Goncourable, “La succession” du Toulousain Jean-Paul Dubois ou comment tenter d'échapper à son destin

Jean-Paul Dubois à son domicile toulousain / © MaxPPP
Jean-Paul Dubois à son domicile toulousain / © MaxPPP

Toujours en course pour le prix Goncourt 2016, Jean-Paul Dubois a signé encore une fois un roman vif autour d'un personnage torturé. Un livre rempli de références toulousaines. 

Par Fabrice Valery

Paul Katrakilis pourrait être un homme heureux : médecin de formation, comme son père, il est finalement devenu pelotari professionnel à Miami, possède une vieille voiture déglinguée et un bateau qui ne l'est pas moins et partage son temps entre son amour de la pelote basque et ses balades en mer.

Seulement voilà, il y a toujours un truc qui coince, voire plusieurs :  l'homme a l'estomac qui se retourne dès la moindre vague, n'est pas parmi les meilleurs joueurs de pelote ni les mieux payés, a "la vie sociale d'un guéridon" et surtout va devoir affronter son destin. Celui de devoir gérer, la succession, dans tous les sens du terme, de son père.

Ceux qui ont l'habitude de lire les romans de Jean-Paul Dubois retrouveront dans "La Succession" (Editions de L'Olivier) ce qui fait son style : des personnages ciselés, souvent psychologiquement torturés, un penchant pour l'Amérique (journaliste, Jean-Paul Dubois a été correspondant du Nouvel Obs aux Etats-Unis), l'utilisation de situations anecdotiques qui en disent long sur la psychologie des personnages et des références à Toulouse, où est né, réside et travaille l'auteur. Le tout enveloppé dans une écriture toujours aussi fluide, très documentée, avec aussi un trait d'humour, ce qui fait qu'on a du mal à lâcher le livre avant de l'avoir terminé.

"La Succession" mène le lecteur de Miami à Toulouse donc (Jardin des Plantes, quartier du Busca, Pont des Demoiselles, allées Charles de Fitte), à travers les années 80 et une histoire familiale auquel le personnage principal tente d'échapper. Rappelé à Toulouse par la mort de son père (un suicide, par tradition comme chez les Hemingway), Paul Katrakilis y retrouve le poids de ses origines, trop lourd à porter. Réussira-t-il à faire face à son destin ? Pour le savoir, lisez le livre, on n'est quand même pas là pour tout vous dévoiler.

Tout juste ajouterons-nous que vous pourrez croiser pêle-mèle un chien sauvé de la noyade, un morceau du cerveau de Staline, une gérante norvégienne de restaurant en Floride dont Paul tombe fou amoureux, des voitures de collection, du foie de veau, etc.

Avec "La Succession", Jean-Paul Dubois livre un beau roman, à la fois mélancolique et moderne, triste et touchant. Une histoire d'homme avec toute sa complexité, ses contradictions. Une réussite qui fait que le roman est encore en course pour le prix Goncourt, avec un autre Toulousain Jean-Baptiste Del Amo et son "Règne animal", une fresque familiale qui raconte un siècle dans une famille d'éleveurs de porcs dans le Gers. Décidément, les histoires de famille sont à la mode. 

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