Conflits autour du projet d'Université de Toulouse à quelques jours de l'annonce des lauréats de l’AAP ExcellenceS

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Après les polémiques du début d'année, le milieu universitaire de Toulouse subit de nouveaux soubresauts. A quelques jours de la communication des lauréats de l’AAP ExcellenceS et ses 800 millions d'euros, de nouvelles oppositions fragilisent le projet d'Université "unique" de Toulouse et par ricochet le dossier Tiris pour l'AAP ExcellenceS.

Les derniers échos en provenance de Paris sont plutôt bons. Le projet Toulouse Initiative for Research Impact on Society (Tiris) ferait partie des lauréats de l’AAP ExcellenceS, un label doté d’un montant total de 800 millions d’euros pour accompagner les établissements d’enseignement supérieur et de recherche porteurs d’un projet de transformation ambitieux. Malgré la bonne nouvelle, depuis une quinzaine de jours, certains membres du monde universitaire toulousain ont perdu le sourire. 

La création d’un site universitaire toulousain "unique"  (Comue expérimentale - Université de Toulouse), réunissant l’ensemble des établissements de Toulouse sous une seule et même "marque" afin d’exister dans les classements internationaux tels que celui de Shanghai mais surtout afin d'obtenir l'AAP ExcellenceS, serait en danger.

Des statuts incompatibles

L'une des futures composantes de l'Université de Toulouse, l'actuelle Université Toulouse 1 Capitole, aurait tout simplement décidé de prendre son envol de son côté. Il faut remonter à six mois en arrière pour comprendre ce qui est en train de se jouer.

Au début de l'année 2022, coup de tonnerre au sein d'UT1. Le Ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche décide  unilatéralement d’offrir à l'un des départements de la plus vieille université toulousaine, la fameuse Toulouse School Of Economics (TSE) du prix Nobel d'économie, Jean Tirole, son autonomie. Afin de faire "passer la pillule" l’Université Toulouse 1 Capitole obtient le statut d'Établissement public expérimental (EPE) accompagné de moyens humains et financiers supplémentaires.

Depuis, la présidence d'UT1 a semble-t-il elle aussi tenter de faire cavalier seul. La rédaction des futurs statuts de cet EPE sont déjà rédigés. Mais plusieurs points provoquent la colère des équipes du projet de l’Université de Toulouse (UT). La marque "UT" n’y est jamais évoquée. Pire ! L’EPE de Toulouse 1 Capitole prépare son doctorat, sa signature des publications scientifiques et son apparition en son nom propre dans les classements internationaux. Bref, l'Université Toulouse 1 Capitole se place en dehors et en concurrence du projet d’établissement unique toulousain.

De quoi remettre en cause le projet d’Université de Toulouse et dans un effet domino l’obtention du label l’AAP ExcellenceS pour le projet Tiris. "Si l’Université de Toulouse tombe (avec le départ de l’Université Toulouse 1 Capitole), le déploiement de Tiris risque d’être bloqué par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche" s’inquiète un observateur.

Le projet Tiris et l'Université de Toulouse en danger ?

Questionnés, les acteurs de ces dossiers refusent d'aborder les questions qui fâchent. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. "Nous travaillons actuellement à la convergence des statuts, afin que le projet Tiris et l’Université de Toulouse qui en constitue le fondement puissent renforcer l’excellence de nos établissements et ainsi contribuer à la visibilité du site toulousain" commente Philippe Raimbault, président de l’université fédérale et principal porteur du projet de site unique toulousain.

De son côté de la présidence de l’université Toulouse 1 Capitole estime que "chacun sait, une grande université de recherche « n’échoit » à personne et ne se décrète pas. C’est à nous tous, acteurs toulousains de l’Enseignement supérieur et de la recherche, de faire en sorte que notre recherche atteigne l’excellence. Avec Toulouse Capitole Université, nous créons de nouvelles synergies qui porteront l’excellence académique toulousaine au niveau international.

Ce projet n’est pas incompatible avec celui de TIRIS ou de l’UT, ainsi que nous l’avons constamment rappelé. Bien sûr, une articulation de nos statuts est nécessaire, et nous y travaillons en bonne intelligence avec les autres présidents d’université et le président de l’université fédérale."

Le président de Toulouse 1 Capitole rappelé à l'ordre

Enfin le ministère de l’Enseignement supérieur assure de façon laconique que "le projet de site toulousain avance dans une dynamique constructive, et le ministère accompagne au plus près le site afin de lui permettre d’être pleinement reconnu."

Selon nos informations, le ministère ne fait pas qu’ "accompagner" le site toulousain. Il  met la pression sur Hugues Kenfack à quelques jours de l’annonce de l’AAP ExcellenceS. Même s'il n'hésite pas à s'afficher sur les réseaux sociaux aux côté de la ministre Sylvie Retailleau, le juriste toulousain aurait été "rappelé à l’ordre" par cette dernière lors d’un entretien mardi 28 juin. 

 Hors de question, que Toulouse revive à nouveau l’échec et l'humiliation de la perte de l’Idex (programmes d'investissement de l'État français dont le but est de créer en France des ensembles pluridisciplinaires d'enseignement supérieur et de recherche qui soient de rang mondial.) comme en 2018.