Un des imams de Toulouse arrêté et expulsé vers l'Algérie, son avocat dénonce une dérive des pratiques de l'Etat

L'imam d'Empalot à Toulouse, a été arrêté tôt ce vendredi matin à son domicile et expulsé en début d'après-midi vers l'Algérie. Son avocat, qui n'a pas pu s'entretenir avec lui, dénonce des pratiques "qui ne sont pas dignes d'un État de droit".

L'imam d'Empalot à Toulouse, arrêté et expulsé manu militari ce vendredi 19 avril 2024, sur ordre du ministre de l'Intérieur. Son avocat Maître Jean Iglesis n'a pas été informé et n'a pas pu s'entretenir avec lui.

"Il vient d'être embarqué"

C'est un coup de fil de la famille de Mohamed Tataiat qui a réveillé Maître Iglésis, tôt ce vendredi matin. Affolée, la femme de l'imam d'Empalot raconte à l'avocat "qu'il vient d’être embarqué par la police pour être conduit en rétention".

"Je me suis aussitôt rendu au centre de Cornebarrieu", témoigne Maître Jean Iglésis. "Mais il n'y était pas. J'ai alors appris qu'il était entre les mains de la police des frontières. Je ne comprends pas parce que la commission d'expulsion locale venait juste de donner un avis défavorable à son expulsion".

Les droits de la défense bafoués

À la police des frontières à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, Maître Iglésis demande à s'entretenir avec son client, mais on lui refuse : "C'est la première fois que je vois ça", s'insurge l'avocat. "Cela fait appel à des notions qui ne sont pas celles d'un pays de droit".

C'est en début d'après-midi que Maître Iglésis reçoit enfin un arrêté d'expulsion émanant de la préfecture. Mais il est trop tard. L'imam d'Empalot est déjà dans l'avion qui le ramène en Algérie. L'avocat ne décolère pas : "Il était en France depuis 40 ans, il a une famille, des enfants. Et il s'est tenu à carreaux depuis sa condamnation".

Condamné en 2022

L’imam Tataiat est dans le viseur des autorités depuis 2017, accusé à l'époque d'avoir tenu des propos antisémites lors d’un prêche devant ses fidèles. Jugé par le tribunal correctionnel en 2021, il a été relaxé, mais la Cour d'appel l'a condamné en 2022 à une peine de prison de quatre mois avec sursis pour "provocation à la haine raciale".

Maître Iglésis craint que "toute cette opération ait été orchestrée pour éviter à la justice de se pencher sur le dossier". Il envisage désormais de demander la nullité de l'arrêté d'expulsion devant le tribunal administratif et de saisir la Cour européenne des droits de l'Homme.