Motion de censure : pour le député du Gers David Taupiac, "demain est le moment de vérité pour notre démocratie"

Dimanche 19 mars 2023, le député du Gers (groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires) David Taupiac s'est rendu à la rencontre des citoyens sur le marché de la Bouquerie à Condom. A la veille du vote par les députés de la motion de censure déposée par son groupe, il fait part de ses inquiétudes.

David Taupiac, député du Gers appartient au groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT), à l'origine de la motion de censure que l'Assemblée nationale va voter lundi 20 mars à 16 heures. L'heure est aux pronostiques. Combien de parlementaires sont prêts à voter ce texte ? 287 voix sont nécessaires afin de renverser le gouvernement. Les yeux sont tournés vers Les Républicains qui pourraient faire pencher la balance. L'élu gersois sait tout l'enjeu de ce scrutin alors que la tension est de plus en plus importante partout en France.

France 3 Occitanie. Comment vous sentez-vous à la veille du vote de la motion de censure ?
David Taupiac, député du Gers. Très tendu, on l’a vu jeudi, les débats ont été enflammés. Derrière, le déclenchement du 49.3 a enflammé la rue aussi, je pense que demain on va être dans le même contexte. Les députés vont se décider sur la motion de censure, ça va être très serré, on voit que l’enjeu est autour du vote des Républicains. Ils vont certainement voter la motion de censure, notamment la motion de censure transpartisane que je porte avec mon groupe LIOT. Demain c’est le moment de vérité pour notre démocratie, pour l’avenir de la réforme... Pour l’avenir du gouvernement aussi.

France 3 Occitanie. Qu’est-ce qu’il va se passer si jamais la motion de censure n’est pas votée ?
David Taupiac, député du Gers. J’ai peur que, si ça ne passe pas, la rue reprenne la main. J’ai peur qu’on ait des mouvements spontanés de manifestations, qui vont être particulièrement importants. Depuis un mois je fais les marchés pour une proposition de loi sur les déserts médicaux, je sens l’ambiance, je sens la tension monter. Depuis cette semaine, je peux vous assurer que les gens sont à fleur de peau, qu’il y a une colère profonde qui monte, lentement mais sûrement, une volonté de rejeter cette réforme. Il y a aussi une défiance de plus en plus importante envers les politiques, et même moi qui suis contre la réforme je suis interpelé. J’en veux au gouvernement qui, avec cette attitude, vient accentuer cette défiance. Je suis assez préoccupé pour notre démocratie.

France 3 Occitanie. Que faudrait-il pour convaincre les députés LR de voter votre motion ?
David Taupiac, député du Gers. Qu’ils aillent ce week-end et demain matin sur les marchés. Qu’ils aillent sur le terrain, au contact des gens, qu’ils les écoutent. Ils comprendront que l'enjeu est d’apaiser notre société, et non pas de l’enflammer, de rajouter une réforme qui n’a aucune forme d’urgence, et qui n’a peut-être même pas de nécessité aujourd’hui. Je crois qu’il est important qu’on replace les enjeux au niveau où ils doivent être. L’urgence aujourd’hui, c’est l’urgence sociale, sur le pouvoir d’achat, sur le coût de l’énergie… Il y a une grosse crainte géopolitique avec la menace de la Russie. Je pense qu’on a beaucoup d’autres sujets à régler avant de rajouter un sujet aussi clivant que celui de la retraite, géré d’une manière aussi peu démocratique. C'est ce qui est en train de révolter nos concitoyens.

France 3 Occitanie. Avez-vous des pronostics pour demain ? 
David Taupiac, député du Gers. Ça se jouera à pas grand-chose. Comme je suis de nature optimiste, je dirais que la motion de censure va être votée, je fais confiance à une partie des Républicains pour la voter. Je connais certains d’entre eux qui sont des ruraux comme moi, et au-delà des clivages politiques à l’Assemblée, il y aussi des sensibilités de tous ces ruraux proches du terrain, qui ont les pieds dans la terre et qui connaissent, comprennent, et sont aux côtés des gens. Ces ruraux-là la voteront. J’espère qu’ils seront assez.

France 3 Occitanie. Pourquoi les ruraux plus que les autres ?
David Taupiac, député du Gers. Le député de l’Ardèche, qui est un ami, fait l’analyse sociologique de son territoire, avec des gens qui sont comme ici. On est un peu loin de tout, dans des déserts médicaux, on n’a pas d’industries, on a une agriculture qui souffre… On est déjà dans des territoires fragilisés. Certes la vie est douce, on a un beau territoire, on a la gastronomie, il fait beau, mais n’oublions pas qu’il y a une forme de marginalisation de la ruralité par rapport aux villes sur ces sujets-là. Rajouter cette réforme, c’est rajouter des difficultés pour nos concitoyens en milieu rural. Je crois qu’elle est plus criante pour nous, ruraux. On voit d’ailleurs que la mobilisation dans des chefs-lieux de départements ruraux est plus importante, proportionnellement, que dans les grandes villes. A Auch, on a une très forte mobilisation. Je pense que c’est aussi un signe, une forme de révolte de notre ruralité qui se manifeste, et les députés y sont très sensibles.

France 3 Occitanie. Les gens ont peur de ce passage en force de la réforme la semaine prochaine, comme un basculement sociétal. Ressentez-vous cela ?
David Taupiac, député du Gers. Oui tout à fait. Il ne faut pas sous-estimer cette colère qui monte et qu’on ressent. Et l’étincelle que peut être le non-vote d’une motion de censure peut définitivement entraîner des formes de manifestations beaucoup plus violentes. J’appelle les uns et les autres à manifester, mais toujours dans le calme et la sérénité et non pas dans la violence... Mais quand la colère est là, il est difficile de la maîtriser.

France 3 Occitanie. Comment retrouver l’apaisement derrière ?
David Taupiac, député du Gers. Retirer la réforme, et changer de gouvernement. La méthode n’est pas bonne. J’ai été interloqué sur la façon dont le sujet de la retraite a été réglé.

Interview réalisée par la journaliste Sandra Wachlewicz