ENTRETIEN. Christophe Cassou, co-auteur du rapport du GIEC : "Le changement climatique, c'est aujourd'hui, partout"

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Écrit par Marie Martin
Incendie en Grèce, le 8 août 2021.
Incendie en Grèce, le 8 août 2021. © Angelos Tzortzinis/AFP

Dans son nouveau rapport, le GIEC conclut que le dérèglement climatique touche toutes les régions du monde à un rythme très rapide. Le climatologue gersois Christophe Cassou est l'un des 200 chercheurs et co-auteurs de ce rapport. France 3 Occitanie l'a rencontré. Témoignage.

Inondations, incendies, canicules : les catastrophes environnementales s'enchaînent cet été 2021 et le dernier rapport du GIEC (le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), en date de ce lundi 9 août, est plus qu'alarmant. Il évoque notamment des conséquences déjà irréversibles du changement climatique.

Décryptage avec Christophe Cassou, climatologue, chercheur CNRS au CERFACS à Toulouse (Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique) et l'un des 200 co-auteurs de ce rapport.

Une réalité sans précédent pour l'ensemble du monde

Christophe Cassou : "une des conclusions très importantes de ce nouveau rapport montre que les changements climatiques récents sont rapides, très rapides, sur l'ensemble des régions du monde, et qu'ils s'intensifient. Ce qu'on est en train de voir là, c'est que le changement climatique n'est plus un paysage lointain, vers lequel on se dirigerait, c'est aujourd'hui la réalité, pour l'ensemble des sociétés humaines mais aussi, et c'est très important de le souligner, pour les éco-systèmes terrestres et marins qui souffrent aussi énormément du réchauffement climatique, avec des impacts forts sur la biodiversité". 

Une autre conclusion importante de ce rapport montre que le rythme du réchauffement actuel est sans précédent depuis 2000 ans. Et que la dernière décennie est probablement la décennie la plus chaude depuis au moins 100 000 ans.

Tout ça se traduit par des phénomènes extrêmes plus fréquents, plus intenses, en particulier les canicules qui deviennent plus longues et apparaissent dans des régions du monde où l'on n'a pas l'habitude de voir ces canicules.

Christophe Cassou, climatologue

On note aussi une augmentation des pluies diluviennes, des précipitations fortes dans un grand nombre de régions et en même temps, on montre également que les sécheresses sont plus marquées, en particulier dans l'Europe méditerranéenne, la Californie, toute la ceinture sub-tropicale de la Terre. On a une intensification du cycle de l'eau, c'est-à-dire que les précipitations deviennent plus fortes mais les périodes de "disette" en précipiations deviennent aussi plus grandes.

Chaque région du monde perçoit le changement climatique d'une manière ou d'une autre, toutes les régions du monde sont affectées. Donc ce changement climatique est très rapide, à très grande échelle et sans précédent.

L'Homme en cause

Christophe Cassou : "sur la dernière décennie, le réchauffement observé est entièrement expliqué par les activités humaines. C'est une conclusion importante aussi de ce nouveau rapport. On n'est plus à 10%, 90% : on y est entièrement, les activités humaines sont responsables à 100% de ce réchauffement autour de 1,1°C, entre 2000 et 2019. C'est sans équivoque"

Le climat est sensible à de tout petits changements de températures. Le climat d'aujourd'hui n'est pas le même que le climat des années 2000, des années 90 et tout cela s'explique par ces petits degrés additionnels aux degrés de températures. Les événements extrêmes sont particulièrement sensibles à ces réchauffements graduels et un monde à +1,1°C ne sera pas le même qu'un monde à +1,5°C, qui sera probablement le monde de 2040.

Avec un monde à +1,5°C, on a une multiplication des canicules, des sécheresses, et on a des risques plus élevés de submersions marines lorsque les tempêtes touchent les côtes françaises, les côtes européennes, toutes les côtes du monde en fait.

Christophe Cassou, climatologue

Des perspectives alarmantes mais pas une surprise

Christophe Cassou : "si on prend l'exemple de la canicule de 2019, avec des pics de chaleur à 46°C dans le Languedoc-Roussillon, par exemple, et bien, en 2019, la probabilité que cela arrive était de 1 sur 50. Avec un monde à +1,5°C, cette probabilité passe à 1 sur 10. Le risque d'avoir ce genre de canicule est multiplié par 5". 

Ce changement climatique conduit à des événements inédits, sans précédents, et dans des régions inhabituelles pour ce type d'événements.

"Il n'y a pas vraiment de surprises dans ce nouveau rapport : l'alarme avait été tirée bien avant. Ce rapport-là est un rappel à la réalité : le changement climatique, c'est vraiment aujourd'hui, partout dans le monde. Et il est en train de s'aggraver. Mais ce qui est aussi important, c'est qu'on montre dans ce rapport que tout n'est pas perdu non plus : si dès aujourd'hui, on prend des décisions immédiates, fortes, soutenues dans le temps, et qui sont à grande échelle, c'est-à-dire qui concernent tous les secteurs, dans ce cas, on pourrait arriver à diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, et à stabiliser le niveau de réchauffement global à la valeur d'1,5°C ou 2°C" 

Donc, tout n'est pas perdu mais nous sommes à une période cruciale parce que les actions d'aujourd'hui conditionnent les niveaux de réchauffement futurs.

Christophe Cassou

Le GIEC (groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) a été créé en 1988. Il dépend de l’Organisation météorologique mondiale et du Programme des Nations unies pour l'environnement et regroupe actuellement 195 états. Sa mission est d'évaluer les informations scientifiques, techniques et socio-économiques disponibles, de façon neutre et objective en rapport avec la question du changement du climat. 

Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue française au CEA (Commissariat à l'Énergie atomique et aux Énergies alternatives) et co-présidente du groupe de travail n°1 au GIEC définit ainsi les prérogatives de cet organisme international : "Le GIEC ne fait pas ses propres projections, il évalue celles publiées par la communauté scientifique".
Deux communautés y travaillent parallèlement : les climatologues qui tentent de simuler l’évolution du climat d'un côté, et de l'autre, les socio-économistes qui tentent de simuler l’évolution des activités humaines.

Le budget annuel du GIEC est d'environ six millions d'euros. Ses membres se réunissent en assemblée plénière une fois par an.

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