Orages mortels en Corse : Météo-France se défend d'avoir activé trop tardivement la vigilance orange

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sylvain Duchampt avec AFP

La polémique enfle, jeudi 18 août 2022. Météo-France est accusé d'avoir activé trop tardivement la vigilance orange en Corse. Le service de météorologie invoque une situation "extrême" et "difficilement prévisible".

Touchée par de violents orages, la Corse déplore jeudi 18 août plusieurs victimes. Des rafales à plus de 150 km/h ont surpris la Corse au petit matin, et cinq personnes sont mortes sur l'île, dont deux tués par des chutes d'arbres sur leurs bungalows.

Au cours de la journée la polémique sur la responsabilité de Météo-France n'a cessé de prendre de l'ampleur. Il est reproché au service de météorologie de ne pas avoir activé en avance la vigilance orange.

Dans son bulletin de 6h00 jeudi, l'île était encore en vigilance jaune ("soyez attentif"), Météo-France annonçant "de puissants orages (...) en mer à proximité de la Corse, avec de fortes rafales de vent." Ce n'est qu'à 08h35, en observant le décalage de l'orage dans les terres et l'intensité "extrême" des rafales, que les deux départements ont basculé en vigilance orange, signifiant: soyez vigilant.

Météo-France surpris par la force des rafales

Christophe Morel, responsable de la permanence prévision, reconnait "avoir été un peu surpris par les valeurs des rafales, valeurs tout à fait exceptionnelle qui n'avaient jamais été observées auparavant." Des vents de plus de 200km/h ont été ainsi observés par endroit.

Comme l'explique Météo-France sur son site internet : "les orages sont le résultat de processus complexes qui touchent une zone géographique très limitée. Il est donc difficile de prévoir ce genre de phénomène."

Ils font intervenir de nombreux " ingrédients " atmosphériques : la température de l'air en surface et en altitude, la variation du vent selon l'altitude et l'humidité de l'air près du sol. Outre l'état de l'atmosphère, leur formation dépend beaucoup des conditions locales très variables de température et d'humidité des sols, influencées par la nature du sol, le type de végétation, mais aussi la configuration du relief.

Les modèles numériques sont habituellement là pour aider les prévisionnistes. Mais pas suffisamment cette fois-ci.

Des systèmes complexes, difficiles à analyser même pour les supercalculateurs

Certaines simulations produites par "AROME", le modèle maison de Météo-France qui tourne sur un supercalculateur à Toulouse, "laissait suggérer un orage proche de celui qui a été observé", tandis que d'autres simulations "qui paraissaient plus vraisemblables le situaient plus en mer", a expliqué le prévisionniste François Gourand.

"Des systèmes orageux multicellulaires se produisent quand une certaine mayonnaise prend: arriver à prévoir la combinaison de ces éléments, c'est très compliqué", a détaillé M. Gourand.

"Des modèles très sophistiqués comme AROME arrivent à les prévoir de mieux en mieux, mais pas toujours", a-t-il ajouté, affirmant que les météorologues sont "très souvent dans ces situations où les modèles ne permettent pas de trancher".

"Il y a un équilibre à trouver, alerter suffisamment et ne pas suralerter", a souligné Christophe Morel, estimant que "là, nous n'avions pas assez d'éléments" en avance.
Finalement, l'alerte orange a été levée à 11h16, la Haute-Corse et la Corse-du-sud redescendant en vigilance jaune. Avant d'être relevée à partir de 21H00 au niveau orange, jusqu'à vendredi matin.

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