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Le procès de Laurent Dejean s'ouvre le 14 mars 2019 devant la Cour d'assises de la Haute-Garonne, 8 ans après la disparition puis le meurtre de la joggeuse à Bouloc. 

Un visage

C'est un visage. Celui d'une femme d'une cinquantaine d'années, sur une photo en noir et blanc. Une femme totalement inconnue du grand public et qui pourtant, en quelques heures, s'affiche partout, sur les vitrines dans les commerces autour de Bouloc au nord de Toulouse. Puis dans la presse, sur les chaînes de télé. Partout.

Il s'agit du visage de Patricia Bouchon. Ce 14 février 2011, elle quitte son domicile de nuit, comme chaque matin, pour aller faire son footing. Habituellement, cette femme sportive rentre ensuite chez elle. Elle se douche, se prépare et part travailler à Toulouse, où elle est assistante dans un cabinet d'avocat. 

Ce matin-là, elle ne rentre pas. 
Rapidement, le visage de Patricia Bouchon s'affiche partout / © AFP
Rapidement, le visage de Patricia Bouchon s'affiche partout / © AFP

Les recherches débutent et l'on retrouve son sang

Que s'est-il passé ? Les gendarmes ratissent rapidement la zone, dans la campagne autour de son domicile. Comme à chaque fois dans les affaires de disparition, toutes les hypothèses sont évoquées. Enlèvement, meurtre, disparition volontaire. Ses proches, des rodeurs, des tueurs en série... Tout le monde peut être suspecté. 

Car rapidement, dans un chemin de la commune, des effets personnels de Patricia Bouchon sont retrouvés. Et surtout des traces de sang. Les analyses ne font aucun doute : le sang retrouvé, en grande quantité selon le procureur de la République de l'époque, est bien celui de Patricia Bouchon.

Quelques jours après sa disparition, ce n'est plus une femme que les gendarmes recherchent, mais un corps. Et un criminel. 
Le lieu où le corps a été retrouvé / © MaxPPP
Le lieu où le corps a été retrouvé / © MaxPPP

Le corps est découvert sous un petit pont

Et le pire se produit. Le 29 mars 2011, un corps est retrouvé sous un petit pont qui passe sous une route de campagne à Villematier, à une dizaine de kilomètres de Bouloc. Découvert par un promeneur, le corps a été volontairement dissimulé.

L'identification est rapide. Il s'agit bien de celui de Patricia Bouchon. 
Découverte du corps de Patricia Bouchon

La longue enquête continue

Avec la découverte du corps de la victime, les enquêteurs disposent d'éléments importants pour retrouver le ou les meurtriers. lls vont petit à petit écarter les pistes, fermer des portes, interroger des suspects...

Mais l'enquête est longue. Minutieuse. En octobre 2011, un certain Laurent Dejean est entendu par les enquêteurs. Rien n'est alors retenu contre lui. Les enquêteurs travaillent. Le temps passe. Et ce temps est insupportable pour la famille et les proches de Patricia Bouchon.

Le 14 février 2012, un an jour pour jour, après la disparition de la joggeuse, une marche silencieuse est organisée à Bouloc. Pleine d'émotions mais aussi de colère. La famille ne comprend pas pourquoi les enquêteurs se refusent à diffuser le portrait robot établi très tôt dans l'enquête.

Une frise chronologique et interactive

A ce moment du récit, nous vous proposons une frise chronologique des grandes dates de cette affaire. L'occasion notamment de voir la vidéo de la marche blanche du 14 février 2012. 

Pour activer la frise, cliquez sur les flèches latérales.

Il s'accuse à tort

Le 30 juin 2012, coup de théâtre. Un homme de 36 ans se présente spontanément à la gendarmerie de Vielmur-sur-Agout dans le département voisin du Tarn. 

Il s'accuse du meurtre de Patricia Bouchon. Il est immédiatement transféré à Toulouse, dans les locaux de la cellule d'enquête de la gendarmerie. Placé en garde à vue pendant 36 heures, il répond de manière confuse aux enquêteurs. Mais il est relâché. Sa présence sur les lieux n'est pas avéré. Il ne sait même pas où se trouve Bouloc.

Les enquêteurs ont alors, à cette époque, déjà placé plus d'une dizaine de personnes en garde à vue. Sans trouver le meurtrier.
 
Le suspect qui s'accusait n'avait rien à voir avec l'affaire. / © E. Cabanis / AFP
Le suspect qui s'accusait n'avait rien à voir avec l'affaire. / © E. Cabanis / AFP

Le portrait-robot enfin diffusé

Le 15 octobre 2013, 32 mois après la disparition de la joggeuse, France 3 Midi-Pyrénées révèle que le portrait-robot que les enquêteurs ont établi grâce à des témoignages dès les premiers jours, va être diffusé.

Pour la première fois également, le mari de Patricia Bouchon s'exprime longuement :
Affaire Patricia Bouchon : témoignage de son mari et diffusion du portrait-robot

Sur le portrait-robot, on voit le visage d'un homme assez jeune, bonnet sur la tête, mal rasé. Il aurait été aperçu à proximité des lieux la nuit de la disparition de Patricia Bouchon. 

Les enquêteurs recherchent aussi des témoignages au sujet d'une Renault Clio, première génération, de couleur claire. 

Comment les enquêteurs identifient Laurent Dejean

La diffusion du portrait-robot déclenche une centaine de témoignages. Chacun est exploité par les gendarmes. De nombreux habitants de Bouloc et des environs font le lien entre le portrait et un homme qu'ils connaissent.

Déjà entendu en 2011, Laurent Dejean est placé en garde à vue en janvier 2014 puis en juin 2014. A chaque fois, il est relâché.

Le 9 février 2015, cette fois, il est mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire. Les éléments à charge sont pourtant assez minces : il n'a pas repris son travail de plaquiste après le meurtre, des témoins lui trouvent une ressemblance avec le portrait robot. Lui nie les faits et même avoir possédé une Clio de couleur claire. Son ADN n'a pas été retrouvé sur le corps de Patricia Bouchon.

Le 17 février 2015, il est amené sur les lieux. Le chauffeur-livreur qui avait croisé la Renault Clio le 14 février 2011 est aussi présent et dit reconnaître l'homme qui était au volant.

 
Le transport du suspect sur les lieux en février 2015

Un procès pour lever des interrogations

Le procès de Laurent Dejean s'ouvre à Toulouse le jeudi 14 mars. 8 ans après les faits, permettra-t-il de répondre à toutes les questions ?

Les avocats de l'accusé n'ont cessé ces dernières années de tenter d'obtenir, en vain, la remise en liberté de leur client et d'empêcher son renvoi devant la Cour d'assises de la Haute-Garonne.

Pour eux, il n'y a pas d'élément dans le dossier prouvant la culpabilité de leur client. 

Pour la famille de Patricia Bouchon, ce procès, éprouvant, sera peut-être l'occasion d'obtenir des explications, un mobile, qui sait, des aveux ?

Il y a eu un meurtre, la dissimulation d'un corps. Il y a maintenant un accusé. Et un procès qui doit permettre aux jurés de se forger une intime conviction, dans un dossier complexe, une affaire sensible.