Procès AZF : l'accident chimique au coeur des débats

Depuis le 9 mars, la cour d'appel de Paris examine la piste retenue par l'accusation, celle de l'accident chimique. Pendant plusieurs jours, experts judiciaires et experts de la défense s'affrontent pour soutenir ou contredire l'hypothèse d'un mélange accidentel de deux produits incompatibles. 

La cour d'appel de Paris est désormais dans le vif de la catastrophe d'AZF. Pendant 15 jours, elle examine la piste retenue par l'ordre de renvoi devant le tribunal correctionnel, soit la théorie de l'accusation.

Selon cette dernière, c'est bien un accident chimique qui s'est produit le 21 septembre 2001, à Toulouse, provoquant l'explosion du hangar de stockage de nitrates d'ammonium déclassé, appelé hangar 221.
L'accident serait dû, toujours selon l'accusation, au mélange involontaire de deux produits chimiques fabriqués dans l'usine AZF mais réputés incompatibles : le nitrate d'ammomium et le DCCNa, un dérivé chloré. 
Tous deux étaient fabriqués dans deux secteurs différents de l'usine, séparés par une barrière invisible de sécurité. 

Les experts judiciaires ont retenu le scénario suivant : le 19 septembre 2001, soit deux jours avant la catastrophe, un salarié de la Surca (entreprise sous-traitante en charge de la gestion des déchets dans l'usine) découvre dans le hangar 335 un GRVS (sac de très grande capacité) éventré et "fuyard" de NAI (nitrate d'ammonium). L'employé pellete le produit présent dans le sac ou déjà au sol et le transfère dans une benne. C'est lors de cette opération que les experts estiment que des balayures de DCCNa ont pu être ramassées et jetées dans la même benne.
Le contenu de cette benne, le salarié de la Surca va le déposer dans le sas du hangar 221, le 21 septembre 2001, soit quelques minutes avant l'explosion. 
Le nitrate d'ammonium est un produit stable : seul, il n'explose pas. Mais mélangé au dérivé chloré et à l'humidité présente dans le hangar 221, il forme du trichlorure d'azote, soit un gaz explosif. 
C'est la conviction des experts judiciaires qui l'ont étayée en reproduisant l'explosion du hangar lors d'un tir réalisé le 8 avril 2005, au centre d'esais de Grammat, dans le Lot. 

Seulement voilà, cette théorie, la défense n'y a jamais cru et la combat de toutes ses forces depuis maintenant 15 ans
Les experts scientifiques cités par la défense et certaines parties civiles s'emploient à démonter l'expertise judiciaire, qu'ils qualifient pour certains de légère.
Pour eux, il n'est pas possible de pelleter du DCCNa sans être fortement incommodé : le salarié s'en serait donc forcément rendu compte.
D'autre part, si le mélange est explosif, pourquoi n'a-t-il pas détonné dans la benne ?
Enfin, il n'existe pas de preuve de la présence de DCCNa dans le hangar 335, selon les responsables de l'usine et de Grande Paroisse, la filiale de Total. Et en admettant qu'il y en ait eu (ce que la défense conteste), la réactivité chimique du DCCNa n'aurait pas été suffisante, car il aurait été alors "désactivé"...

En première instance, le tribunal correctionnel de Toulouse avait estimé que le mélange accidentel de nitrate d'ammonium et de DCCNa, conséquence de manquements dans la chaîne de gestion des déchets dans l'usine, était probablement la cause de l'explosion. Mais faute de "certitudes", les prévenus avaient été relaxés.

En 2012, ils ont au contraire été lourdement condamnés par la cour d'appel de Toulouse, celle-ci retenant le "lien de causalité par défaut", soit qu'en l'absence de preuves pour toute autre hypothèse, la piste accidentelle devait être retenue, "à défaut d'autre chose". 

Nitrate d'ammonium et DCCNa
Le nitrate d'ammonium est un solide cristallin de couleur blanche, très hygroscopique (qui a tendance à absorber l'humidité de l'air), très soluble dans l'eau. Il existe du NNA (nitrate d'ammonium agricole) et du NAI (nitrate d'ammonium industriel). Seule leur granulométrie permet au profane de les distinguer...

Le DCCNa est un produit chloré, dérivé de l'urée, utilisé dans la désinfection des eaux de piscine et le traitement des eaux usées. Son vrai nom est dichloroisocyanurate de sodium.