Gard : Frédéric Jacques Temple "poète humaniste", ami de Cendrars, Brassens et Soulages est décédé à Aujargues

Le poète, romancier, traducteur, essayiste et journaliste Frédéric Jacques Temple s'est éteint "très paisiblement" mercredi à l'âge de 98 ans, a annoncé son épouse. Né le 18 août 1921 à Montpellier, "FJT" est décédé dans le Gard, à Aujargues, près de Sommières.

Gard : Frédéric Jacques Temple "poète humaniste", ami de Cendrars et Brassens est décédé le 5 août 2020 à Aujargues - 2018.
Gard : Frédéric Jacques Temple "poète humaniste", ami de Cendrars et Brassens est décédé le 5 août 2020 à Aujargues - 2018. © SYLVAIN THOMAS / AFP
"J'écris quand ça me chante, et ça me chante souvent", confiait à l'AFP Frédéric Jacques Temple fin 2018, un verre de whisky à la main. Le poète décédé dans le Gard à 98 ans, laisse une oeuvre nourrie de solides amitiés avec d'autres artistes.

FJT, une "machine à vivre"

Défini par sa femme Brigitte Portal comme une "machine à vivre", Temple avait gardé jusque dans le grand âge un regard vif, un physique solide comme un roc, une précision du verbe, une délicatesse, et un humour mordant avant que sa santé ne décline en début d'année 2020.

Il est décédé "paisiblement" et entouré des siens dans sa maison d'Aujargues à l'est de Sommières, a annoncé mercredi son épouse.  
En 2013, "FJT", comme le surnomme ses amis, avait reçu le prix Apollinaire pour son oeuvre poétique, qui, comme ses romans "Les Eaux Mortes", "Un cimetière Indien, "L'Enclos", "la Route de San Romano" ou "Le Chant des Limules", mêle enfance languedocienne, cassure de la guerre, élan vers l'ailleurs, rencontres émerveillées avec les artistes, les oiseaux, les plantes ou les Amérindiens.  

Mon écriture de base, c'est la poésie. Le reste, c'est selon les circonstances de la vie. Ecrire pour moi, ce n'est pas une carrière, c'est simplement le résultat de ma vie.

Un Montpelliérain vivant dans le Gard

Né le 18 août 1921 à Montpellier, F.J Temple est dès son plus jeune âge attentif aux vibrations de la nature. Aussi bien lors de ses jeux au
Jardin des Plantes de Montpellier que dans la propriété familiale au bord de la mer, qui sera selon ses termes "enterrée sous le béton" par les promoteurs de la Grande Motte.
De 7 à 18 ans, FJT est scolarisé au pensionnat de l'Enclos Saint-François à Montpellier, un établissement "religieux mais très ouvert, dans lequel on enseignait non seulement les humanités, mais aussi la musique et les beaux arts". Les livres d'aventure de Jules Verne, Fenimore Cooper ou Jack London lui "ouvrent la porte du monde".

En 1942, il part pour Alger avec sa famille et découvre l'Afrique avec fascination. Il fréquente alors la librairie d'Edmont Charlot, l'éditeur d'Albert Camus, qui sera aussi le sien.
Mais de 1943 à 1946, survient pour le jeune homme "une fracture" - l'expérience de la guerre et de ces "journées passées à l'ombre de la mort", notamment lors de la campagne d'Italie, puis en Provence, en Alsace et jusqu'en Autriche. 
Mais le désir de vivre l'emporte. FJT se lance dans le journalisme, publie des poèmes, des romans, des traductions (Thomas Hardy, Henry Miller, Lawrence Durrell), des essais sur D.H. Lawrence et Henry Miller. Il noue souvent "au culot" des amitiés avec de grands noms de la littérature, de la peinture, de la musique: Blaise Cendrars, Henry Miller, Lawrence Durrell, Joseph Delteil, Richard Arlington, Mohammed Dib, Jean Giono, Pierre Soulages ou encore Georges Brassens.

En 1954, Temple est nommé à la direction de la radiodiffusion télévision française pour le Languedoc-Roussillon, où il restera jusqu'en 1986 et sera d'ailleurs directeur de l'ORTF à Montpellier, devenue aujourd'hui France 3 Occitanie Montpellier. La radio est alors pour lui une manière de "promouvoir la poésie et la littérature".

"L'homme appartient à la nature"

Ayant élevé cinq enfants et traversé près d'un siècle, Temple se définissait comme un auteur "humaniste" tout en étant "très curieux des civilisations qui sont simplement vitales comme les peuples amazoniens, les pygmées ou les aborigènes". 
Comme eux, il pensait que "la terre n'appartient pas à l'homme, mais (que) c'est l'homme qui appartient à la nature".

Quand ravagée sera la Terre par l'homme sans conscience, animal supérieur se croyant roi de l'univers, Dieu aura-t-il désir, force, courage d'imaginer encore un aussi stupide babouin ?

Extrait de son dernier recueil publié en 2020 aux éditions Bruno Doucey. 

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