PORTRAIT. Andréi Nicolae, rom et salarié de l'association Rencont'roms nous afin d'aider sa communauté à Toulouse

Grâce à l’association Rencont’roms nous, Andréi Nicolae, 18 ans, a obtenu un poste en CDI de médiation scolaire au sein du camp pour aider sa propre communauté. L'objectif est de soutenir et d'accompagner les roms dans leurs insertions.

 

L'accompagnement et le soutien scolaire se passe dans un algeco situé sur le camp de roms.
L'accompagnement et le soutien scolaire se passe dans un algeco situé sur le camp de roms. © X.M/FTV

Andréi Nicolae a 18 ans, il est arrivé en France en 2010 à l’âge de 7 ans de Bărbulești en Roumanie. Il a mis deux ans à apprendre et comprendre le français en primaire dans une classe spéciale pour les étrangers.

Je suis arrivé directement sur le terrain, c’était vraiment difficile pour moi de voir les caravanes, cela m’a choqué parce qu’il y avait beaucoup de misère, pas de toilettes, des déchets et de la boue partout, je n’étais pas habitué car en Roumanie on habitait en maison.

Andréi Nicolae, 18 ans

Ses parents sont venus en France pour trouver du travail et mettre leurs enfants à l’école.

En 2011 j’étais inscrit à l’école mais cela a été difficile car les autres enfants se moquaient de nous parce que l’on avait pas les moyens de s’habiller, d’avoir les cartables qu’il faut. Je m’en rappelle, c’était assez dur à vivre. Malgré ces difficultés je me suis attaché à l’école car c’était le seul moyen pour s’en sortir et réussir dans la vie. Je savais que c’était important.

Andréi Nicolae, 18 ans

Nathanael Vignaud et Andréi Nicolae discutent avec des jeunes roms du campement.
Nathanael Vignaud et Andréi Nicolae discutent avec des jeunes roms du campement. © X.M/FTV

 

"Aller à l’école, rester à l’école et réussir à l’école"

Désormais Andréi Nicolae va travailler pour sa communauté grâce à l'association Rencont'roms nous. Cette structure, Andréi en garde un bon souvenir. A 11 ans, il effectue sa première sortie avec elle. "Un bus est venu nous prendre dans le camp pour nous amener dans le centre ville de Toulouse, je me rappelle avoir bien joué et rigolé".

En quatrième, Andréi demande à Nathanael de faire son stage au sein de l’association, "c’est à partir de ce moment là que j’ai multiplié les stages avec l’association, ça me plaisait beaucoup et ensuite j'ai fait un service civique car c’est adapté à notre situation et c’est un bon tremplin pour évoluer et avoir un contrat à la suite",  raconte Andréi.

Aujourd'hui, le jeune homme vient de signer un CDI avec l'association. En 2020, Rencont'roms a obtenu un poste de médiation scolaire grâce au programme national de résorption des bidonvilles du ministère du logement, ils ont débloqué des crédits spécifiques à la médiation scolaire et ont financé 31 postes de médiations scolaires sur le territoire national dont celui d’Andrei.

L’association m’a beaucoup appris, j’ai pris confiance en moi, parler en public, travailler en équipe, cela m’a permis de voir les choses autrement. J’aime travailler avec les enfants, je m’entends bien avec eux. C’est de la sensibilisation car je les connais tous du coup, c’est plus facile de faire le lien entre les écoles et les parents. Pour moi, c’est vraiment quelque chose d’énorme, c’est vraiment bien parce que cela va m’ouvrir plus de portes, plus de moyen, trouver un logement plus facilement, d’avoir une sécurité sociale et un médecin ou même de faire un crédit.

Andréi Nicolae, 18 ans

Et aujourd'hui, grâce à ce contrat, il peut continuer à aider sa propre communauté.

Nathanael Vignaud et Andréi Nicolae avec des amis de Nicolae.
Nathanael Vignaud et Andréi Nicolae avec des amis de Nicolae. © X.M/FTV

 

Cette association a été créé par Nathanael Vignaud. En novembre 2013, encore étudiant il réalise un projet dans le cadre de son master administration des activités culturelles. "D’un projet étudiant, c’est devenu une association en octobre 2014. Rencont’roms nous".

