"C'est un des grands chantiers du 21e siècle" : le tourisme spatial cherche sa voie entre fascination et défis environnementaux

D'immenses sociétés comme Virgin ou Amazon, mais aussi des start-up françaises comme Zephalto ou Stratoflight... le tourisme spatial fait rêver les passionnés des étoiles et les investisseurs de la Sillicon Valley. Mais n'est-ce pas une idée trop folle pour être réalisée dans un monde en pleine crise écologique ?

"Le spatial, c'est une industrie technique, qui doit être aussi une industrie commerciale." Ce sont les mots d'un convaincu. Michel Messager, auteur de "l'Histoire du tourisme spatial de 1950 à 2020", était l'un des invités du "Space Forum" de la Cité de l'espace. 

Autour de lui, plusieurs entrepreneurs, avec la même idée, faire de l'espace (ou de ce qui s'en approche) un business rentable et (presque) démocratisé. 

"L'imaginaire du tourisme spatial c'est la grosse fusée qui pollue, on veut sortir de ça", avance Arnaud Longobordi, fondateur de Stratoflight. Avec ses équipes, l'entrepreneur a conçu un prototype de nacelle qui s'envole en ballon jusque dans la stratosphère. Le tout pilotable par drone, et avec la possibilité de sortir du cockpit sur un petit balcon, en combinaison, prendre l'air à plus de 30 km d'altitude. Pas vraiment l'espace mais de quoi tutoyer le vide sidéral tout de même. 

A ses côtés Vincent Farret d'Asties plussoie : "Il faut réenchanter les gens autour du tourisme spatial. C'est un rêve d'enfant pour beaucoup. A nous d'être responsables, et de responsabiliser aussi les autres acteurs du secteur." Lui aussi mise, avec ses équipes, sur le ballon stratosphérique. Installée à Toulouse la start-up Zephalto devrait envoyer ses premiers clients dans la stratosphère d'ici fin 2024. "Nous on travaille sur un tourisme respectueux de l'environnement, sans danger. Le ballon ça a bientôt 200 ans, c'est le moyen le plus sûr pour aller là-haut", assure-t-il. 

Un engouement à relativiser

Pour Arnaud Saint-Martin, chargé de recherche en sociologie au CNRS, également à la table des débats, il faut se poser une question : "Est-ce que ça en vaut la peine ?"

Le chercheur pointe du doigt la construction historique de ce rêve d'aller dans l'espace. "Le tourisme spatial pose la question de la désirabilité de la chose. On est absolument pas forcés d'aller dans l'espace. D'ailleurs pour beaucoup de gens c'est loin d'être le centre de leurs préoccupations.

Arnaud Saint-Martin de poursuivre : "Quand on voit les projets des grosses entreprises comme Virgin, qui veulent proposer des vols suborbitaux, ça a un coût énorme, tant économique qu'écologique. La question de la necessité de ces vols doit se poser."  

Il ne faut pas se laisser aveugler par la communication et le green-washing.

Arnaud Saint-Martin, chercheur en sociologie au CNRS

Malgré tout le sociologue ne veut pas se placer en opposant à l'industrie du spatial : "Il y a un spatial à défendre : le scientifique. Quand on voit le téléscope James Webb, c'est juste formidable."

Idem, lorsqu'on lui parle des solutions proposées par Zephalto et Stratoflight. "Ce n'est pas vraiment du tourisme spatial. On est pas dans l'espace. Mais le modèle est intéressant. Moi ces ballons j'y monte tout de suite si on me propose." En revanche, Arnaud Saint-Martin le rappelle, "il ne faut pas se laisser aveugler par la communication et le green-washing. Ce ne sont pas des solutions entièrement propres. La recherche et développement, et toute la conception en amont, ont un impact environnemental."

Le prix, principale barrière

Pour le PDG du CNES, Philippe Baptiste, "le marché du spatial est en train d'être bouleversé. Il devient un business comme un autre." Mais avec une ombre au tableau. "Il repose encore énormément sur de l'argent public. Ça a baissé ces dernières années mais 80% des financements du NewSpace (spatial privé) dans le monde, c'est de l'argent public."

Enfin se pose la question du coût du billet. Les solutions les moins chères du marché restent celles des vols en ballon, comme Zephalto. Avec un prix à l'entrée de 120.000 €. "Comme pour l'automobile en son temps, le marché va d'abord être tourné vers les plus riches, avant de se démocratiser", prédisent les acteurs du secteur. "Cette analogie est souvent faite, intervient Arnaud Saint-Martin, mais rien ne garantit un tel scénario.

Nicolas Gaume, président d'Orbite Inc, un futur centre de formation privé pour astronaute, de reprendre: "Qu'on le veuille ou non, le mouvement des humains vers l'espace est là. On y va tout droit. A nous de le cadrer, de le rendre plus responsable, d'en profiter pour créer des emplois. On est face à l'un des plus grands chantiers du XXIe siècle."

Entre folie des milliardaires américains et ambitions "écologiques" des start-up françaises, le tourisme spatial est à la croisée des chemins. Le fantasme d'aller dans l'espace en étant "monsieur-madame tout le monde" est encore loin mais se rapproche. Même si, Arnaud Saint-Martin le rappelle, "cela remet en question le sens de ce qu'est un astronaute. Des ingénieurs et des scientifiques consacrent leur vie à cette carrière, pendant que des miliardaires peuvent aller s'amuser dans l'espace. C'est à réfléchir."

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