Près de Toulouse, le succès d'un élevage agroforestier de volailles et de poules pondeuses

Déjeuner en plein air à l’ombre des fruitiers, parcours sportif et sieste, les poules de la basse-cour du bois Gourmand à Fourquevaux dans le Lauragais se la coulent douce. Mathilde et Yann Bacou ont développé un modèle agricole dans lequel l'arbre est partenaire de l’élevage.

Mathilde Bacou et ses poules du Gaec "BCBG" à Fourquevaux dans le Lauragais.
Mathilde Bacou et ses poules du Gaec "BCBG" à Fourquevaux dans le Lauragais. © C.Carrière/FTV

Pour le bien-être des poules et celui de la planète, les éleveurs Mathilde et Yann Bacou ont planté plus de 400 arbres dans leurs parcours enherbés. "L’arbre partenaire de l’élevage, c’est ça l’agroforesterie !", s'exclament-ils. Un slogan qui résume bien leur démarche.

Sur le pont depuis l’aube, Mathilde accueille sur l’exploitation agricole les familles venues adopter des poules pondeuses. Même si Sarah, sa plus jeune fille, du haut de ses 7 ans, dirige avec fougue l'activité des volailles, la basse-cour reste le domaine de Mathilde. Et la jeune femme aime aussi le contact avec la clientèle. C'est l’occasion pour elle de présenter son modèle agricole.

L'agroforesterie c'est l’association sur une même parcelle de l’arbre, des cultures et de l’élevage.

Mathilde Bacou, éleveuse de poules en plein air

"On travaille en filière courte, poursuit la jeune femme. On doit expliquer aux gens qui viennent sur place nos méthodes, avoir de la transparence à tous les niveaux. Expliquer c’est gagner la confiance et valoriser notre travail. Cela donne du sens tout simplement. Nous pratiquons une agriculture connectée à la santé et à celle de la planète. Manger c’est voter !".

Les volailles de chair et les poules pondeuses profitent des pâturages à l'ombre des fruitiers.
Les volailles de chair et les poules pondeuses profitent des pâturages à l'ombre des fruitiers. © C.Carrière

Naissance d’un élevage agroforestier aux portes de Toulouse

Ingénieure de formation, Mathilde a longtemps travaillé comme conseillère d’entreprise en agriculture. Son mari Yann est fils et petit-fils d’agriculteurs dans le Lauragais à Fourquevaux. Il produit des grains sur 170 hectares dont 37 hectares en agriculture biologique et met un point d’honneur à travailler ses terres à 100% en agriculture de conservation des sols.

En 2017, Mathilde rejoint Yann sur l’exploitation avec l'envie de développer une activité qui ait du sens, qui soit en harmonie avec ses valeurs. Ils s'associent et créent le Gaec BCBG, la basse-cour du bois gourmand. "Aujourd’hui choisir son alimentation est un acte fondamental qui engage à la fois le consommateur et nous les producteurs, explique Mathilde. On est ce que l’on mange".

A son contacton comprend mieux l'idée de valoriser les acquis. "Je me suis demandée ce que l’on pouvait faire sur ce domaine agricole avec cette envie de ramener l’arbre au cœur de notre système en valorisant les terres qui produisent des céréales. J'ai eu l’idée de développer cet élevage agroforestier de volailles de chair et de poules pondeuses".

Un modèle agricole unique dans le Lauragais qui plus est "en milieu périurbain", précise avec fierté l'éleveuse. "Ma mission c'est de prendre soin des arbres et des volailles pour offrir un produit d’exception, tout en valorisant au mieux une partie des grains produits par Yann".

 

L’agroforesterie : l’arbre partenaire de l’élevage

Pour mettre sur pied l’élevage, Mathilde et Yann Bacou ont été aidés par les habitants des alentours. Ils ont planté au total 400 arbres en 2016 sur l’exploitation. L’élevage a démarré en 2017.

"C'est un bois gourmand de 18.000 m2 dans un trou de verdure en devenir", s'amuse Mathilde. "Nous avons planté 250 mètres de haies brise vent et brise vue et puis nous avons planté sur les parcours des volailles, plus de 160  fruitiers tous les 10 mètres, cerisiers, mûriers, cognaciers, noisetiers...plus de 16 espèces différentes qui s’adaptent au contexte local. Le tout pour créer des fonctions favorables à la biodiversité et construire un paysage". L'esprit : laisser de l’espace pour permettre la circulation tout en structurant.

L'élevage repose donc sur le pâturage des volailles. "L’intérêt de la présence des arbres dans ce système est multiple, explique Mathilde. Pour l'appréhender, il faut tenter de se mettre dans la peau d’une poule et comprendre ses instincts naturels".

