Lancement d'Ariane 6 : "on ressent un mélange d'excitation et de stress positif", des centaines d'ingénieurs sur le pont

Un vol test de la nouvelle fusée Ariane est programmé pour ce mardi 9 juillet 2024 au soir. Une mission à haut risque, qui doit répondre à un enjeu crucial de souveraineté européenne. Explications.

Entre enthousiasme et stress, la communauté spatiale européenne retient son souffle ce mardi. Le premier vol inaugural de la nouvelle fusée Ariane 6 est programmé pour ce soir, dans un créneau compris entre 20h et minuit (heure de Paris), depuis Kourou, en Guyane. Il s’agit du premier vol de qualification de ce lanceur, l’objectif étant d’en apprendre un maximum sur son comportement dans son environnement réel.

Souveraineté européenne

Pour les Européens, l’enjeu est crucial. Depuis le dernier vol d’Ariane 5 en juillet 2023, ils n’ont plus d’accès autonome à l’espace. Les voilà contraints de louer les onéreux services des Américains pour pouvoir envoyer des satellites en orbite, et notamment auprès de Space X.

Pour notre souveraineté européenne, il est essentiel d’avoir cet accès autonome à l’espace, c’est bien ce que nous espérons récupérer grâce à Ariane 6.

Lionel Suchet, directeur général délégué du CNES, par téléphone ce matin

Les centaines d’ingénieurs qui travaillent sur ce projet attendent ce moment avec impatience. Le lancement était initialement prévu pour l’été 2020. "Quatre ans, c’est un gros retard", concède Lionel Suchet, mais c’était le prix à payer pour réaliser tous les tests nécessaires en amont. L’autre lanceur européen, Vega, est cloué au sol en raison de problèmes techniques et l’utilisation du Soyouz est proscrite depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une combinaison de facteurs qui explique comment l’Europe s’est retrouvée dépendante des Américains depuis un an.

Un pas de tir toulousain

De nombreux ingénieurs européens ont planché sur cette fusée, coordonnés par ArianeGroup, une co-entreprise détenue par Airbus et Safran, sous l’égide de l’Agence spatiale européenne (ESA). Des ingénieurs toulousains du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) et leurs partenaires techniques se sont vu confier la conception du pas de tir, c’est-à-dire les équipements qui vont propulser Ariane 6 dans l’espace.

Habituellement, environ 250 personnes du CNES travaillent à Kourou. Pour ce vol test, ils ont été rejoints par une centaine d'ingénieurs venus de Toulouse et de la région parisienne. Toutes les équipes sur place sont sur le pont depuis 4h30 du matin, heure locale. Depuis plusieurs heures, les opérations finales sont en cours, notamment le remplissage des réservoirs d’hydrogène et d’oxygène liquides. C’est la réaction entre ces deux fluides qui va propulser la fusée dans quelques heures.

Presque 3h de mission

À Toulouse comme à Kourou, "l’ambiance est studieuse, sérieuse, concentrée. C’est l’aboutissement de longues années de travail. On ressent un mélange d’excitation et de stress positif", confie le directeur général délégué du CNES. Avant d’ajouter : "C’est un moment très particulier : on a testé tout ce qui pouvait l’être au sol, et désormais plus on ira loin dans la mission de ce soir, plus on en apprendra sur le comportement du lanceur. C’est un moment à haut risque, important, ce qui crée un stress légitime au sein des équipes, d’autant que c’est une mission particulièrement longue, presque trois heures."

Ariane 6 va emporter à son bord une capsule d’ArianeGroup, et une seconde de la start-up franco-allemande The Exploration Company, afin que le retour sur Terre de celles-ci soit testé. Des universitaires profitent également de ce vol inaugural pour envoyer dans l’espace des nanosatellites.

Une soirée spéciale de retransmission du vol est prévue ce soir dans les jardins de la Cité de l’espace à Toulouse. Les chanceux ayant déjà réservé leur place pourront y assister, les autres pourront suivre le lancement en direct sur la chaîne YouTube de la Cité de l’espace ou celle du CNES à partir de 19h30, avec commentaires en français, ou directement sur le site de l’ESA pour les anglophones.

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