Jihadisme : Anne Diana Clain condamnée à 9 ans de prison et son compagnon Mohamed Amri à 10 ans

Mohamed Amri et Anne Diana Clain devant le tribunal correctionnel de Paris le 19 novembre 2019 / © Dessin Benoït Perucq/AFP
Mohamed Amri et Anne Diana Clain devant le tribunal correctionnel de Paris le 19 novembre 2019 / © Dessin Benoït Perucq/AFP

Anne Diana Clain a été condamnée à 9 ans de prison et Mohamed Amri écope de 10 ans. La soeur aînée de la famille Clain comparaissait avec son compagnon devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir tenté de rejoindre ses frères en Syrie au sein de l'Etat Islamique.

Par Juliette Meurin

Anne Diana Clain est condamnée ce mercredi 20 novembre à 9 ans de prison avec une période de sûreté des 2/3. Mohamed Amri est lui condamné à 10 ans avec une période de sûreté des 2/3 et une interdiction définitive du territoire français.

Anne Diana Clain et son compagnon Mohamed Amri comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme.
Ce mercredi 20 novembre, le ministère public avait requis pour tous les deux une peine de 10 ans de prison avec une peine de sûreté des 2/3 et une interdiction définitive du territoire français pour Mohamed Amri.
Ils étaient en détention provisoire depuis le mois de septembre 2016. Depuis qu'ils avaient été expulsés par la Turquie. Ils avaient quitté la région de Toulouse à l'été 2015 pour rejoindre la famille Clain partie en Syrie.

Les Toulousains Fabien et Jean-Michel Clain étaient partis en Syrie en 2014. Ils étaient les voix françaises de l'Etat Islamique, ils avaient revendiqué de nombreux attentats commis en Europe et produit de nombreux chants appelant au Jihad. Ils ont été tués par une frappe de la coalition en mars 2019.
 

Trois générations de jihadistes

"Il faut appréhender ces faits dans leur globalité", avait prévenu l'avocate générale en préambule. "Comprendre qui ils sont et pourquoi ils sont partis vers l'Etat Islamique. Et donc on ne peut pas faire abstraction de la famille Clain au sens large.
Sans aller jusqu'à parler de secte comme l'a dit un ancien compagnon d'Anne Diana Clain, c'est un clan qui s'est constitué au fil des années, par le biais de mariages arrangés et qui a engendré trois générations de jihadistes."



"Comment comprendre cette saga familiale sans comprendre le rôle de Mohamed Amri", expliquait l'avocate générale.
"Il est l'ancien, la référence religieuse, celui qui a apporté des réponses. Celui qui est arrivé au bon moment avec les bonnes réponses. 
Anne Diana Clain avait de l'admiration pour cet homme y compris sur le plan religieux, c'est vers lui qu'elle se tourne quand elle se pose des questions, vers lui aussi que ses enfants se tournent et c'est par son entremise que les frères Clain ont basculé dans la sphère jihadiste." 

"Comment croire que leur propre départ en Syrie soit complètement déconnecté d'intentions terroristes ?" 
poursuivait l'avocate générale. 
"C'est tout simplement impossible", a-t-elle dit. "Ils étaient proches d'éminents membres de l'Etat Islamique appelant au Jihad. Bizarrement, ils seraient les seuls à ne jamais avoir vu ces vidéos ? Ils écoutaient avec leurs enfants les paroles haineuses chantées par Jean-Michel et Fabien Clain. Croirez vous qu'ils ne s'intéressaient qu'au rythme et à la voix de  leurs frères qui leur manquaient ?"


La procureure a expliqué que certes leur projet de départ en Syrie avait avorté mais il était réfléchi. C'était un projet de vie familial dans lequel ils ont entraîné leurs 4 enfants mineurs. Un projet clandestin puisque seuls quelques membres de la famille de Mohamed Amri ont été informés. Et c'était un projet qui se caractérisait par une grande détermination. Car après avoir été refoulée en tentant de passer en Syrie, la famille s'est terrée en Bulgarie. Et confrontée à la précarité, jamais elle n'a renoncé, pendant 9 mois. Et c'était un projet en lien direct avec l'EI a dit la magistrate puisqu'il a été financé par l'Etat Islamique par l'intermédiaire des frères Clain.
 

Le déni et la stratégie pour masquer la réalité

Pour justifier la peine maximale, l'avocate générale avait expliqué qu'il faut protéger la société contre le risque de réitération et prendre en compte la dangerosité. Et il y a un indicateur selon elle, celui de la sincérité des déclarations. Pour elle, Mohamed Amri a adopté depuis le début une attitude de déni. Il est incapable de toute remise en question.

Quant à Anne Diana Clain, si elle affirme avoir pris du recul, plusieurs éléments permettent de douter. Encore aujourd'hui, elle présente son frère comme un gardien de la paix et non comme un gardien de la terreur.
"Cette volonté de se présenter comme une citoyenne est une posture, une stratégie qui masque la réalité."
 
 

L'ombre des frères Clain sur le procès

Dans leurs plaidoieries, les avocats de la défense avaient tous les trois rappelé qu'il ne fallait pas juger les frères Clain dans ce procès.
"Anne Diana Clain est la première de la famille Clain a être jugée", a souligné Maitre Desrues, "et c'est la seule qui n'a jamais mis les pieds en Syrie."
Il a reconnu que c'est une situation ubuesque, d'entendre cette femme partie avec ses enfants en Syrie expliquer qu'elle ne s'était pas rendue compte de ce que ses frères faisaient et de ce qu'ils étaient devenus.

Maitre Desrues poursuit son raisonnement.

Elle a tout reconnu, a dit l'avocat, elle ne minimise pas. Elle a dit dans toute la procédure. Je voulais rejoindre l'EI, vivre sur zone et j'ai considéré que c'est là qu'il fallait être. Est-ce qu'il y a une prime à l'aveu ? Bien sûr que oui. Le fait qu'elle reconnaisse, c'est le signe qu'elle a changé, qu'elle a réfléchi.

L'avocat a expliqué au tribunal qu'il la connait bien Anne Diana Clain. Il l'a vue 25 fois en trois ans au parloir de la prison. Il faut le croire, elle a changé. Elle lui a parlé de l'avenir, quand elle sortira de prison. Elle lui aurait dit ne pas être sûre de remettre le voile et qu'elle voulait passer son permis et trouver un travail.
 
"Il y a énormément de sang sur le nom de la famille Clain, a dit l'avocat, elle est celle qui incarne l'espoir de cette famille maudite par l'amour qu'elle porte à ses enfants."

Le tribunal a en partie entendu ces arguments de la défense d'Anne Diana Clain qui a montré une évolution positive mais pour le tribunal elle est reconnue coupable des faits d'association de malfaiteurs terroristes. Elle est condamnée à 9 ans de prison.
La présidente avant de prononcer les peines a rappelé au couple que leur projet n'avait échoué que parce qu'il avait été arrêté en Turquie. 
Le tribunal estime que l'acharnement a passer en Syrie est démontré et que le couple a entrainé ses enfants dans ce projet mortifère.
Pour avoir été dans le déni voire la provocation Mohamed Amri est condamné à 10 ans de prison, la peine maximale
 

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