Coronavirus : le coup de gueule d'un artisan du BTP après les déclarations de la ministre du travail

Deux employés de Laurent Aubel, charpentier toulousain, sur l'un de leur chantier. A l'heure actuelle, ils sont en arrêt. Mais la ministre du travail leur demande de retourner travailler, malgré le Coronavirus. / © Laurent Aubel
Deux employés de Laurent Aubel, charpentier toulousain, sur l'un de leur chantier. A l'heure actuelle, ils sont en arrêt. Mais la ministre du travail leur demande de retourner travailler, malgré le Coronavirus. / © Laurent Aubel

Un artisan charpentier toulousain dénonce une incohérence du gouvernement dans la crise liée au coronavirus. Le président de la République lui demande de rester chez lui, la ministre du travail lui demande de travailler. Il refuse de mettre en péril sa santé et celle de ses employés.

Par Karen Cassuto

Coronavirus. Pour certaines professions, cette épidémie engendre un chômage partiel obligatoire. Pour d'autres, le travail continue mais dans des conditions différentes.
 
Laurent Aubel, lui, est perdu. Chef d'une entreprise de rénovation et isolation de toitures à Toulouse, il ne sait pas où il se situe, et pointe du doigt les contradictions du gouvernement. Lundi, après l'annonce d'Emmanuel Macron qu'il qualifie de "peu clair", il prend la décision de se mettre en arrêt, ainsi que ses employés. Comme lui, le Conseil départemental de la Haute-Garonne annonce, dans un communiqué, suspendre l'ensemble des 1 200 chantiers de marchés publics en cours d'exécution dont il a la maîtrise d'ouvrage. 

Mais ce 19 mars, Laurent Aubel entend la ministre du travail, Muriel Pénicaud sur LCI. "Elle dit que les artisans et entreprises du BTP sont irresponsables, ça passe pas" explique-t-il. Et de reprendre : "Au contraire, on a pris nos responsabilités. Je dois ramener mes employés sains et saufs tous les soirs chez eux, c’est mon obligation d’employeur. Les épouses sont inquiètes de renvoyer leurs maris au travail, elles ne veulent pas qu’ils reviennent à la maison avec un virus. "

Au début de son interview, la journaliste d'LCI pose la complexité de la situation à travers cette première question à la ministre du travail : « On a tous entendu le président dire lundi soir de façon très grave "restez chez vous" et puis on a entendu hier votre confrère Bruno LeMaire dire "allez travailler". Vous comprenez que c’est un message assez contradictoire ? »
 


L'incertitude d'un artisan du BTP : "dois-je continuer à travailler?"

Dans une vidéo publiée sur la plateforme Youtube, Laurent Aubel raconte que tous les chantiers ont été arrêtés à la demande de la mairie. Il ne comprend pas que la ministre du travail Murielle Penicaud demande aux salariés du BTP de retourner sur les chantiers. Un discours que ce couvreur qualifie d'irresponsable en termes de santé et de sécurité. "Si mes employés contractent une maladie ils vont se retourner contre moi, pas contre Pénicaud" ajoute-t-il.

La décision d'arrêter n'était pas facile à prendre. Les clients ne veulent plus qu'on viennent chez eux, et les salariés ont peur d'aller dehors, précise ce patron de 40 employés.


"Soyez clairs dans vos discours, et dites nous ce qu'il faut faire", demande Laurent Aubel au gouvernement.

Cet artisan charpentier toulousain constate qu'il devra probablement se remettre au travail mais rappelle que tous ses fournisseurs ont fermé leurs portes. "Ne nous demandez pas de tout rouvrir pour tout fermer à nouveau dans deux mois". Pour lui, le vrai problème est financier. 
 
Le titre de la video de ce charpentier toulousain est clair : "Je crois qu'on nous prend pour des cons". Il conclut son monologue de ces mots : "On va se remettre au boulot parce qu’on a pas le choix en espérant ne pas être contaminé par le coronavirus."

Les prélèvements, crédits et impôts de Laurent Aubel sont repoussés jusqu'à nouvel ordre. Question d'argent aussi du côté du gouvernement selon lui : 

Encore une fois, c'est un problème d'argent, encore une fois, la France n'a pas les moyens.


Les mots de Muriel Pénicaud, ministre du travail

C'est d'ailleurs la question que pose la journaliste de LCI à la ministre du travail : "Derrière votre colère il y a quoi ? Une peur de la panne économique?". La ministre du travail répond : « Cette colère est un appel au civisme des entreprises ». Muriel Pénicaud décrit la situation de cette façon : « En Guerre, il y a les soignants qui sont devant, c’est nos soldats de la santé. Mais derrière il faut aussi que l’activité économique continue. »
 

La ministre du travail se dit "scandalisée de voir qu'hier la fédération du CAPEB a écrit à tous les artisans d'arrêter les chantiers". Et d'ajouter : "Quand un syndicat patronal dit à tous les artisans arrêter d’aller bosser c’est du défaitisme. On a besoin de tout le monde sur le pont. Bien sur avec des précautions." La confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB), elle, réitère sa demande dans un tweet publié après l'annonce de Muriel Pénicaud : 
 

Comme Laurent Aubel, le président de la Fédération Française du Bâtiment, Jacques Chanut, est surpris des propos de la ministre du Travail, à qui il écrit une lettre, dans l'espoir de définir au moins, des mesures de protections sanitaires.

Peut-on encore être dépanné par un artisan en Occitanie ?

Oui. C'est la réponse de la CAPEB Occitanie. La confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment de la région précise que les artisans continuent à répondre présents pour les fuites d'eau, panne de chaudière ou autre. En cas d'urgence, ce sera soit un salarié, soit un patron d'entreprise qui depannera si son employé a exercé son droit de retrait. Le client doit en revanche envoyer un SMS ou un mail, autorisant l'artisan à intervenir chez lui. Une façon pour ce dernier, de prouver qu'il a bien été appelé. 

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