Mickaël tué après une chute sur un chantier à Nîmes: "ce procès doit être un message fort sur la sécurité des cordistes"

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Écrit par Sylvain Duchampt
Mickaël était âgé de 38 ans et a fait le 6 mars 2018  une chute mortelle de 15 mètres sur un chantier à Nîmes (Gard).
Mickaël était âgé de 38 ans et a fait le 6 mars 2018 une chute mortelle de 15 mètres sur un chantier à Nîmes (Gard). © Cordistes en colère et cordistes solidaires

Vendredi 7 mai, deux entreprises comparaissent devant le tribunal correctionnel de Nîmes (Gard) pour homicide involontaire après la chute mortelle sur un chantier de Mickaël Beccavin, cordiste. Au coeur de ce procès pour l'association " Cordistes en colère et cordistes solidaires ": la sécurité.

Le 6 mars 2018 à Nîmes, alors qu'il est en train de poser des balcons sur un immeuble en construction à Nîmes, Mickaël Beccavin, un cordiste de 38 ans fait une chute mortelle de 15 mètres. Il n'avait pas de corde de sécurité. Vendredi 7 mai, deux entreprises, Eiffage construction et Sud Acroatic, comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Nîmes (Gard) pour homicide involontaire. Dans ses réquisitions le ministère public a requis la condamnation d'homicide involontaire pour les deux sociétés dont 100.000 euros d'amende à l'encontre d'Eiffage et 10.000 euros à l'encontre de Sud Acrobatic. Le délibéré sera rendu le 4 juin à 9 heures.

L'association  "Cordistes en colère et cordistes solidaires" qui regroupe 200 professionnels veut avec ce procès soutenir les proches et les amis de ce père de famille mais aussi "montrer à quel point ce type de drame questionne gravement la sécurité" dans le métier de cordiste. Entretien avec Grégory, membre de l’association.

France 3 Occitanie : pourquoi ce procès est important pour votre profession ?

Grégory, membre de l'association" Cordistes en colère et cordistes solidaires" : L’accident qui a coûté la vie à Mickaël est une chute de hauteur sur corde. La même année, il y a eu trois autres cordistes qui sont décédés. Il faut savoir que le code du travail nous oblige à travailler avec deux cordes : une sur laquelle nous sommes accrochés et une corde de sécurité qui est là au cas où il y a une rupture de la première. C’est une sorte de ceinture de sécurité. Mickaël n’était pas attaché à une de ces cordes de sécurité.

France 3 Occitanie : Pour quelles raisons ?

Grégory, membre de l'association " Cordistes en colère et cordistes solidaires" : On ne sait pas sur le moment, pourquoi ces salariés n’étaient pas accrochés à ces cordes-là. Ce que l’on a constaté, c’est que c’est devenu une habitude. Une habitude qui s’instaure dans les entreprises. Elle trouve son origine à la création de notre profession. Le métier de cordiste a commencé à apparaître dans les années 90, de façon très marginale. C’étaient des professionnels qui avaient des pratiques sportives de la corde, des guides de haute-montagne, des accompagnateurs de spéléologie et qui en extra allaient dépanner sur des chantiers de BTP. Mais dans le sport, on évolue avec une seule corde. Il n’y a pas ce principe de corde de sécurité. Au début, le métier de cordiste se faisait sur une seule corde. À partir de 2004, le code du travail a imposé l’utilisation de cette corde de sécurité.


France 3 Occitanie : Dans le cas de l’accident de Mickaël, est-ce la responsabilité individuelle du cordiste qui est engagée ou celle de l’employeur ?

Grégory, membre de l'association "Cordistes en colère et cordistes solidaires" : Pour moi, c’est aux entreprises d’assurer matériellement et juridiquement la sécurité de ses employés. Il y a un rapport de subordination avec les salariés et des obligations de sécurité. C’est aux employeurs de s’assurer que tous les moyens sont mis en place sur le chantier. Et c’est d’ailleurs pour cela que ce procès est important. L’entreprise qui employait Mickaël, Sud Acrobatic, n’est pas isolée. Le gérant a commencé dans les années 90. Il n’a jamais passé les formations qui se sont créées ensuite comme les certificats de qualification professionnelle de cordiste qui existent aujourd’hui. Ce sont des pratiques qui se perpétuent et qui ont du mal à évoluer en matière de sécurité. Nous avons l’impression qu’il y avait une tolérance de ce travail sans corde de sécurité. D’ailleurs sur les photos de Mickaël, on voit qu’il n’est que sur une seule corde. 

L’employeur travaille de cette manière. Les salariés travaillent de cette manière. Même les jeunes qui sont formés reprennent ces mauvaises habitudes au sein des sociétés et au contact des anciens. Après ce procès devra aborder d’autres problèmes : l’organisation des travaux et la prévention sur le chantier. Il n’y avait pas eu de concertation avec le coordinateur sécurité du chantier alors que c’était un gros chantier. Il n’était même pas au courant que Sud Acrobatic intervenait sur le chantier, car c’était un sous-traitant d’un sous-traitant.

France 3 Occitanie : Qu’attendez-vous de ce procès ?
Grégory, membre de l'association  "Cordistes en colère et cordistes solidaires ": Nous n’attendons pas des peines de prison, mais bien une reconnaissance de fautes professionnelles d’encadrement de la part des employeurs. C’est un message fort pour notre profession et pour le monde du BTP. Il y a des problématiques qui sont propres à notre profession de cordistes, mais malheureusement, ce sont des logiques accidentogènes que l’on retrouve partout dans le monde du travail et notamment dans celui du BTP. 

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