyantes pour tenter de se protéger d'une éventuelle contamination par le virus. 
 

Le personnel n'a pas de masque et c'est très compliqué d'éviter les contacts. Nous en avons quelques uns qui datent de 2001 ou 2007, ils sont périmés. En avoir permettrait ne pas nous refiler le virus entre nous, si on l'apporte de l'extérieur, et d'éviter de contaminer notre famille. Le gel hydroalcoolique, il n'y en a pas pour tout le monde, on doit amener notre propre réserve. On demande plus de moyen matériel.


Afin de tenter de limiter l'impact du Coronavirus sur les prisons, l'Etat tente d'enclencher un désengorgement. Les arrivées habituelles de détenus, de l'ordre de 7 à 8 par jour à Perpignan, ont été tout de même largement diminuées, selon Pierre Grousset. "Heureusement, car on est déjà dans un flux tendu", note-t-il.
 
Jeudi, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a en effet demandé aux juridictions de "différer la mise à exécution des courtes peines d’emprisonnement", avec pour conséquence des entrées en prison quotidiennes moindres ces derniers jours. Ce vendredi, elle a également ouvert la voie à la libération anticipée de détenus malades et d'autres en fin de peine.
 

"Quand le virus sera là, on va compter les morts"


Selon Pierre Grousset, il faudrait aussi limiter les activités sportives en extérieur pour les détenus également. "Sinon, quand le virus sera là, on va compter les morts", prévient-il.

Mais ces activités restent, avec la promenade obligatoire, des moments privilégiés pour les détenus, déjà tendus par la suppression des parloirs et des activités collectives culturelles ou sportives en milieu confiné depuis le début de la semaine. Une tension qui ne devrait pas diminuer avec le temps, selon les syndicats.

La garde des Sceaux a annoncé jeudi des mesures compensatoires : la gratuité de la télévision, un crédit téléphonique de 40 euros par mois et une aide financière de 40 euros pour les achats divers.
 
À la maison d'arrêt de Nîmes, où 399 détenus sont entassés à deux ou trois dans les cellules pour 180 places, des mesures ont aussi été prises par crainte des conséquences désastreuse d'une probable propagation de l'épidémie.
 
Des gants et du gel hydroalcoolique ont été tout récemment distribués aux surveillants. Le nombre de douches a augmenté pour les détenus, à qui on a distribué du savon et de quoi garder une certaine hygiène dans leur cellule. Un test de température régulier des surveillants et détenu a été mis en place. 

Mais là aussi, on manque de masque. Les seuls disponibles sont gardés "pour les cas de suspition", ou pour les fouilles rapprochées, explique Frédéric Pallini, du syndicat UFAP-UNSA Justice à Nîmes.
 

On doit chaque jour ouvrir des dizaines de cellules, être en contact avec des dizaines de détenus, avec leur courrier, qu'on amène, etc. Donc oui, les gestes barrières sont difficiles à appliquer, à cause de la disposition des lieux, et à faire appliquer aux détenus.


La maison d'arrêt, touchée par la diminution du nombre de surveillants à cause des mesures de confinement, doit aussi s'organiser pour ne pas avoir à fermer certaines parties de la prison. "Pour l'instant, on fait comme on peut, mais ça va être difficile à gérer sur la durée, s'il nous manque beaucoup de surveillants, ça pourrait poser problème", assure Frédéric Pallini qui espère qu'on puisse "éviter d'en arriver là".

En vidéo, le reportage de Christine Ravier et Ayham Khalaf à Seysses près de Toulouse où la situation est similaire.


Du côté de la direction interrégionale des services pénitentiaires d'Occitanie, on assure qu'"un stock de masques de secours est disponible pour les situations avérées" et qu'une "distribution de gel hydroalcoolique est en cours".


 

 
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