"Il savait trop vivre" un poème de Jacques Prévert dédié à Boris Vian disparu depuis 70 ans vendu aux enchères

Tombés dans l’oubli depuis les années 1950, plusieurs écrits appartenant à la famille d’Ursula Vian, la seconde femme de Boris Vian, ont été retrouvés dans un secrétaire brocanté dans le Lot. Parmi eux, une pièce unique : un poème de Jacques Prévert évoquant son amitié avec Boris Vian, vendu aux enchères à Toulouse (Haute-Garonne) ce mardi 17 octobre.

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Après une disparition de près de 70 ans, c’est une belle preuve d’amitié qui a refait surface dans la cité toulousaine. Un poème de Jacques Prévert, adressé à la seconde femme de Boris Vian, Ursula, quelques jours après la mort de l’auteur de l’Ecume des jours, décédé en juin 1959 à 39 ans.

"C’est une histoire comme on en connaît d’autres, mais c’est toujours émouvant quand ce genre d’écrits reviennent sur le marché public, ce sont des témoignages d’amitié et de vie", souligne Pauline Maringe, commissaire-priseur chez Artpaugée.

Une vente à 3 900

L’histoire d’un coup de chance pour le propriétaire d’un secrétaire ayant appartenu à Ursula Vian et acheté un peu par hasard auprès d’un brocanteur du Lot. Depuis les années 50, un lot de lettres et de carnets est resté caché dans le meuble sans jamais être découvert. Puis, enfin, les lettres voient à nouveau le jour et un poème de Jacques Prévert, évoquant son ami et voisin Boris Vian, se démarque et dont voici la retranscription :

Boris Vian,

Sa date de naissance

sa date de décès

ce fut langage chiffré

Il connaissait la musique

il savait la mécanique, les mathématiques

Toutes les techniques

et les autres avec

On disait de lui qu’il n’en faisait qu’à sa tête

on avait beau dire, il en faisait surtout à son cœur

et son cœur lui en fit voir de toutes les couleurs

son cœur révélateur

Il savait trop vivre

il riait trop vrai

il vivait trop fort

son cœur l’a battu

alors il s’est tu

et il a quitté son amour

il a quitté ses amis

mais ne leur a pas faussé compagnie

Jacques Prévert

Présentée ce mardi 17 octobre lors d’une vente aux enchères, la pièce unique avait été estimée entre 4 000 et 6 000, elle sera finalement vendue par téléphone à 3 900.

Pour Claudine, venue voir une vente aux enchères pour la première fois de sa vie, ce prix n’a aucune importance. "J’ai lu dans la presse que le poème serait vendu aujourd’hui, alors je suis venue. J’ai beaucoup lu les deux auteurs quand j’étais jeune et ça m’a donné envie de venir voir l’écriture de Prévert. Le prix de la vente ne m’intéresse pas". Une écriture qu’elle aura pu admirer quelques instants, la calligraphie noire sur page blanche. "Je suis très touchée, j’ai beaucoup lu Paroles que mon père m’a offertes à mon adolescence", conclut-elle.

L’hommage qui parle d’amitié, de fragilité, de la vie de deux hommes dont les noms sont inscrits dans l’Histoire a donc trouvé son nouveau propriétaire. Loin toutefois derrière le record d’enchères pour un poème : un écrit de Mallarmé, adjugé 960 000 euros, en 2015.