Affaire Borel : la veuve du juge toulousain assassiné réclame la réforme du “Secret Défense”


L'épouse du juge Borrel, magistrate elle aussi, a toujours soutenu la thèse d'un assassinat / © Maxppp
L'épouse du juge Borrel, magistrate elle aussi, a toujours soutenu la thèse d'un assassinat / © Maxppp

La veuve du juge toulousain Bernard Borrel, tué à Djibouti en 1995, a réclamé mercredi la réforme du "Secret défense" qui "entrave" les enquêtes
et "contrevient" à la Convention européenne des droits de l'homme.

Par Michel Pech

Elisabeth Borrel était accompagnée des proches de personnalités disparues dans des circonstances mystérieuses.

Secret autour de la mort du juge
"Je me suis heurtée dès le départ, dès janvier 1996, au secret" autour de la mort du juge Borrel, dont le corps a été retrouvé calciné en octobre 1995, a lancé Elisabeth Borrel lors d'une conférence de presse du Collectif Secret Défense.
Le collectif compte entre autres le fils de Mehdi Ben Barka, opposant marocain enlevé à Paris en 1965, "Les Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon", journalistes de RFI tués au Mali en 2013, ou encore un réseau qui exige que toute la lumière soit faite sur l'assassinat de Thomas Sankara, l'ancien président burkinabè assassiné en 1987.

Macron favorable a ouvrir le dossier Sankara
En visite à Ouagadougou le 28 novembre, le président Emmanuel Macron a annoncé la "déclassification de tous les documents" relatifs à l'assassinat de Thomas Sankara, jusqu'ici couverts par le "Secret défense". Un geste que Bruno Jaffré, de "Justice pour Sankara", a jugé "très satisfaisant" tout en "attendant de voir ce qu'il va effectivement se passer".
Cette décision présidentielle, "éminemment politique", selon M. Jaffré, est rare.

Un système bien verrouillé
Et le mécanisme qui permet d'ordinaire d'accéder aux documents "Secret défense", permet d'"entraver" les enquêtes judiciaires, fustige le Collectif Secret Défense.
Leur consultation est soumise à l'avis de la Commission du secret de la Défense nationale, autorité administrative indépendante qui est obligatoirement consultée lorsqu'une juridiction française fait une demande de déclassification. A la suite de l'avis de la Commission, le ministre concerné peut, ou non, déclassifier les documents demandés.

Contraire à la Convention européenne des droits de l'homme
Or, a argué Elisabeth Borrel, la "législation actuelle est contraire à la Convention européenne des droits de l'homme", car la réponse fournie aux requérants "est la réponse politique du ministre".
Et de réclamer la mise en place d'une véritable "juridiction du Secret défense", pour éviter que les victimes et leurs proches "n'aillent à la Cour européenne des droits de l'homme et aient le mauvais rôle de faire condamner la France".
Le Collectif Secret Défense compte solliciter une réunion avec M. Macron et publier des propositions dans les prochains mois.

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