"Aujourd'hui on n'a plus personne" : Pamela, travailleuse du sexe et précarisée par la crise du Covid-19

Le commerce du sexe lui aussi manque de client. Les confinements successifs ont grandement touché les travailleurs du sexe. Ils se retrouvent désormais fortement précarisés. Une porte ouverte à toutes sortes de dérive dans une profession qui peine à se faire reconnaître. Pamela témoigne.

Le plus vieux métier du monde est aussi l'un des plus précarisés aujourd'hui en 2020. Dès le mois de mars, le premier confinement a empêché les prostituées de se montrer sur le trottoir, et leurs clients se sont raréfiés.

Deuxième coup de massue ce mois de novembre : "On n'a vraiment plus personne du tout. Même si on bien travaillé cet été, je l'avoue," témoigne Pamela, 45 ans, et 24 ans de "tapin" dans les rues toulousaines. 

Un drame pour ces travailleurs du sexe, dont le métier n'est pas déclaré. Elles ne peuvent donc bénéficier d'aucune aide de l'État. 
 

"Le Covid a fini de nous achever"

Tous dépendent entièrement de leur travail pour survivre. N'étant pas déclarés, ils ne peuvent prétendre à aucune autre source de revenus, à l'exception du RSA pour ceux qui peuvent en bénéficier. 

Ce premier confinement a déjà placé la majorité des prostituées dans le rouge. "Le Covid a fini de nous achever. On se retrouve vraiment coincées. Il y a des étrangères surtout, qui se retrouvent sans appartement, sans hôtel. On se retrouve toutes avec des dettes de loyer."
 
Les prosituées toulousaines se retrouvent fortement endettées. "Je ne sais pas comment je vais faire. Ça va être très compliqué. Je vais devoir stopper des virements bancaires car je suis très endettée", s'inquiète Pamela.
 

Une précarisation de longue date

La pandémie a certes largement contraint l'exercice de la prostitution, mais les travailleurs du sexe souffrent depuis longtemps déjà d'une situation extrêmement tendue et violente. 

De par ce manque de statut, "on n'a pas de retraite, on n'a rien, s'indigne Pamela. Moi je vois des filles qui à 75 ans, sont encore sur le trottoir. J'en connais deux à Toulouse et l'une travaille en chaise devant chez elle !"

Quand elle a commencé sa carrière, Pamela gagnait 60.000 francs par mois. Elle regrette : "à l'époque, on vivait bien, mais maintenant, la situation a changé. Les clients ne nous respectent plus, ils deviennent de plus en plus violents."
 

La violence de la rue

Une violence qui se retrouve dans la rue désormais. "Depuis le début des années 2000, c'est devenu très compliqué, explique-t-elle. Depuis l'arrivée de Schengen et de l'euro, les prostituées viennent d'Europe de l'Est ou d'Afrique et sont soumises à tous les trafics."

Pamela témoigne d'anecdotes sordides : "il m'arrive de voir des filles mineures monter avec trois hommes dans une voiture. Cela ne peut que mal se terminer."
 
Selon elle, sur les 50 prosituées françaises avec qui elle a commencé sa carrière, il n'en reste plus que cinq aujourd'hui. La plupart sont décédées ou ont arrêté le métier. 
 

Accompagnés par les associations

Face à ces violences et cette pauvreté, les travailleurs du sexe ne sont pas seuls. L'association Grisélidis les soutient depuis 20 ans, et en cette période très compliquée, met les bouchées doubles pour leurs besoins. 

Pendant le premier confinement, "on a mis en place une cagnotte de solidarité, explique June Charlot de l'association. Ensuite nous avons mis en place des tickets alimentaires, et des permanences ici au local pour accueillir les travailleurs du sexe.

Il ajoute qu'au début du mois de mars, 60 personnes venaient aux permanences. Ils étaient plus de 200 dès le mois de mai. "Nous, on a tout fait pour que les gens se maintiennent dans leur logement, mais on constate que beaucoup plus de gens sont dans la précarité, que ce soit sur le paiement de leur loyers ou même l'accès à la nourriture.

Ce confinement automnal étant moins strict, moins de personnes se rendent au local. Mais les membres de Grisélidis continuent leur travail de suivi, notamment par le biais de maraudes. "Les personnes s'exposent à travailler dans des conditions auxquelles elles n'auraient jamais songé travailler auparavant, s'insurge June Charlot. Elles s'exposent à plus de violences, à plus de transmissions de maladies sexuellement transmissibles."

Depuis 40 jours, l'association a lancé une deuxième cagnotte de solidarité. Elle a déjà récolté plus de 7.400 euros.