Témoignage. "Il y avait un épais nuage et tout ça était en ruines" : Charles Puech avait 12 ans quand les Alliés ont bombardé Nîmes

Publié le Écrit par Sixtine Boyer et Pauline Pidoux

Chaque 27 mai, Nîmes commémore ce jour où les forces alliées ont lâché des bombes au-dessus de la ville. Elle rend hommage aux victimes de la Libération. C'était il y a 80 ans. Charles Puech était encore unfant, il se rappelle de ce jour terrible où son quartier a été défiguré.

Il y a 80 ans jour pour jour, les Alliés ont bombardé la capitale du Gard pour affaiblir les Allemands et couper les voies de circulation afin que les résistants puissent accéder à la ville. Chaque année, le 27 mai, la Marseillaise résonne dans la cour de l’Hôtel de Ville de Nîmes pour rendre hommage aux victimes de ces bombardements.

Préparer la libération

"Il y a eu trois vagues de bombardements dans le département dont celui du 27 mai", explique Jean-Paul Boré, président des Amis de la fondation pour la mémoire de la déportation, en évoquant cette période où les Anglais et les Américains lâchent des centaines de bombes pour détruire les installations ferroviaires et bloquer les Allemands.

Ce jour-là, il y avait beaucoup de mistral, les Américains étaient montés très haut avec les bombardiers pour éviter les points de défense contre avion alors beaucoup de bombes ont été déviées par le vent et ont raté leur cible.

Jean-Paul Boré - président des Amis de la fondation pour la mémoire de la déportation

Malheureusement, tout ne s'est pas passé comme prévu, malgré les avertissements transmis via les tracts des Alliés. "Il y avait beaucoup d'alertes et les gens en avaient un peu marre, alors certains n'ont pas jugé nécessaire de se protéger", détaille Jean-Paul Boré.

271 morts, 289 blessés et huit disparus

Le bilan est très lourd. Le prix, difficile à accepter, d'une Libération.

Dans Nîmes, les immeubles sont ravagés, la caserne des pompiers est détruite ainsi que l'hôpital. Quelques rues plus loin, le bâtiment d'une école d'apprentissage de couture tombe en ruines et ses occupantes sont toutes tuées.

Témoignage

Charles Puech n'avait pas encore 13 ans ce matin de mai 1944. En se promenant 80 ans plus tard dans les rues de Nîmes, il raconte : "j'habitais un peu plus loin avec mes parents, au 11 bis rue Notre-Dame dans un immeuble de trois étages, au second, et quand les sirènes ont retenti, on n'a pas bougé parce qu’on était habitués de ces alertes qui ne débouchaient sur rien".

Finalement, c'est le bruit des explosions qui a décidé Charles et ses parents à descendre dans la cave aménagée en abri. Une décision qui l'a sûrement sauvé.

Quand je suis ressorti, il y avait un épais nuage et tout ça était en ruines.

Charles Puech - Témoin des bombardements du 27 mai 1944

L'homme de 92 ans se souvient d'une femme qui criait dans la fumée blanche des décombres "et voilà nos libérateurs, ils tuent plus de Français que les Allemands".

"Il n'y avait pas de cellule psychologique à l'époque", conclut avec humour ce témoin des bombardements.

Faire mémoire

"C'est vrai que ces bombardements sont passés un peu à la trappe de l'histoire, comme en Normandie et dans tout le sud-est", reconnaît Francine Cabane, professeure d'histoire.

Pour cette raison, la professeure est partie à la recherche de témoignages sur ce pan d'histoire.

Ça représente une souffrance humaine terrible dans toutes ces familles qui ont été touchées, j'ai senti en cherchant des témoins que ces personnes qui sont maintenant âgées avaient envie de parler et de témoigner.

Francine Cabane - professeure d'histoire

Mardi 28 mai 2024, une conférence aura lieu au lycée Daudet afin de mettre en lumière la vingtaine de témoignages recueillis par Francine Cabane.

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