Coronavirus : comment la prison de Toulouse-Seysses gère son cluster

Dépistage massif, généralisation du port du masque, y compris pour les détenus, limitation des mouvements et des activités : après la découverte d'un cluster de 5 cas positifs de Covid-19, la maison d'arrêt met en place des mesures qu'elle venait de contester devant le Conseil d'Etat
Maison d'arrêt de Seysses près de Toulouse.
Maison d'arrêt de Seysses près de Toulouse. © Nathalie Saint-Affre / Maxppp
Après la découverte d'un cluster de cinq cas (trois gardiens et deux détenus) positifs au Covid-19 ce week-end à la maison d'arrêt de Seysses (Haute-Garonne), une première campagne de dépistage a débuté ce mardi matin dans l'établissement où l'Agence Régionale de Santé (ARS) a installé un centre de dépistage près du "mess", la cantine des personnels, fermée pour un minimum de 15 jours.

Environ 600 personnes dépistées de mardi à jeudi

La Direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse indique dans un communiqué publié mercredi que le "dépistage massif d’un premier groupe de personnes ayant pu avoir un contact avec les cinq premiers contaminés" sera effectué sur près de 600 agents et personnes détenues, d’ici jeudi soir." "En fonction des résultats obtenus", indique-t-elle, la campagne de dépistage  pourrait être élargie". Mais elle ne détaille pas le nombre de gardiens et celui de détenus dépistés.

Selon nos informations, la plus forte proportion de dépistages concerne le personnel. L'un des deux prisonniers testé positif avait beau être affecté à la distribution des repas aux autres détenus. Etage par étage, muni d'un charriot, il avait beau apporter, certes muni d'un masque et de gants, accompagné d'un surveillant, la nourriture dans chaque cellule, l'administration pénitentiaire ne fait pas du dépistage de la population pénale une priorité. Au motif que les détenus sont systématiquement testés à leur arrivée et que la priorité du dépistage doit être accordée au personnel qui effectue de nombreux allers retours avec l'extérieur de l'établissement.  

Un revirement complet de politique sanitaire à l'intérieur de l'établissement

L'administration pénitentiaire a par ailleurs décidé de généraliser le port du masque dans l'établissement, y compris aux détenus. Il s'agit d'un revirement complet de politique sanitaire. Cette même administration pénitentiaire n'avait en effet pas pas fait exécuter le port généralisé du masque pour les détenus, mesure pourtant immédiatemment exécutoire, avec celle du dépistage des détenus, que lui avait ordonné le tribunal administratif de Toulouse le 4 septembre dernier. Elle avait fait appel de cette décision devant le Conseil d'Etat, lequel avait finalement annulé jeudi la décision de la juridiction toulousaine. "Si la chancellerie avait exécuté la décision dès le 4 septembre, on n'en serait peut être pas là !", estime Me Sébastien Delorge, l'un des avocats qui avaient saisi le juge administratif des référés pour que des masques soient fournis à leurs clients détenus. "Pour l’heure, et c’est regrettable, les activités pour les détenus sont suspendues. La Chancellerie joue avec le feu mais ce sont les agents et les détenus qui se brûlent. C’est consternant !"

Parmi les autres mesures sanitaires décidées en ce début de semaine, les activités collectives telles que les ateliers, l'enseignement, la musculation en salle ont effectivement été supprimées. Des jauges maximales de 15 détenus en extérieur sont mises en place. Quant aux parloirs, leur sécurité sanitaire a été renforcée par l'installation de plexiglass dans chaque box.

Les mouvements de détenus suspendus

Par ailleurs, les mouvements de détenus tant vers l'intérieur que vers l'extérieur de l'établissement étaient ce mardi suspendus. Les détenus entrants sont en effet actuellement déviés soit vers la maison d'arrêt de Montauban pour les comparutions immédiates, soit vers la maison d'arrêt de Béziers pour les détenus mis sous mandat de dépôt dans le cadre d'informations correctionnelles ou criminelles.

Quant aux extractions de la maison d'arrêt de Seysses pour une audience chez le juge, il est question de les remplacer par des visio-conférences.

Contactée, l'ARS ne nous a pas répondu. 







 
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