Un trésor de 1531 lettres d'amour, une correspondance de la première guerre mondiale déclinée en recueil de poèmes

Pierre Mathiote, un réalisateur toulousain, travaille depuis de nombreuses années sur des centaines de lettres échangées entre un soldat de la Première Guerre mondiale et une couturière. Ils se sont envoyés des cartes et des courriers par centaines entre 1914 et 1918. Pierre Mathiote a pour projet d'en réaliser un recueil de poèmes.

C'est l'histoire d'une relation épistolaire émouvante qui a duré plusieurs années pendant la Première Guerre mondiale. Il s'agit de Marguerite et Léon, originaires de Paris, qui ont échangé plus de 1 500 lettres entre février 1914 et août 1918. Lui, ayant une formation de comptable, a été appelé sur le front, tandis qu'elle, couturière, est restée à l'arrière. Dans ces lettres, ils se racontent leur quotidien, mais surtout expriment leurs désirs et leur amour l'un pour l'autre. 

"La guerre, un accélérateur de sentiments alors que c'était tabou à l'époque"

Cette histoire a été découverte puis retranscrite par Pierre Mathiote, un réalisateur qui vit à Toulouse depuis cinq ans. Par l'intermédiaire de son co-auteur, il découvre l'existence d'une malle lors d'un vide-grenier, destinée à être jetée à la déchetterie. Il la décrit comme un "trésor de 1 531 lettres", comme si c'était hier.

Il en sélectionne 400 afin de déterminer si la lecture de ces échanges est intéressante. "En plus des lettres, j'ai remarqué des objets tels qu'une bague en aluminium et des mèches de cheveux", partage-t-il. Naturellement, la curiosité du réalisateur est piquée. Il passe alors trois mois à retranscrire ces écrits.

"Ce qui est intéressant, c'est forcément le point de vue de la guerre, mais surtout celui des femmes à l'arrière", reconnaît avec du recul Pierre Mathiote. Ce dernier se lance dans un projet de long-métrage, puis dans une série en 14 épisodes, mais les abandonne très vite face à la longueur du récit et aux coûts de production nécessaires. À cause (ou grâce ?) au Covid-19, il lance un appel : 80 personnes l'assistent pour retranscrire le reste des lettres.

"Que la guerre est injuste, que le destin est lâche"

Cela lui permet de déterminer plus précisément la nature de certains échanges. "Il y a énormément de dessins, de gribouillages érotiques. Lui s'intéresse toujours à elle, lui apprend l'amour. Une complicité amoureuse se dessine, comme un chat avec une souris. Je me rends compte que la guerre est un accélérateur de sentiments, alors que tout ce qui relevait du plaisir était tabou à l'époque", analyse Pierre Mathiote. "Je découvre de l'émotion dans ces lettres. Je vous avoue avoir versé ma larme plusieurs fois", avoue-t-il.

Le 25 septembre 1915, Léon rédige ce courrier pour Maguerite, au milieu des tranchées de Mourmelon-le-Grand (secteur Aubérive), mis sous forme de poème par Pierre Mathiote

"Tu m’écris que notre pauvre Émile est cocu. Avec cet embusqué que Suzanne a revu ; Ces pistonnés parisiens échappent aux combats. Et ne paieront pas l’impôt du sang, les ingrats. Elles se pressent aux fêtes, à l’opéra, au théâtre. Avec à leurs bras l’or et l’argent du bellâtre. Comment osent-elles mêler la blancheur de leurs seins. Pendant que leur mari ont aussi des besoins ? Comment usent-elles leurs sentiments dans la fange. Le lucre et la débauche avec ces hors-la-loi. Qui préfèrent le pipeau aux trompettes des archanges ?Savent-elles seulement ce qu’elles font ces indignes oies ? L’opprobre imméritée atteint les belles âmes. Des Poilus qui, sur la photo de leur belle, se pâment. Que la guerre est injuste, que le destin est lâche."

Un recueil de poèmes comme un hommage

Léon et Marguerite évoquent également leur souhait d'avoir une fille ensemble, "une petite Huguette", lit Pierre Mathiote. L'histoire de ces deux amoureux prend une tournure encore plus dramatique. Blessé à la guerre puis malade, Léon envoie quelques lettres depuis Toulouse et le Gers, où il reçoit des soins.

Malheureusement, il décède le 3 août 1918, seulement quatre jours avant la naissance tant attendue de cette petite Huguette. "Il y a des lettres avec des traces de larmes, qui témoignent de la souffrance de ces jeunes", estime Pierre Mathiote.

Aujourd'hui, le réalisateur veut donner une seconde vie à ces échanges. Il travaille sur un recueil de 71 poèmes qu'il a déjà rédigés et qu'il souhaite publier lui-même. "J'ai envie de faire un beau livre avec un fourreau en carton, des photos, des dessins". Ce projet a un coût : c'est pour cela qu'il a lancé une cagnotte participative notamment "pour financer la mise en page et la couverture". 

Pierre Mathiote ambitionne de boucler la réalisation de cet "ouvrage unique" pour novembre afin qu'il soit en vente pour Noël. Et espère qu'il intéressera aussi les musées et les mémoriaux. 

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