Des étudiants en journalisme de Toulouse appellent à boycotter les rédactions qui ont des pratiques sexistes

Plus de 200 étudiants en journalisme, parmi lesquels des étudiants de l'EJT de Toulouse, appellent à boycotter la bourse Canal+ après que la chaine a protégé son journaliste Pierre Ménès, accusé de comportements sexistes. Une impunité dénoncée par ces futurs journalistes qui se sont confiés.

200 étudiants en journalisme, notamment à l'Ecole de Journalisme de Toulouse (EJT) ont lancé une pétition pour dénoncer le sexisme, le harcèlement sexuel.
200 étudiants en journalisme, notamment à l'Ecole de Journalisme de Toulouse (EJT) ont lancé une pétition pour dénoncer le sexisme, le harcèlement sexuel. © Thierry Gachon / MaxPPP

La bourse, le tremplin, la voie royale pour intégrer une rédaction convoitée ? Oui mais pas à n'importe quel prix. C'est le credo de 200 étudiants en journalisme, notamment à l'Ecole de Journalisme de Toulouse (EJT). Ils ont lancé une pétition pour dénoncer le sexisme, le harcèlement sexuel ainsi que toute autre discrimination et pratique déviante et inconvenante que vivent certaines jeunes journalistes.

Une affaire récente au sein de la chaine Canal + a mis le feu aux poudres. C’est en censurant une séquence concernant son journaliste Pierre Ménès dans le documentaire de Marie Portolano et Guillaume Priou, "Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste" que la chaine a protégé son collaborateur en mettant officiellement en avant un « choix éditorial » de supprimer les témoignages d’hommes.

C’est une forme de dissimulation, c’est assez sournois. Cela met finalement en exergue la partie immergée de l’iceberg. Cela montre au grand jour que cela existe et je ne souhaiterais pas travailler pour des rédactions qui censurent ou qui valident des comportements "limite"

Meriem, étudiante en dernière année à l’EJT et en alternance à France 3 Grenoble

Les pratiques sexistes ou le harcèlement sexuel, Meriem n'en a, par chance, pas vécu personnellement en tant que toute jeune journaliste, mais elle indique que c’est un sujet de conversation avec ses camarades de promotion à l’École de Journalisme.

Maud, étudiante elle aussi en dernière année à l’EJT et en poste en alternance en presse écrite à Paris, témoigne également. Si elle n’est pas concernée directement par la candidature à la bourse Canal +, il était important pour elle de signer cette pétition.

On ne devrait pas avoir à subir de pratiques déviantes, on a le droit de s’exprimer en tant que futur journaliste. Si cela peut résonner et interpeller les écoles et les rédactions pour qu'elles assument leur part de responsabilité, le but est atteint

Maud, étudiante à l'EJT et en alternance en presse écrite


Justin, 25 ans, étudiant en dernière année à l’EJT à Toulouse, et alternant en presse écrite également, confie qu’ « en tant qu’homme, ces pratiques me dégoûtent, qu’elles font partie d’un « vieux monde » et qu’il faut les dénoncer ». Lui non plus n’est pas concerné par la candidature à la bourse canal +, « ce qui facilite peut-être la prise de position », reconnaît-il.

C’est à nous de faire des choix forts de ce qu’on veut et de ce qu’on ne veut plus, comme des systèmes qui permettent à certains hommes de se sentir intouchables. Il y a comme une forme d’impunité intolérable dans les grands médias, de protection de la part des rédactions vis à vis des journalistes connus

Justin, étudiant à l'EJT et alternant en presse écrite

Il ajoute : « Ce n’est pas propre à Canal +, à TF1, PPDA (Patrick Poivre d’Arvor) a eu l’opportunité d’avoir un créneau à l'antenne pour s’exprimer sur ce qui lui était reproché ». Il s’interroge enfin : « en tant que stagiaire, a t-on vraiment le pouvoir de faire bouger les lignes ? En tout cas il est important de dénoncer les dérives. On a une responsabilité de faire stopper ces comportements vis à vis des générations futures, on ne peut pas fermer les yeux. »

Assumant totalement ses prises de positions, Justin veut apporter sa pierre à l’édifice et contribuer à faire changer les pratiques et mentalités. Il indique aussi que la réputation des rédactions à ce sujet conditionnera son choix le jour où il sera amené à postuler. La réputation justement, elle se fait petit à petit avec des informations qui circulent par bouche-à-oreille entre camarades de promotion jusqu’au partage via des pages dédiées sur les réseaux sociaux, comme par exemple « balance ta rédaction », une page Instagram qui liste notamment les comportements sexistes, racistes et déviants de certaines rédactions.

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Une publication partagée par Balance Ta Rédac 🗣️ (@balancetaredaction)

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On en parle entre nous. Pas forcément formellement via des classements de rédactions mais des recoupements sont faits, des réputations se créent, des anecdotes ressortent...

Meriem, étudiante à l'EJT et alternante à France 3 Grenoble

Au point qu'aujourd'hui, au sein de ces écoles, de façon souvent informelle, les informations circulent sur telle ou telle rédaction et les comportements déplacés de certains hommes. 
 

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