"J'aimerais perdre la Terre de vue pour voir la sensation que cela provoquerait dans mon cerveau d'humain" : interview de Thomas Pesquet en visite au CNES de Toulouse

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L'astronaute français, de retour sur Terre depuis novembre dernier, nous a accordé une interview lors de son passage au CNES ce 21 janvier. En quoi cette 2ème mission à bord de l'ISS l'a changé ? Quelle est son prochain rendez-vous pour la conquête spatiale ? Jusqu'où serait-il prêt à aller pour décrocher la Lune ? Entretien.

Thomas Pesquet, l'astronaute français ayant passé le plus de temps dans l'espace (396 jours), était au CNES de Toulouse ce vendredi matin pour saluer les personnels avec lesquels il a travaillé lors de sa dernière mission dans l'ISS. L'occasion d'accorder une interview à France 3 Occitanie. 

Après 2 missions à bord de l'ISS et des centaines d'expériences scientifiques à votre compteur quelle est la prochaine étape pour vous ? 

Le sens de la conquête spatiale se tourne désormais vers Mars, c'est le but final, le "end game" comme disent les Américains. J'espère vraiment faire partie de cette nouvelle aventure. Mars c'est un peu la sœur jumelle de la Terre. Elle avait une atmosphère et de l'eau qu'elle a ensuite perdu. Est-ce que ça pourrait nous arriver aussi et comment ? C'est une question qu'on doit se poser en tant qu'espèce. 

Grâce à elle on va essayer surtout de découvrir l'origine de la Terre. Car la planète Mars n'a pas d'érosion, contrairement à la Terre, on peut donc lire plus facilement son histoire sur le sol et apprendre sur la notre. 

Après plus d'un an au total passé dans l'ISS, vous êtes certainement un autre homme. En quoi ces séjours dans l'espace vous ont-ils changé? 

Je pense que ce qui m'a le plus touché c'est la perception du changement climatique. Sur terre ça n'est pas vraiment perceptible. L'homme a besoin de concret, de toucher, de voir les choses. Aller dans l'espace ça m'a permis de capter à l'échelle de mes sens ce changement. Tous les astronautes qui rentrent de longs séjour ont cette conscience accrue de la terre qui serait comme oasis au milieu du vide sidéral. Il faut dire que j'ai aussi vu la différence entre les deux missions. On a observé cette fois beaucoup plus de tempêtes tropicales se formant dans le golfe du Mexique et ça on sait que c'est une conséquence directe du dérèglement climatique. 

Vous nous avez parlé de Mars, mais est-ce que vous avez personnellement un rêve spatial, une aventure ou expérience dans l'espace que vous aimeriez vivre? 

Moi ce que j'aimerais c'est perdre la Terre de vue. Ca n'est jamais arrivé. Avec l'ISS on reste toujours dans le voisinage de la Terre. Il serait intéressant de voir ce que ça nous fait en tant qu'espèce humaine de voir notre berceau s'éloigner de plus en plus jusqu'à disparaître. J'aimerais bien vivre cette sensation, voir ce que cela provoque dans mon cerveau. Ca doit être terriblement angoissant mais à la fois excitant.