Coronavirus : aller travailler ou se confiner, des consignes contradictoires qui perturbent

Alors que certaines collectivités, comme le conseil départemental de Haute-Garonne, suspendent leurs marchés publics pour protéger les salariés, Emmanuel Macron appelle, jeudi 19 mars 2020, la France à "continuer de tourner". Des orientations contradictoires qui ont de quoi perturber. 

Préserver la santé des salariés ou celle de son entreprise : quelle décision prendre ?
Préserver la santé des salariés ou celle de son entreprise : quelle décision prendre ? © Bruno Levesque/MaxPPP
Pour les Français, il y a de quoi être perplexe... Travailler pour le bien commun ? Se confiner pour enrayer l'épidémie galopante ? Quel est le vrai choix pour des milliers de salariés ?

Le télétravail oui mais...

Il n'aura échappé à personne que le télétravail, la solution miracle pour beaucoup, ne fonctionne pas pour le plus grand nombre. A tous ceux dont les professions sont considérées comme vitales pour le pays (les soignants en premier lieu, bien sûr) s'ajoutent les artisans, les enseignants volontaires pour accueillir les enfants des personnels de santé, les éboueurs, les employés municipaux, les salariés du funéraire, ceux des transports publics. Et tant et tant d'autres.

Faire tourner le pays

Malgré les mesures de confinement, la France doit "continuer à tourner" : Emmanuel Macron a exhorté jeudi 19 mars 2020 les entreprises et les salariés à poursuivre leur activité pour ne pas que l'économie, déjà très affectée par la crise du coronavirus, ne s'arrête. "Nous devons continuer à produire et à faire tourner le pays", a déclaré le chef de l'Etat. 

L'exécutif tente de limiter les conséquences de la pandémie qui a imposé "un coup d'arrêt puissant, massif, brutal, à notre économie", selon le Premier Ministre Edouard Philippe. Et Emmanuel Macron en a appelé à la "responsabilité civique" des entreprises, souhaitant que les salariés travaillent "dans le respect des règles de sécurité sanitaire". Pour l'Elysée, cela n'est pas "contradictoire" avec les mesures de confinement annoncées lundi soir.

Travailler sans protection

Seulement voilà, le respect des règles de sécurité sanitaire, quand la pénurie de protection (masques notamment) est telle, qui peut le garantir ? Un artisan (comme un plombier, un couvreur, un chauffagiste) qui entre chez les gens, en sort, et ainsi de suite toute la journée, sans protection, répond-il aux gestes barrière, comme cela est préconisé ?

"Défaitisme" ou réalisme ?

La ministre du travail, Muriel Pénicaud, a frappé fort jeudi matin en se disant "scandalisée" par le "défaitisme" d'une fédération d'entreprises du bâtiment qui demande à ses adhérents d'arrêter leurs chantiers. 
"On a besoin de tout le monde sur le pont", a insisté la ministre. Ses propos marquent le point culminant d'un conflit qui couve depuis plusieurs jours entre le gouvernement et les entreprises du bâtiment. Ces dernières jugent la situation intenable face aux doutes sur l'approvisionnement en matériaux, mais aussi la volonté de salariés de rester chez eux pour se protéger, et les ordres contradictoires donnés par les clients des entreprises quant à un maintien ou non des travaux.

"Protéger les salariés"

Dans ce sens, le conseil départemental de Haute-Garonne vient de prendre la décision, ce jeudi 19 mars, de suspendre l’ensemble des chantiers dont il a la maîtrise d’ouvrage. Et ce, afin de protéger les personnels des entreprises du secteur du Bâtiment et des Travaux Publics et de limiter la propagation du coronavirus, a notamment déclaré Georges Méric, le président du conseil départemental 31.

Les employés du Bâtiment et des Travaux publics doivent pouvoir bénéficier des mêmes mesures de protection appliquées à l’ensemble des salariés.

"Dans ce contexte, il m’apparaît inconcevable de demander aux entreprises et donc aux employés de ce secteur de reprendre leur activité", a-t-il poursuivi.

Quelques heures plus tôt, l'Elysée s'inscrivait en faux contre l'idée que des pans entiers de l'économie seraient voués à passer à l'arrêt pendant tout le confinement, au motif qu'ils ne sont pas indispensables comme l'alimentation ou les industries de santé.
   
De quoi demeurer perplexe, disions-nous...

 
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