Procès de la famille Castro : qui est l'auteur des 6 coups de couteau ? Catarina répond "j'ai des trous de mémoire"

Au 2e jour du procès de Catarina, Michaël et Jordan Castro, aux Assises du Gard, la cour poursuit ce mercredi l'examen des faits. Le meurtre a eu lieu dans la maison familiale de Milhaud, près de Nîmes, puis le corps de Badre Fakir a été transporté puis incendié dans un lieu isolé, sous un pont.

Nîmes - la police technique et scientifique sur les lieux du drame où le corps carbonisé de Badre Fakir a été retrouvé - septembre 2015.
Nîmes - la police technique et scientifique sur les lieux du drame où le corps carbonisé de Badre Fakir a été retrouvé - septembre 2015. © maxppp Lydia Chassier.

Après les aveux partiels de Catarina Castro lors de sa garde à vue en 2015 et ceux de ses 2 fils ainés, les 3 accusés ont été mis en examen pour assassinat. Ils ont expliqué leur geste en disant : "on voulait mettre fin à des années de violence".

Tout l'enjeu de ce procès est de déterminer les actes et la responsabilité de chacun. Qui a fait quoi dans l'élaboration et la réalisation du meurtre ? Car pour les enquêteurs, la préméditation est une certitude.

D'abord Badre Fakir a été drogué avec du Zolpidem grâce à une boisson préparée pour l'occasion avant d'être tué, des serflex et une cordelette avaient été prévus et enfin l'essence qui a servi a brûlé le cadavre de la victime a été achetés, en bidons, peu avant l'assassinat.

Les auditions des médecins légistes et experts sont aussi très attendues. D'abord, pour déterminer l'heure du décès mais aussi les causes et le lieu.

Nîmes - la police sur les lieux du drame dans le tunnel sous la voie ferrée - septembre 2015.
Nîmes - la police sur les lieux du drame dans le tunnel sous la voie ferrée - septembre 2015. © maxppp Lydia CHASSIER

Qui a porté les coups de couteau ?

Dans ses aveux, Catarina Castro, la mère âgée de 49 ans aujourd'hui, explique l'enchainement des faits ce jour tragique. Elle a d'abord servi une boisson contenant un sédatif à Badre Fakir, puis elle l'a ligoté et étranglé.
Ses 2 fils ont ensuite transporté le corps de leur père dans un endroit tranquille pour y mettre le feu. C'est Michaël Castro, le fils aîné qui dit avoir procédé à la crémation du cadavre.

Des déclarations qui se tiennent, sauf que l'autopsie révèle le présence d'au moins 6 coups de couteau à la gorge et au torse. Qui a porté ces coups ? Mystère...
 

Ce ne sont pas mes fils, ils respectaient leur père, ni moi... J'ai beaucoup de trous de mémoire depuis. L'enquêteur me dit qu'il y a des coups de couteau, alors je dis oui c'est moi.

Catarina Castro

Et après l'audition du médecin légiste par la cour (voir plus bas dans l'article), la question : qui a porté les coups de couteau ? peut être reformulée en : y a-t-il eu des coups de couteau ? Une nouvelle question serait alors posée, quelle est la cause du décès ?

Enfin, la mère refute toujours la préméditation du meurtre de Badre Fakir.

Nîmes - Catarina Castro (de dos) avec Me Khadija Aaoudia, l'une des avocats des 3 accusés - 2 avril 2021.
Nîmes - Catarina Castro (de dos) avec Me Khadija Aaoudia, l'une des avocats des 3 accusés - 2 avril 2021. © F3 LR

La codétenue dézingue Catarina

Catarina Castro qui comparait libre devant les Assises a effectué près de 3 ans de détention provisoire. Mardi, une ancienne codétenue a témoigné.
Selon elle, la thèse de la femme battue est une invention pour servir sa défense. Par ailleurs, Catarina lui aurait affirmé avoir drogué puis étranglé Badre Fakir mais aussi qu'elle était l'auteur des coups de couteau et que les 2 fils avaient participé à l'homicide.

Quel crédit donner à ce témoignage ? Cette femme a fait de la prison pour faux, usage de faux et abus de confiance et son casier judiciaire porte 14 mentions...

Les experts précisent leurs analyses

Pour le toxicologue, la mort par ingestion de Zolpidem est rare. Même si la victime a pris une plaquette entière de ce puissant médicament somnifère. Il avait aussi des traces de cocaïne dans le corps.

L'expert en traces de sang confirme que le coffre de la voiture ayant transporté le corps a été nettoyé. Il précise que des traces de sang ont été identifiées dans le lavabo de la maison laissant penser à un lavage.

Le médecin légiste affirme que l'incendie du corps a rendu l'autopsie difficile. Il révèle que Badre Fakir avait un anneau gastrique, un dispositif médical qui a d'ailleurs permis d'identifier la victime. Il confirme une dizaine de plaies entre la trachée et le torse mais révèle que les dégâts occasionnés par le feu peuvent faire confondre des blessures au couteau et des lésions des tissus dues à la chaleur et à la combustion de la chair.

La cause du décès qui semblait jusque là être les coups de couteau est donc mise à mal. Serait-ce la strangulation ?
Oui, selon une contre-expertise de la première autopsie.

Le président demande des détails.
- Y a-t-il eu des coups portés par arme blanche et si oui combien ?
- Oui, on note 4 plaies ante mortem dans les minutes qui ont suivi la strangulation mais elles n'étaient pas nécessaires.
- Les coups de couteau ne sont pas la cause du décès ?
- La mort est liée à une asphyxie et à la prise de somnifères, de la plaquette de cachets de Zolpidem.

Selon ces explications, Catarina Castro ayant reconnu avoir administré les médicaments puis avoir étranglé Badre Fakir, elle serait coupable du meurtre.

Découvrez le témoignage de Catarina Castro enregistré le 2 avril 2021, chez son avocate, par France 3 Occitanie, dans ce reportage de J.Paul et O.Brachard.

Jeudi, les experts psychiatriques seront à la barre pour témoigner sur la psychologie des accusés. Des auditions très attendues par les parties civiles.

Le verdict devrait être rendu vendredi soir. Les 3 accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

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