"Paroles de chômeurs" : un collectif publie un livre blanc pour porter la voix des privés d'emploi

Publié le
Écrit par Marie Martin

Vingt associations actives dans l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi ont réalisé une enquête nationale en 2021 auprès de chercheurs d’emploi afin de recueillir leur parole. A Toulouse, un collectif s'est créé pour participer à tous les travaux et présente ce livre blanc. "Paroles de chômeurs".

Quelle est vraiment la réalité des personnes privées d'emploi ? A quels freins et contraintes sont-elles exposées ? Quel accompagnement leur est proposé ?

C'est pour répondre à ces questions et tenter d'éclairer une opinion publique, pas toujours au fait de la réalité du chômage, que vingt associations actives dans l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi ont constitué le collectif Pour la parole de chômeurs. Elles ont réalisé une enquête nationale entre février et juin 2021 pour recueillir la parole de demandeurs d'emploi. Le résultat ? Un livre blanc publié mardi 25 janvier 2022, Paroles de chômeurs, afin de "porter leurs voix dans le débat public en amont des élections présidentielle et législative de 2022". 

A Toulouse, un collectif s'est lui aussi créé, composé de représentants du Comité chrétien de solidarité avec les chômeurs-Vaincre le chômage (CCSC-VLC), du MNCP-Maison des chômeurs, de la CFDT, du Secours Catholique, du Mouvement de l'économie solidaire (MES), de Solidarités Nouvelles contre le chômage (SNC), d'ATD-Quart Monde et du Pacte Civique. Il a participé à toutes les étapes de réalisation de ce livre blanc : enquête, groupe de paroles et rédaction finale.

Que dit ce livre blanc ?

En préambule, le collectif rappelle que la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus a marqué un coup de frein brutal à l'économie et que le chômage demeure élevé, avec une précarisation des emplois de plus en plus marquée. 

Si le taux de pauvreté monétaire n’augmente pas, les dépenses contraintes augmentent rapidement et les pauvres sont toujours plus pauvres, ne sortant guère de cette situation. À cela s’ajoute une réforme de l’assurance chômage dont certaines mesures touchent les plus fragiles.

Livre blanc Paroles de chômeurs

"Profiteurs et paresseux" : les stéréotypes sur les personnes privées d'emploi n'ont guère changé, rendant leur parole encore plus inaudible, d'autant qu'elles ont elles-mêmes beaucoup de réticences à s'exprimer sur le sujet. Pour les chômeurs, il y a urgence : "On ne peut pas faire du cas par cas. Mais un peu d’humanité, ne plus juger le chômeur, car perdre son emploi n’est jamais sans conséquence, famille, logement, loisirs etc. tout devient plus compliqué".

Comment vivent les privés et demandeurs d'emploi ?

"Sur cette question relative aux revenus, les commentaires écrits par les chercheurs d’emploi sont plutôt sobres, ils ne laissent que quelques précisions et nous fournissent quelques exemples significatifs", écrit le collectif. Voici quelques exemples : 

  • "Je vis avec mes économies".
  • "Le quotidien est dur, très dur. Je m’oblige à me lever tous les matins pour faire des démarches. Je vis avec 450 euros par mois. Je viens de signer une promesse d’embauche. J’espère que ma galère prend fin".
  • "Comme j’ai 24 ans, je n’ai pas le droit au RSA. Il me reste 200€ d’économies. Aujourd’hui, je vis chez mes parents parce que je ne peux rien payer. Heureusement qu’ils sont encore là, autrement je serais à la rue".
  • "J’avais un très bon salaire sur mes derniers emplois mais également trop de responsabilités. Un salaire à mi-temps de 800 à 900 € me conviendrait amplement.
  • J’ai décidé de vivre avec le moins d’argent possible".

L'épreuve de la recherche d'emploi

Optimisme et découragement : voilà ce qui fait le quotidien des demandeurs d'emploi lors des douze premiers mois de recherches, note le collectif. 

