Mensonge et polémique autour des victimes de Mohammed Merah : les propos d'Eric Zemmour font scandale à Toulouse

En pleine campagne pour son éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2022, Eric Zemmour fait la promotion de son livre. Un passage fait scandale. Selon le polémiste, Mohammed Merah et les enfants juifs qu'il a tués en 2012 à Toulouse (Haute-Garonne) "n'appartenaient pas à la France".
Pour le polémiste Eric Zemmour, les quatre victimes de Mohammed Merah de l'école Ozar Hatorah de Toulouse (Haute-Garonne) "n'appartenaient pas à la France".
Pour le polémiste Eric Zemmour, les quatre victimes de Mohammed Merah de l'école Ozar Hatorah de Toulouse (Haute-Garonne) "n'appartenaient pas à la France". © JOEL SAGET / AFP

Dans son dernier ouvrage-programme, en vue de sa candidature à l'élection présidentielle de 2022, le polémiste Eric Zemmour dresse un parallèle entre Mohammed Merah et ses quatre victimes tuées, le 19 mars 2012, à l'école juive Ozar Hatorah :  Jonathan Sandler, âgé de 30 ans, et ses deux jeunes fils - Gabriel, 3 ans et Arié, 6 ans - et Myriam Monsonégo, 8 ans. 

La famille de Mohammed Merah a demandé à l’enterrer sur la terre de ses ancêtres en Algérie, on a su aussi que les enfants juifs assassinés devant l’école confessionnelle à Toulouse seraient eux enterrés en Israël. Les anthropologues nous ont enseigné qu’on était du pays où on est enterré. Assassins ou innocents, bourreaux ou victimes, ennemis ou amis, ils voulaient bien vivre en France, faire de la garbure en France ou autre chose, mais pour ce qui est de laisser leurs os, ils ne choisissaient surtout pas la France, étrangers avant tout et voulant le rester par-delà la mort.

La France n’a pas dit son dernier mot, Eric Zemmour Septembre 2021

Devant le refus de l'État algérien, Mohammed Merah a finalement été inhumé au carré musulman du cimetière de Toulouse situé sur la commune de Cornebarrieu. Quant à ses quatres victimes, elles reposent toutes à Jérusalem, au cimetière Har Hamenouhot de Givat Shaul, depuis le 21 mars 2012 au matin.

Les funérailles des quatre victimes de la tuerie de l'école juive de Toulouse se sont déroulées dans le plus grand cimetière de Jerusalem, Har Hamenouhot, mars 2012.
Les funérailles des quatre victimes de la tuerie de l'école juive de Toulouse se sont déroulées dans le plus grand cimetière de Jerusalem, Har Hamenouhot, mars 2012. © Benjamin Huguet/Wostok Press/MaxPPP

"Ils n'appartenaient pas à la France"

Le candidat encore non-déclaré à la présidentielle juge que dans les deux cas, "ils n'appartenaient pas à la France". Une position provoquant un échange très vif sur le plateau d'On est en direct, samedi 11 février sur France 2. 

 Mais je ne reproche rien [à ces proches qui ont fait enterrer les enfants victimes en Israël] ! (...) J’essaye de réfléchir rationnellement à une situation. (…) Je ne reproche pas aux parents de Mohammed Merah d’avoir voulu enterrer leur enfant en Algérie : il se sentait Algérien. Je ne reproche pas à ces gens, à ces parents juifs, dont les enfants ont été odieusement massacrés… Ils n’appartenaient pas à la France. Bien sûr ! Ils se sentaient Israéliens. C’est pas grave. Je ne leur jette pas la pierre. Je dis qu’il y a là un problème qui se pose à nous. Mes parents sont enterrés en France, ils ne sont pas enterrés en Israël. Le drame français est qu’on ne fait plus de Français. On ne les fait plus à l’école, on ne les fait plus à la télévision, on ne les fait plus dans la culture dominante… Ce texte-là, c’est pour dire : regardez, on n’arrive plus à assimiler, c’est triste. Mais je ne mets pas dans le même sac l’assassin et les victimes ! 

Eric Zemmour, France 2 "ON EST EN DIRECT" 11 septembre 2021

Une insulte et de l'arrogance

À Toulouse, ces propos scandalisent la communauté juive. C'est "une insulte à notre intelligence collective et le témoignage d'une très grande arrogance de la part du polémiste", déclare Franck Touboul, président du Crif (Conseil représentatif des institutions juives) Toulouse Midi-Pyrénées. Même réaction du côté des proches des victimes. Simon Cohen, avocat des familles Sandler et Monsonégo, lui exprime son mépris pour le journaliste.

On a dit, magnifiquement : "On est abstrait pour se consoler de n’être pas profond ». Pour demeurer dans la veine, ou le sillon, je sais que la trivialité peut être l’issue du démagogue qui substitue à la réflexion inaccessible l’exclusive inacceptable. On vient de là où on souffre et où aussi on espère. C’est pourquoi le droit à la sépulture est aussi celui du choix du lieu, et ce droit, parce qu’il est inaliénable, ne peut pas être discuté. Mais, pour s’incliner, il faut de la hauteur."

Simon Cohen, avocat des familles Sandler et Monsonégo

Une fausse affirmation scientifique

Du côté de la communauté scientifique, on pointe du doigt l'affirmation que "les anthropologues nous ont enseigné qu’on était du pays où on est enterré." Pour Nicolas Adell, maître de conférences en anthropologie à l'Université de Toulouse 2 Jean Jaurès et directeur de la revue "Ethnologie française", cette affirmation est "fausse". "Si les anthropologues enseignent quelque chose, c'est précisément la pluralité des perspectives, en l'occurrence des façons d'appartenir à une communauté ou à un lieu", souligne le scientifique. Et de poursuivre : 

"Par ailleurs, que fera-t-on de Jim Morrison enterré au Père Lachaise ? On peut certes considérer que Paris n'appartient pas seulement à la France, que c'est une ville mondialisée et déterritorialisée, mais je doute que ce discours permette à E. Zemmour d'emporter une adhésion massive. 

Nicolas Adell, anthropologue

L'embarras des soutiens toulousains

L'affirmation d'Éric Zemmour semble en tout cas mettre dans l'embarras les soutiens toulousains de l'éditorialiste. Contactée par France 3 Occitanie, Chantal Dounot-Sobraquès, ancienne élue de la majorité de Domnique Baudis à la mairie de Toulouse avant de rejoindre les rangs du Rassemblement national et désormais, soutien affiché d'Éric Zemmour, se refuse à réagir. "Je refuse de participer à une énième polémique et faire dire à un texte ce qu'il ne dit pas", a-t-elle indiqué dans un sms. "Je n'ai pas envie de revivre la campagne de 2017 où juges et médias ont choisi d'éliminer un candidat dont ils ne voulaient pas. La politique de la petite phrase ne m'intéresse pas." À priori, Eric Zemmour, lui, l'assume totalement.

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