Jean-Luc Moudenc s'attaque aux ""vérités" scientifiques d'un jour, dangereuses pour la démocratie". Le maire de Toulouse vire-t-il climatosceptique ?

Dans un édito publié dans les colonnes du Journal du Dimanche (JDD), le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc alerte sur ce qu'il juge être un danger pour la démocratie. La trop grande place donnée aux autorités environnementales et aux juges administratifs dans l'écriture des lois. Avec la loi zéro artificialisation nette des sols (ZAN) dans le viseur et des positions pas très claires sur la question du climat.

Le maire de Toulouse tire la sonnette d'alarme. Jean-Luc Moudenc en est convaincu, la démocratie est en danger.

Le membre des Républicains s'inquiète de la trop grande influence d'éléments extérieurs dans la rédaction des lois. Dans les colonnes du Journal du Dimanche (JDD), il affirme que "l'Etat s'est fait grignoter de l'intérieur par les experts, qui viennent eux-mêmes renforcer la mainmise du juge administratif, tout aussi affranchi qu'eux du suffrage populaire." 

Ces "experts" non-élus pointés du doigt, ce sont les autorités environnementales, comme le Conseil national de protection de la nature (CNPN). 

La loi ZAN dans le viseur

Dans sa tribune, Jean-Luc Moudenc assure, entre les lignes, que les législateurs sont trop influencés par les autorités environnementales, ou les juges administratifs. Avec, pour exemple, la loi ZAN, zéro artificialisation nette des sols. 

Pour le maire de Toulouse, cette loi, censée réduire puis interdire à horizon 2050 toute nouvelle artificialisation nette des sols, ne donne aucune marge de manoeuvre aux élus locaux. "Elle nous est tombée dessus de manière uniforme, précise-t-il auprès de France 3 Occitanie. Elle ne prend pas en compte les différences d'un territoire à l'autre. Et à aucun moment, nous, élus locaux, n'avons été associés à son écriture." 

Pour Jean-Luc Moudenc, les autorités environnementales ne doivent pas passer avant l'avis des élus locaux. Sinon, c'est mettre en danger la démocratie. Il écrit : "notre démocratie naît de la délibération libre de l'intérêt commun par le peuple, et pas des "vérités" scientifiques d'un jour"

Sciences et politique, un mariage forcé ?

Des "vérités" - entre guillemets - "scientifiques d'un jour" ? Le maire de Toulouse remettrait-il en question les affirmations de la communauté scientifique, quant au dérèglement climatique par exemple, pour justifier sa pensée ? 

Pour Antoine Maurice, élu écologiste à la ville de Toulouse, cela ne fait aucun doute. "C'est du climatoscepticisme masqué. Il remet en question les analyses scientifiques. Il prête même aux autorités environnementales des convictions politiques.

Si le membre de l'opposition reconnaît lui aussi que la loi ZAN "est trop arithmétique dans sa mise en oeuvre" et qu'il faut "la faire évoluer", Antoine Maurice déplore que "Jean-Luc Moudenc jette le bébé avec l'eau du bain. Il fait partie de cette classe qui veut continuer à mener des politiques d'urbanisme dignes des années 80. Et la loi ZAN l'en empêche."

Jean-Luc Moudenc se défend de son côté climatoscepticisme, même s'il reconnaît viser clairement les autorités environnementales. "Aujourd'hui ce sont des dieux qui disent la vérité. Et si on a le malheur de penser contre eux, on est coupable, aussitôt mis sur le banc des accusés."

Le maire de Toulouse de poursuivre : "Je ne suis pas contre la loi ZAN. C'est très bien que le gouvernement aille en ce sens. Mais il doit nous fixer des objectifs, puis nous laisser agir, nous, élus locaux, en fonction des spécificités de nos territoires.

S'il les attaque frontalement, c'est peut-être parce que le maire a récemment été contesté dans sa politique par les autorités environnementales. Le CNPN (conseil national de protection de la nature) et la MRAe (mission régionale d'autorité environnementale), ont par exemple donné un avis défavorable au projet d'aménagement d'île du Ramier, présenté par la municipalité. La mairie a été dans l'obligation de renforcer "de  manière  notable  les  mesures  d’évitement et de réduction d’impact du projet d’aménagement de l’île du Ramier, en préservant de nombreux secteurs à fort enjeu de biodiversité."  En cause, l'artificialisation des berges jugée trop importante, pour l'installation de passerelles piétonnes. Le projet, ainsi mis à jour, a reçu un avis favorable du CNPN en date du 26 décembre 2022.

La mairie souligne que "Les échanges entre les autorités environnementales et les porteurs de projets sont constitués, de manière courante, de recommandations et de propositions en réponse, particulièrement dans des projets d’une grande envergure, comme c’est le cas pour le projet d'aménagement de l'île du Ramier."

L'influence "excessive" de la Justice

Dans le viseur de Jean-Luc Moudenc, aussi, le pouvoir accordé aux juges administratifs : "Le juge émet des appréciations de plus en plus détaillées et intrusives sur le fond de nos politiques publiques." 

Pour Antoine Maurice, "c'est inquiétant d'écrire cela. On est dans une forme de dérive populiste, qui tend vers la droite extrême. En lisant sa tribune j'ai l'impression que M. Moudenc remet en question la séparation des pouvoirs, entre législatif et exécutif, entre justice et politique. Oui, le juge est affranchi du suffrage populaire, mais c'est un contre-pouvoir indispensable."

Jean-Luc Moudenc se défend : "Je ne remets pas en cause la séparation des pouvoirs. Je dis simplement qu'on est face à une abondance, une inflation même, législative et réglementaire. Elle a créée un déséquilibre, et donc un espace de décision que je trouve excessif, pour des autorités qui ne sont pas élues."

Dans sa tribune, le maire de Toulouse profite de la proposition d'Emmanuel Macron de réformer la constitution, pour demander plus de pouvoir aux élus locaux. Il propose la mise en place d'un nouveau domaine dans la Constitution, celui des territoires, pour "empêcher que la loi et le règlement se perdent en une précision telle, qu'ils rendent le travail des élus locaux marginal, si ce n'est impossible."

Le JDD, un choix politique ?

Une tribune publiée dimanche, dans les colonnes du JDD. Un choix fort, et remarqué, quand on sait que la rédaction en chef du journal est désormais assurée par Geoffreoy Lejeune (ex Valeurs Actuelles), et que la nouvelle ligne éditoriale, proche de l'extrême droite, a poussé la rédaction historique à démissionner.

 Pour Antoine Maurice, "ce n'est pas un choix anodin. Il dénote encore une fois de la dérive populiste de M. Moudenc."

Interrogé sur ce choix éditorial et politique, le maire explique : "Le monde change, il faut l'accepter, sinon c'est vous le conservateur. Moi je suis le changement. Mais ça ne m'empêche pas aussi d'écrire des tribunes dans le Monde." Oui, mais en collectif, pas en son nom seul.

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