Arrêtez avec cette légende d’opportunité quand on est au chômage; ça ne vaut que pour ceux qui ne sont pas chargés de famille ou n’ont jamais construit de parcours professionnel intéressant, ou pour ceux qui le vivent six mois. Au-delà, c’est totalement destructeur, à tous niveaux.

Témoignage du livre blanc Paroles de chômeurs

Malgré leurs efforts et les changements qu’ils sont prêts à accepter, les demandeurs d’emploi se heurtent aux conséquences des temps trop longs pour retourner à l’emploi et à l’écart qui s’accroît entre demandes formulées et réponses reçues. "Les personnes sont renvoyées à l’idée qu’elles sont responsables de leur impossibilité à trouver un emploi et de ne pas rentrer dans les cases".

Il faut aussi faire face à ces incohérences : trop jeune, pas assez d'expérience ; 50 ans ou plus : saurez-vous vous adapter ? Faire face aussi au silence, au non-retour d'une candidature qui laissent les personnes dans le doute : suis-je incompétente ? Pas assez qualifiée ? "Ces silences pèsent également et accentuent le sentiment d’insécurité".

"Le chômage n’est pas un statut social"

Selon une étude réalisée par l'Unedic en 2020, 78 % des Français perçoivent le chômage comme une situation subie et non choisie. Cependant, note le collectif, l'opinion oscille toujours entre “bienveillance teintée de misérabilisme et un soupçon croissant quant à la volonté des chercheurs d’emploi de retrouver une activité”.

L'accompagnement est aussi un vrai problème : beaucoup des personnes interrogées admettent avoir été plus accompagnées par leurs proches que par les institutions. "Nous constatons un sentiment de manque d’écoute et de respect de la part des accompagnateurs, principalement des conseillers de Pôle emploi qui sont fortement critiqués. Une impression d’être jugés et pas accompagnés, qui conduit à des blocages dans la communication dus à un sentiment de culpabilité, en lien avec l’impression de ne pas faire assez pour trouver des solutions".

Le livre blanc, ainsi que l'explique Annie Thomas, du Collectif Parole de chômeurs de Toulouse, fait état aussi des propositions portées par les demandeurs d'emploi : "Neuf propositions sont faites, à commencer par changer le regard sur les chômeurs. Ensuite, d'avoir des offres d'emploi adaptées à leurs compétences, ils estiment que les employeurs, dans leurs politiques de recrutement, se basent trop sur les diplômes et pas assez sur les compétences. Ils veulent aussi des emplois au plus près de ce qu'ils vivent, c'est-à-dire dans leur territoire.
Ils veulent que soit simplifié l'accès à la formation professionnelle parce qu'aujourd'hui, c'est un vrai parcours du combattant en matière de financement. Ils veulent aussi qu'on les écoute, qu'on s'occupe de leur santé".

C'était un des angles morts de nos politiques, la question de la santé des demandeurs d'emploi. C'est une surprise pour moi, ils insistent beaucoup là-dessus, et ils estiment que ce n'est pas pris en compte quand on les accompagne.

Annie Thomas, membre du collectif Paroles de chômeurs Toulouse

La méthode d'enquête

Un questionnaire de 35 items a été élaboré par le Collectif, et diffusé largement auprès des organisations et des associations en contact avec des chômeurs. Par ailleurs, plusieurs membres du Collectif sont allés à la rencontre, individuelle ou collective, de chômeurs. C’est ainsi que la majorité des 270 réponses au questionnaire ont été obtenues.

* Les associations membres du collectif sont : ALERTE, l'ACO, ATD-Quart Monde, Atout Différence, le Centre de recherche et d'action sociales (CERAS), le GRED La Défense, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), le MRJC, le Pacte civique, Démocratie et Spiritualité (D&S), Participation et fraternité, le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), le Secours Catholique (SCCF), les Semaines Sociales de France (SSF), Le 7e Lieu, Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), l'Union nationale des acteurs de parrainage de proximité (UNAPP) et Visemploi.       
Le pilotage du collectif est assuré par le Comité chrétien de solidarité avec les chômeurs qui en a confié l’animation à François Soulage, ancien président du CCSC, du collectif Alerte et du Secours Catholique.