Livre : l’éloge de l’Occitanie du Toulousain et Audois Alain Monnier

Publié le

Encenser son terroir sans passer pour un régionaliste invétéré ou pour un béat. C’est le défi relevé par Alain Monnier dans son dernier ouvrage. Celui qui partage sa vie entre les Corbières et Toulouse y parle de chez nous sans promettre le paradis, mais en révélant le meilleur de ses congénères.

Cet éloge de l’Occitanie s’ouvre tout d’abord sur un « drôle de mystère » :

Pourquoi suis-je profondément ce que je ne pense pas être ? Pourquoi l’injonction qui m’est faite d’être occitan ne me touche pas ? Est-ce ma faute, mon peu d’attention, mon manque certain de mysticisme qui est en cause ou est-ce la proposition qui n’a pas de sens ?

Alain Monnier

Petit éloge amoureux de l'Occitanie, Privat

Pour percer ce mystère, Alain Monnier reprend les choses du début, de son enfance d’abord, avec son grand-père qui avait fini, comme tous les autres ou presque, par revenir vivre au village. « Parce que c’était comme ça à l’époque ». Et ça l’est encore bien plus qu’on ne le croit…

Remonter aux Cathares

En Languedoc, les grandes vacances s’étiraient alors jusqu’à la troisième semaine de septembre pour permettre aux jeunes bras de ramasser les raisins. Mais pour comprendre aussi l’identité occitane, le natif de Narbonne nous ramène encore plus avant, au temps des Cathares. Mais attention les vrais, pas les touristes ainsi qu’il les qualifiait quand la saison estivale redémarrait.  

« L’ensemble occitan » est aussi dépeint ici comme un « espace d’affrontement », religieux notamment. Aux XIe et XIIe siècles, « l’Église veut recouvrer son autonomie face aux laïcs », écrit Monnier avant de poursuivre :

Des résistances traversent ainsi toute l’Europe mais sont particulièrement fortes dans les pays occitans, où une culture laïque et des idées véhiculées en occitan par les troubadours offrent un terrain favorable

Alain Monnier

Petit éloge amoureux de l'Occitanie, Privat

L’Occitanie, espace d’affrontements sociaux également avec les luttes syndicales ou idéologiques (Larzac notamment) mais aussi les crises viticoles. Le 4 mars 1976, aux abords de Narbonne, on dénombre un mort côté manifestants et un autre côté CRS.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces moments qui mêlaient revendications des viticulteurs, mouvements d’extrême gauche, relents de régionalisme xénophobes, colère contre les étrangers que la civilisation des loisirs amenait vers le Sud, exaltation de la race d’oc -d’où sortait-elle ?-, et recherche du bouc-émissaire, cette fois italien, mafieux et misérable.

Alain Monnier

Petit éloge amoureux de l'Occitanie, Privat

Et l’auteur de formuler une mise en garde plus que jamais d’actualité après la Présidentielle que vient de traverser le pays : « quand les opinions, aussi méprisables soient-elles, se répètent, il faut y prêter attention, ne serait-ce que pour éviter qu’elles se replient derrière la coque endurcie des extrémismes. »  

Monnier ne parle ni ne comprend l’Occitan, mais il a autre chose qu’il garde pour toujours de cette langue : l’accent. Et l’auteur de moquer ceux qui « naviguaient entre deux eaux, entre un accent pointu légèrement ridicule quand ils s’adressaient à un « décideur parisien », et l’accent du Lauragais de retour chez eux ».

Accent et gentillesse

Mais Monnier le fait sans méchanceté à l’image du tempérament principal qu’il retiendra des habitants de sa région : la gentillesse. « Je sais reconnaître quelqu’un de chez moi à une forme de bonhommie, d’accueil, d’entrée en matière non apprêtée, une attitude non arrogante qui n’a pas besoin d’établir un rapport de force, de monter à la hâte un rempart ».  

Mais attention, l’écrivain parle de la gentillesse des Occitans « qui ont des grands-parents ou des arrière-grands parents qui ont vécu sur ces terres ». Ainsi, hélas ou pas, de nombreux lecteurs pourront se sentir finalement étrangers à cet éloge…

Les nouveaux arrivants peuvent aimer sincèrement la région, apprécier les habitants et leur façon de vivre, suivre sans difficultés les petits rites, en prendre les expressions… mais je doute qu’ils ne puissent jamais éprouver la sensation primaire d’être de là, parce que leur enfance s’est passée ailleurs et nos racines ont pour terreau les valeurs et les rituels de notre géographie généalogique. Je pourrais vivre en Bretagne, aimer profondément et les paysages, et les gens, ne plus vouloir en partir, mais je ne serai jamais breton. Alors que je suis à jamais occitan

Alain Monnier

Petit éloge amoureux de l'Occitanie, Privat

Alain Monnier est l’invité du 18.30 sur France 3 Occitanie le lundi 30 mai.