Suspicion de coronavirus au Centre de Rétention de Cornebarrieu : les associations veulent la libération des détenus

Ce lundi, deux personnes étrangères retenues au centre de rétention administrative de Cornebarrieu, près de Toulouse, sont placées en isolement en raison de suspicion de contamination au coronavirus. Des associations demandent de "libérer en urgence" les 63 étrangers enfermés dans le centre.
 

Centre de rétention administrative de Cornebarrieu-salle de déambulation
Centre de rétention administrative de Cornebarrieu-salle de déambulation © DDM/Frédéric Charmeux
Dans un communiqué, plusieurs associations qui viennent en aide aux étrangers enfermés au centre de rétention administrative (CRA), déclarent qu'il est "urgent de libérer l'ensemble des étrangers enfermés au centre de rétention de Cornebarrieu".

Un risque pour les étrangers enfermés et le personnel 

Anita Bouix, avocate et membre de l'association ADE (association des avocats de toulouse) s'inquiète du risque de propagation. D'autant plus que, selon cette avocate, une nouvelle personne a été admise au centre de rétention ce lundi 16 mars, malgré la suspicion de coronavirus.
En maintenant des étranger.e.s dans un lieu confiné dans lequel ils et elles ont été en contact avec des personnes malades, l’administration fait courir un risque de contamination à l’ensemble des étranger.e.s retenu.e.s ainsi qu’au personnel du centre.

Toujours pour les associations, cette situation : "porte également atteinte à la dignité de l’ensemble des retenu.e.s et méconnaît de manière totalement injustifiée l’impératif constitutionnel de santé publique".
Contactée, la préfecture d'Occitanie se refuse à confirmer ces cas estimant que l'Agence Régionale de Santé (ARS) Occitanie est la "seule habilitée à répondre."
  

Les associations réclament la libération des 63 étrangers retenus au CRA

Si la cour d'appel de Toulouse n'ordonne pas aujourd'hui la libération des 63 personnes enfermées, par le biais de l'aide des avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), les associations vont déposer dès demain une demande de remise en liberté.

Anita Bouix précise que pour des raisons sanitaires, il est impensable de maintenir ces personnes au centre de rétention. Elles ont toutes la possibilité de se loger à l'extérieur et de rester confiné pour se protéger et protéger les autres du Covid-19.

Les frontières sont aujourd'hui fermées et les conditions légales permettant le maintien en centre de rétention de ces personnes ne sont manifestement plus réunies.

C'est surprenant que la Ministre de la Justice ait compté les procédures de prolongation de la rétention des étranger.e.s parmi les contentieux essentiels qui doivent être maintenus malgré la fermeture des tribunaux.

Les services de l'Etat que "toutes les mesures adéquates ont donc été prises pour répondre aux exigences sanitaires de limitation de la propagation du virus. Il n'existe donc aucune raison sanitaire justifiant une telle libération."

Les cours d'appel de Bordeaux et Paris auraient pris des décisions contraires au motif de l'intérêt général et afin de respecter les consignes données par le président de la République.


Dans ces conditions et avant que la situation ne devienne intenable, seule la libération de l’ensemble des étranger.e.s retenu.e.s en centre de rétention permettra de concilier l’impératif de santé publique avec le respect de la dignité, l’intégrité physique et le droit à la santé de ces personnes.

Pour l'association la Cimade, c'est du "grand n'importe quoi"

Depuis les annonces du président de la République pour lutter contre la propagation du coronavirus, l'association la Cimade n'est plus en mesure d'intervenir au centre de rétention.

Les personnes retenues n'ont de ce fait plus aucune assistance juridique. "Les audiences s'effectuent sans les personnes, impossible de vérifier les conditions de régularité des procédures, c'est du grand n'importe quoi" nous précise un bénévole de la Cimade.

La loi prévoit pourtant « qu'un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ".

Selon ce bénévole, les personnes actuellement au centre de rétention de Lesquin, refusent désormais de fréquenter le réfectoire de peur d'être contaminées.

La situation est complexe et met en danger ces personnes : "Elles n'ont pas de masques à leur disposition et le personnel de surveillance semble peu équipé pour se protéger. Enfin, le médecin de l'office français d'immigration et d'intégration n'effectue plus de visite".

Mesures de prévention renforcées dans les établissements pénitentiaires

Le ministère de la justice demande aux établissements pénitentiaires de renforcer la prévention face à l'épidémie de coronavirus :L’activité dans les services de placement de la protection judiciaire de la jeunesse sera maintenue avec des mesures de précaution : suspension des activités collectives à l’extérieur des établissements et contrôle sanitaire étroit des activités collectives à l’intérieur des établissements.
 
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