La protection de tous les serpents en France, consécration du combat de l'herpétologue gersois Laurent Barthe

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Écrit par Vincent Albinet
La vipère aspic, menacée de disparition, est désormais protégée. La tuer est passible de 3 ans de prison et 150.000 euros d'amende
La vipère aspic, menacée de disparition, est désormais protégée. La tuer est passible de 3 ans de prison et 150.000 euros d'amende © Société Herpétologique de France

Tuer ou maltraiter un serpent en France est désormais passible de 3 ans de prison et de 150.000 euros d'amende. Une victoire pour la préservation d'espèces menacées dont se réjouit le gersois Laurent Barthe, directeur de la Société herpétologique de France, à la pointe de ce combat.

La question pourrait être rouge au Jeu des 1000 euros : comment appelle-t-on un spécialiste des reptiles et des amphibiens ? Banco : un herpétologue.

Le gersois Laurent Barthe, installé près d'Auch, à Ordan-Larroque, en a fait depuis longtemps son métier, jusqu'à diriger la Société Herpétologique de France (SHF). 

Tuer un serpent désormais passible de 3 ans de prison 

C'est dire si celui qui s'intéresse depuis tout petit aux serpents et à la biodiversité se félicite de la publication  le 11 février dernier d'un arrêté interdisant de tuer ou maltraiter en France métropolitaine l’ensemble des serpents, sous peine de trois ans de prison et de 150.000 euros d’amende. 

"Je suis ravi qu'on ait gagné ce combat grâce à une mobilisation nationale et régionale. La publication de ce texte et la protection intégrale des vipères est une victoire pour toutes les personnes qui se sont mobilisées", se réjouit-il. Avant de préciser que "notre but n'est pas de tendre le bâton pour faire peur aux gens qui ne respecteraient pas la règlementation mais plutôt d'avoir des outils adaptés aux enjeux de la conservation de ces espèces".

Voilà en effet près de 15 ans que l'herpétologue se bat pour renforcer la protection des reptiles et des amphibiens. Dès 2007, la SHF avait alerté l'Etat sur les lacunes du précédent arrêté, fixant la liste des amphibiens et des reptiles protégés. Le nouvel arrêté, que réclamaient également de nombreuses assosiations dont Nature en Occitanie, étend désormais la protection aux vipères, « espèces vulnérables et en déclin ». Quant à leurs milieux de vie, eux aussi préservés, il faut désormais les prendre en compte dans l’aménagement du territoire.

L'Occitanie, l'une des régions de France les mieux pourvues en diversité de serpents

La question se révèle particulièrement sensible en Occitanie, l'une des régions françaises les mieux diversement pourvues en espèces de serpents. On a beau y trouver les neuf espèces de couleuvres présentes en France métropolitaine et deux des quatre espèces de vipères, l'une de ces dernières, la vipère aspic, y est fortement menacée.

"La conservation de la vipère aspic dans les plaines cultivées représente le sujet le plus préoccupant. Elle a quasiment disparu de nombreux territoires, notamment dans le Gers", souligne Laurent Barthe. "On sait que la biodiversité va mal, et on sait qu'on a tout intérêt à la préserver", ajoute-t-il. "Mais il faut aménager le territoire tout en préservant les équilibres naturels. Il y a juste un peu plus de travail en amont pour essayer de trouver les solutions les plus adaptées".

"Des peurs irrationnelles liées aux serpents"

Le directeur de la SHF entend également oeuvrer à dissiper "les peurs irrationnelles" liées aux serpents, et notamment aux vipères, redoutées pour leur venin. "Ces peurs reposent sur des idées fausses, des rumeurs, des confusions et une grande méconnaissance de ces animaux", explique-t-il. Selon lui, ces dix dernières années, on ne déplorerait en France qu'un seul mort par morsure de vipère, un herpétologue "qui avait fait une mauvaise manipulation".

La grenouille rousse et la grenouille verte insuffisamment protégées

Le nouvel arrêté sur la protection des reptiles et des amphibiens ne satisfait pourtant pas entièrement le directeur de la SHF. Laurent Barthe déplore l'absence de protection intégrale pour la grenouille rousse et la grenouille verte, des espèces dont la pêche fragilise la viabilité sur le long terme. "Le contexte sanitaire doit rappeler à chacun la gravité de l’effondrement de la biodiversité et l’impact de l’humain sur les écosystèmes", insiste-t-il. Comme ses collègues naturalistes, il demande aux préfets de ne pas signer d'arrêté autorisant la pêche de ces grenouilles. 

 

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