Grippe aviaire : la désolation d'une productrice d'oies dans le Gers suite à l'abattage préventif de son élevage

L'arrêté préfectoral est tombé comme un couperet. Les 750 oies de ce petit élevage à Montesquiou dans le Gers ont été euthanasiées à titre préventif ce vendredi à 14 heures. Toutes les bêtes sont saines mais un foyer de grippe aviaire s'est déclaré à moins de 4 kilomètres de l'exploitation.

Image d'illustration.
Image d'illustration. © Christian Watier/MaxPPP

Décidé par arrêté préfectoral, l'élevage traditionnel de 750 oies de la ferme des Grisettes à Montesquiou dans le Gers a fait l'objet d'un abattage préventif, suite à la découverte d'un foyer d'influenza aviaire dans une salle de gavage, à quatre kilomètres de l'exploitation.

Les mesures de protection sanitaires impliquent qu'un périmètre de cinq kilomètres soit établi autour du foyer viral. Un coup dur pour la famille Brazzalotto, éleveurs d'oies depuis six générations.

Entre incompréhension et colère

La totalité du troupeau a été confiné pour protéger l'environnement et les élevages autour de l'exploitation et toutes les oies sont en bonne santé. Les prélèvements vétérinaires, opérés lundi 22 février sur 20 de leurs palmipèdes, n'ont révélé aucune présence d'infection au virus pathogène.

"La seule chose qui entre dans notre exploitation est la petite oie à un jour, décrit France-Laure, car nous fabriquons l'aliment avec les céréales produites sur place, nous avons un laboratoire aux normes européennes et un atelier de transformation sur place, donc aucun camion n'entre sur notre exploitation". 

Pour nous c'est l'incompréhension, parce que toutes les transformations que l'on a mis en œuvre lors de la dernière grippe aviaire n'ont servi à rien, on repart à zéro. Cette grippe aviaire peut revenir n'importe quand. Si le vaccin n'est pas mis en place, je ne vois comment on peut redémarrer un élevage.

France-Laure Bazzalotto - éleveuse d'oies à Montesquiou (32)

 

Aujourd'hui, malgré la rigueur apportée aux conditions d'élevage, la décision de la préfecture d'abattre toutes les bêtes est reçue brutalement. Actuellement sur l'exploitation, 500 oies ont entre quatre et douze semaines et 240 oies d'environ 18 semaines sont en gavage.

"Lors de la dernière grippe aviaire, l'élevage des oies avait continué à l'intérieur des bâtiments, explique l'éleveuse France-Laure Brazzalotto, de grandes précautions avaient été prises à l'époque et il n'y avait eu aucune mortalité parmi les animaux. La contamination était alors plus importante qu'aujourd'hui, mais nous avons prouvé aux services vétérinaires que nous pouvions élever nos animaux sainement. Pourquoi aujourd'hui on ne nous laisse pas faire pareil ?"

"Mes parents ont démarré l'exploitation dans les années 70, ça fait 30 ans que l'on travaille avec mon mari et notre fils nous a rejoint il y a 8 ans. On travaille en autarcie, dans le respect strict des normes, on est en colère et on vit très mal cette injustice".

Si France-Laure Brazzalotto et sa famille peuvent compter sur leurs proches et leurs collègues pour les soutenir, l'inquiétude se porte maintenant sur la nouvelle génération. "À l'inverse du canard, ce n'est pas facile de remettre en place un élevage d'oies comme ça, dit France-Laure, c'est un élevage délicat".

Un drame pour le métier

Sylvie Colas est éleveuse de volailles dans le Gers et membre de la Confédération Paysanne. Elle ne cache pas son désarroi de voir décimer les oies de la petite exploitation familiale.

Ça me fait peur ce côté frontal et rigide de l'application des règles sanitaires. Pour moi, le gavage de l'oie c'est le symbole de la tradition. Un lot de 250 oies bien nourries, sans stress, dans leur espace n'est pas comparable aux grands élevages de 10 à 20.000 canards. (...) Là on est en train de faire la politique de la terre brûlée avec les abattages préventifs pour que les élevages de canards puissent reprendre.

Sylvie Colas - Confédération Paysanne du Gers

 

"Il n'y a pas que la pression sanitaire, il y a aussi une pression économique (... ) C'est un drame humain et un drame pour le métier. On est actuellement en train de détruire le système traditionnel et artisanal", conclue Sylvie Colas.

 

 

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