Cabanes mobiles et parcours tournants

Trois cabanes mobiles sont placées sur trois parcours, permettant à trois générations de volailles d'évoluer librement. Dans chaque parcelle, 200 poules vivent en grande partie en plein air. Un environnement naturel dans lequel l'animal va trouver une partie de sa nourriture, des vers, des insectes, de l’herbe et des petits cailloux pour la digestion. "Elle va aussi faire du sport, se dégourdir les cuisses, papoter avec les copines et faire du bon muscle et du bon gras avec zéro stress", s'enthousiasme l'éleveuse.

Le pâturage est "tournant". Les parcours sont régulièrement mis au repos afin de permettre à la végétation de repartir. Les poules sont paraît-il un peu "feignantes", le terrain sur lequel elles vont évoluer ne doit par conséquent pas être trop pentu.

Cabanes mobiles et parcours enherbés.
Cabanes mobiles et parcours enherbés. © C.Carrière/FTV

"Dans ces parcours, la présence de l’arbre prend tout son sens", raconte Mathilde Bacou. Les poules vont pouvoir se délecter, au rythme des saisons, des fruits tombés au sol. L’arbre sert aussi à la poule d’abri pour se protéger des prédateurs que sont les rapaces.

Enfin, la poule craint terriblement la chaleur. Elle peut stresser et rester confinée. La présence des arbres lui permet de sortir plus volontiers de sa cabane et de se reposer à l’ombre des fruitiers.

"Laisser le temps à la volaille fermière de se construire"

Les durées d’élevage sont longues. Les volailles de chair sont issues de souches fermières à croissance lente.

L’objectif est de laisser le temps à l’animal de se construire, de laisser le gras pénétrer le muscle et offrir une viande plus juteuse et savoureuse.

Mathilde Bacou, éleveuse

L'idée est ici de laisser el temps au temps. Les poussins arrivent dans la basse-cour à l’âge d'un jour. Ils sont élevés entre 100 et 120 jours contre 80 pour les poulets estampillés "Label rouge" ou encore 4O pour les poulets dits standards.

"Nous sommes davantage dans une démarche qualité des sols que dans la recherche des étiquettes, affirme l'éleveuse. On est bien au-delà  des normes imposées par le bio. Quand on explique et que l’on joue la transparence cela vaut toutes les normes et les étiquettes. C’est l’avantage de la filière courte qui s’oppose par essence  à la filière industrielle".

 

Poule pondeuse sur l'exploitation du Gaec BCBG
Poule pondeuse sur l'exploitation du Gaec BCBG © C.Carrière/FTV

Le cycle de développement des animaux est respecté avec l'objectif d'obtenir une viande de qualité. Les poules pondeuses restent dans la basse-cour durant 15 mois. Au-delà elles sont proposées à l’adoption ou au pot.

Grains du terroir

" Toutes les volailles effectuent des rotations de parcours, le temps de ressemer, précise Mathilde Bacou. Elles sont élevées dans des bâtiments et des parcours à faible densité pour éviter les problèmes sanitaires. Les bâtiments sont déplacés à chaque fin de cycle. Tous les soins apportés sont préventifs dans la mesure du possible et à base de produits naturels".

L'éleveuse aime à dire que ses poules ont le goût des saisons et du terroir. Dans ce but, les exploitants produisent eux même maïs, blé tendre et féverole, donnés en mélange à picorer. Les grains ne sont pas traités après la récolte. "Et surtout pas de soja !" insistent-ils en estimant laisser le temps à la chair de devenir viande. 

Un drive installé sur l'exploitation du Gaec BCBG à Fourquevaux dans le Lauragais.
Un drive installé sur l'exploitation du Gaec BCBG à Fourquevaux dans le Lauragais. © C.Carrière

L'élevage s'est également adapté à la crise sanitaire. Face à la recherche de circuits courts des consommateurs lors du premier confinement un système de "drive" a été créé. "Il était dans les cartons et il a pris son essor et tout son sens au début de la pandémie. On a eu une demande exponentielle, les gens se sont déplacés. Cela nous a servi de vitrine, une manière d’expliquer notre savoir-faire". 

Préparer l'avenir

Mathilde bouillonne d’idées et d’envies. Ce modèle d’élevage est un socle, "comme les fondations d’une maison. Après on doit pouvoir valoriser : les fruitiers vont donner des fruits et seront transformés en confiture. J’aimerais mettre en place un atelier de découpage commun avec les éleveurs du Lauragais et créer aussi un atelier de conserverie". Le credo du couple : avec des projets, on crée des emplois dans les campagnes proches de la ville.

Une telle exploitation ne s'envisage que sur le long terme. "Il faut planter des arbres dès maintenant si l’on veut dans 15 ans préserver ce type d’élevage en plein air", expliquent Mathilde et Yann Bacou. S'adapter au réchauffement climatique est une préoccupation centrale du couple. Ils réfléchissent à leur usage de l'eau, de l'espace cultivé. Pour ces éleveurs, l’homme a été construit par des écosystèmes et c'est aujourd'hui à lui de construire des écosystèmes adaptés.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
agriculture économie innovation environnement