Ninon, 20 ans, tuée par son petit ami à Nîmes : de nombreuses jeunes femmes victimes de violences se taisent

En France, les jeunes femmes sont victimes de violences conjugales qu'elles taisent le plus souvent par méconnaissance de leur droit / © MAXPPP - Delphine Goldsztejn
En France, les jeunes femmes sont victimes de violences conjugales qu'elles taisent le plus souvent par méconnaissance de leur droit / © MAXPPP - Delphine Goldsztejn

Ce vendredi aux assises du Gard a lieu le troisième jour du procès d’Abdessadek Boumajane, accusé du meurtre de sa petite amie, Ninon, âgée de 20 ans au moment des faits. Comme Ninon, de nombreuses jeunes filles sont victimes de violences, mais la plupart se taisent, pourquoi ?
 

Par Joane Mériot

Abdessadek Boumajane est accusé du meurtre de sa compagne Ninon, une étudiante âgée de 20 ans. Le suspect qui comparaît aujourd’hui devant les assises du Gard est âgé lui de 26 ans. Au moment des faits en 2016, il en avait 23.

Une jeune étudiante frappée à mort, son compagnon dans le box des accusés


Le 20 novembre 2016, le corps d’une jeune fille d’à peine 20 ans, portant de nombreuses traces de coups, est découvert dans un appartement de la rue Saint-Rémy à Nîmes. La jeune fille, Ninon, étudiante à Nîmes, a été frappée à mort.
C’est Abdessadek Boumajane, son compagnon, qui a alerté les secours mais il a pris la fuite avant l’arrivée des pompiers.

Rapidement interpellé et placé en garde vue, le jeune homme avoue en partie les faits qui lui sont reprochés. La victime et son compagnon se connaissaient depuis près de six ans et habitaient ensemble depuis à peine deux mois.
Aujourd’hui, trois ans plus tard, le compagnon de Ninon est dans le box des accusés, il est jugé par la Cour d’assises du Gard et encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué la jeune femme.

Des faits divers comme celui-ci, il y en a hélas beaucoup trop. Mais dans ce procès, l'âge de la victime interpelle. A l'image de Ninon, beaucoup de jeunes femmes sont victimes de violences, mais la plupart d'entre elles se taisent, nous avons tenté de savoir pourquoi. 

 

Une violence très importante chez les jeunes

De nombreuses études sont sorties depuis quelques années sur les violences faites aux femmes, mais très peu concernent les jeunes femmes, car très peu d'entre elles osent parler de ce qu'elles subissent. Cela ne veut pas dire qu'elles ne sont pas victimes de violences, bien au contraire. Les deux dernières études "virage" et "enveff", réalisée par le centre Hubertine Auclert datent de 2016.

De ces enquêtes, il est apparu un constat, nous explique Amandine Maraval, directrice d’un centre d’accueil dédié aux jeunes femmes à Bagnolet, les jeunes femmes de moins de 25 ans sont deux fois plus victimes de violences que le reste des femmes et ce sont les moins représentées dans les structures d’accueils tels que le 3919 où le CIDFF (Centre d’Information sur le droits des femmes et des familles).

En effet, selon cette étude, il apparait que les jeunes femmes victimes de violences représentent en moyenne 11% du public accueilli par les structures spécialisées. Cette catégorie d’âge ne fait pas appels aux associations pour leur demander de l’aide. Le plus souvent, elles sous-estiment ces violences, et ne les considèrent pas commes des violences conjugales. 


Une violence difficile à repérer …

Cette violence, vis-à-vis des plus jeunes est donc plus difficile à repérer par les instances.

Plusieurs raisons expliquent à cette situation. 

"D'abord, si ces jeunes femmes signalent moins les violences dont elles sont victimes c'est qu'elles ne se considèrent pas comme étant victimes de violences justement, notamment parce qu’elles ne se reconnaissent pas dans le terme de violences conjugales, nous explique Céline Foulc, la directrice du CIDFF de Seine-Saint-Denis. Elles s’imaginent le couple comme deux personnes vivant ensemble sous le même toit avec des enfants, ajoute la directrice du centre." 

"En plus, explique Amandine Maraval, elles ont tendance à se dire que dès lors qu'elles ne sont pas installées avec leur compagnon, elles ne sont pas sous une emprise et donc elles minimisent ce qu'elles subissent. Il faudrait qu'il y ait plus d'éducation, notamment au niveau scolaire pour les jeunes. Il faut redéfinir ce qu'est un couple aussi. Et former les professionnels à repérer ces violences.

Comme les études, les campagnes contre les violences faites aux femmes visent généralement les adultes. En effet, très peu ont été faites à destination des jeunes, il y a  #violencejetequitte réalisée par le CIDFF de Provences Alpes Côte d’Azur et tu m'aimes, tu me respectes réalisée par le centre Hubertine Auclert.
 
Une des affiches de campagne " tu m'aimes tu me respectes" - 2017 / © Hubertine Auclert
Une des affiches de campagne " tu m'aimes tu me respectes" - 2017 / © Hubertine Auclert
 

Une approche différente pour accompagner les jeunes 


Autre fait, nous explique Amandine, c'est que ces jeunes victimes ne connaissent pas bien leurs droits et ne savent donc pas forcément vers qui se tourner.
Face à ces constats, Amandine Maraval (avec le soutien de l’Etat, du département de Seine-Saint-Denis et des villes de Paris et Bagnolet) a ouvert début septembre un centre de jour dédié spécialement aux jeunes femmes de 15 à 25 ans victimes de violences :   

Notre approche est différente face à des jeunes et à des adultes. La plupart des jeunes qui viennent nous voir ont besoin d’être cocoonées, rassurées. Ces filles sortent de leur cercle familial généralement. Mais l’avantage c’est qu’elles ont un immense potentiel pour rebondir car elles sont très jeunes et donc plus dynamiques et plus optimistes.

Aujourd’hui en France, ce centre est le seul à accueillir exclusivement des jeunes victimes de violences. Il est en expérimentation. Si cette expérience est positive, d’autres centres devraient se développer dans l’hexagone. Un espoir pour réduire le nombre de faits divers concernant les très jeunes femmes.  


 

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