1er Mai : comment une ONG de Toulouse lutte contre le travail des enfants dans le monde

L’année 2021 a été consacrée par l’ONU « année internationale pour l’élimination du travail des enfants ». Un combat dont s’est emparé depuis quinze ans une ONG toulousaine. Entretien avec sa présidente.

Enfant travaillant dans le café au Panama
Enfant travaillant dans le café au Panama © RHSF

Ce 1er mai est l’occasion de rappeler que, dans le monde, 152 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent dans l’agriculture, l’industrie ou encore les services (Source OIT). A Toulouse, l’ONG « Ressources Humaines Sans Frontières » œuvre depuis des années à combattre ce fléau.

Le déclic de l’affaire Nike 

Sa fondatrice nous explique comment est née l’initiative. « Je travaillais aux Etats-Unis en 1996 quand a éclaté l’affaire « Nike » (accusé de faire travailler des enfants via ses sous-traitants en Asie). J’ai alors commencé, via une association créée à ce moment-là, à regarder dans les entreprises » raconte-t-elle.

« C’est d’une complexité inouie ! Les enjeux, les cultures, les pays sont différents. Si vous prenez l’exemple de l’agriculture. On peut dire que certains enfants y travaillent pour aider leur famille mais ils aident aussi des multinationales » précise Martine Combemale.

On s’est dit on va créer notre ONG et commencer à planter des petites graines dans le désert 

Martine Combemale, fondatrice et présidente de "Ressources Humaines Sans Frontières"

Arrivée dans la ville rose, elle créée en 2006, avec d’autres Toulousains, « Ressources Humaines Sans Frontières ». « On s’est dit on va créer notre ONG et commencer à planter des petites graines dans le désert » se souvient cette auditrice sociale de formation.

L’association « d’intérêt général » s’appuie désormais sur un réseau international avec des associations à Taïwan ou encore en Malaisie. RHSF expérimente des solutions pilotes de prévention avec les entreprises et leurs sous-traitants.

Les 15-18 ans aussi concernés

« Extraire des matières premières, fabriquer des produits que nous consommons, peiner dans les champs… La plupart du temps, le travail des enfants est invisible. Et pourtant, il est présent dans de nombreux pays y compris, près de chez nous » explique-t-on chez RHSF. « Tous les secteurs en tension sont concernés » relate sa présidente.

« Sont aussi ciblés les 15-18 ans. Certains travaux d’été ou apprentissage peuvent conduire à des abus ». Concernés également « des jeunes non-déclarés qui arrivent dans des agences d’intérim », ou encore enfin, fruit des nouveaux modes de consommation, « certains livreurs à vélo ».

Le travail des enfants a baissé de 38% ces dernières années

Le travail des enfants a baissé de 38% ces dernières années, selon l’Organisation Internationale du Travail, notamment en raison de la mobilisation. Des actions qui ont amené gouvernements et entreprises à, au moins, « limiter l’emploi des enfants à des tâches ne présentant pas de danger ».

Martine Combemale, fondatrice et présidente de Ressources Humaines Sans Frontières
Martine Combemale, fondatrice et présidente de Ressources Humaines Sans Frontières © Romain Baltz

« 2021 est une année charnière » annonce Martine Combemale. L’ONU l’a décrétée « année internationale pour l’élimination du travail des enfants » et la France qui préside cette action s’est engagée à devenir « pays pionnier ». Au niveau européen, une loi dite « vigilance » va également être appliquée à tous les pays de la communauté. Mais chacun peut agir à son niveau.

Agir mais comme il faut

« Attention toutefois, on peut créer autant de mal que de bien. En voulant boycotter totalement par exemple, on peut faire cesser l’activité ou entraîner el déménagement de certaines structures et donc priver des personnes de travail » relève la présidente de l’ONG toulousaine.

« On a des explorateurs sur notre site qui expliquent via des vidéos et donnent des pistes. Du 10 au 16 juin, on distribuera aussi des kits aux consommateurs pour pousser les entreprises à agir » annonce Martine Combemale.

Les conséquences du Covid

Mais les conséquences de la crise sanitaire inquiètent la fondatrice de Ressources Humaines Sans Frontières. « Il y a aujourd’hui plus de pauvreté. Les enfants ne peuvent plus aller à l’école. On a donc peur qu’ils travaillent d’avantage.» Raison de plus pour amener sa pierre à l’édifice de cette « Année internationale pour l’élimination du travail des enfants »

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