Le but de l'association Rencont’roms nous est "de redonner la parole aux premiers concernés, replacer les roms au coeur du projet pour les autonomiser mais aussi changer les regards et discours haineux sur les roms".

La culture est un bon moyen, un bon vecteur pour faire changer les regards. L’idée était de faire un projet non pas sur les roms mais avec les roms. On voulait s’inscrire dans une démarche inclusive et on est donc arrivé sur le terrain de la Flambère.

Nathanael Vignaud, Rencont'Roms Nous

 

Camp de roms, chemin de la Flambère, Toulouse.
Camp de roms, chemin de la Flambère, Toulouse. © X.M/FTV

 

L'association a inventé un projet culturel entre les roms du terrain et le grand public avec des concerts, des spectacles, des expositions pour créer des moments conviviaux. "C’est la première fois que l’on les amenait dans des lieux culturels en dehors de leurs lieux de vie", souligne Nathanael Vignaud.

 

Nous avons trois axes dans l’association, le premier est culturel avec des stages de danse, des ateliers de cuisine, des projets de poésie et de théâtre pour sortir du camp. Le deuxième est l'éducation, depuis 2017, nous avons rencontré les écoles où sont scolarisés les enfants roms pour permettre une médiation entre les familles et les établissements scolaires. Et le troisième, c'est l'insertion professionnelle, on a mis un dispositif en place pour accompagner cinq jeunes qui vivent sur le terrain en service civique.

Nathanael Vignaud, Rencont'Roms Nous

Soutien scolaire et continuité pédagogique

 

Andréi accompagne les enfants dans leurs parcours scolaires.
Andréi accompagne les enfants dans leurs parcours scolaires. © X.M/FTV

 

Concrètement, l'association gère l'administratif, l’inscription, la cantine, les bourses ainsi que la carte de transport des enfants scolarisés. "On fait des réunions entre les parents et les professeurs pour suivre les 47 enfants scolarisés du camp de la maternelle jusqu’au collège de 3 à 16 ans", précise Andréi.

Les professeurs m’appellent pour me dire quel enfant n’est pas en classe comme ça, je peux aller voir les parents rapidement et comprendre pourquoi il est absent.

Andréi Nicolae

Andréi accompagne Amalia sur des sorties comme le musée ou des parcours sportifs. Elle fait de la danse depuis cinq ans et est suivie par l’association sur l’accompagnement et le soutien scolaire.

Amalia et Andréi dans le camp de roms du chemin de la Flambère à Toulouse.
Amalia et Andréi dans le camp de roms du chemin de la Flambère à Toulouse. © X.M/FTV

 

La petite fille avec la casquette rouge s’appelle Contesa, "elle vient d’arriver et comme elle voulait tout le temps rentrer dans la salle du soutien scolaire, on a fini par la laisser et elle suit les autres enfants sur l’accompagnement".

Contesa et Andréi dans le camps de roms du chemin de la Flambère à Toulouse.
Contesa et Andréi dans le camps de roms du chemin de la Flambère à Toulouse. © X.M/FTV

 

Andréi est fier de pouvoir aider son campement et les enfants, "je me sens bien de faire ça parce qu’à mon époque, il n’y avait pas de roms qui s’occupaient de nous donc je pense que c’est bien pour eux. C’est une fierté de pouvoir les aider, ils me font confiance et ils me connaissent bien, c’est plus facile pour eux et pour moi de leur parler".

Je suis très content et mes parents aussi, ils voient que je travaille et que je ne fais pas de bêtises. Mes parents, mes frères et soeurs travaillent aussi donc j’ai grandi là-dedans. Pour moi c’est normal de travailler et de s’intégrer.

Andréi Nicolae

Dans l'avenir, Andréi aimerait avoir un appartement avec sa femme et sa fille et se construire une maison en Roumanie pour y retourner de temps en temps.

Le terrain de la Flambère est occupé depuis 2006, légalisé et stabilisé par la mairie de Toulouse en 2008. Ce campement de roms est occupé par 150 personnes dont la moitié sont des enfants. 

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