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Procès du meurtrier présumé de Patricia Bouchon : le témoin n°1 à la barre

Le portrait-robot établi grâce au témoignage de Nicolas Gelis, le 19 février 2011. / © Gendarmerie nationale
Le portrait-robot établi grâce au témoignage de Nicolas Gelis, le 19 février 2011. / © Gendarmerie nationale

Nicolas Gelis a été longuement entendu mardi 19 mars 2019, au 4ème jour du procès de Laurent Dejean jugé pour le meurtre de Patricia Bouchon. C'est lui, ce matin du 14 février 2011, qui a croisé la joggeuse de Bouloc puis, immédiatement après, une voiture à l'arrêt, feux éteints.

Par Marie Martin

C'est son témoignage qui a permis d'établir le portrait-robot du suspect et donc de faire avancer l'enquête. 

Nicolas Gelis, éducateur sportif en Bourgogne, doit faire appel à sa mémoire, huit ans après les faits.
Ce matin du 14 février 2011, ce jeune chauffeur-livreur quitte son domicile de Saint-Jory (Haute-Garonne) peu avant 4 heures du matin, pour rejoindre son lieu de travail à Montauban (Tarn-et-Garonne).

Il traverse Bouloc vers 4h30 et à la sortie du village, croise une femme faisant son footing. Patricia Bouchon.
Immédiatement après, il doit faire un écart pour éviter une voiture arrêtée sur la route, moteur et phares éteints, et qui "mord" sur la voie de circulation sur laquelle roule Nicolas Gelis.

Surpris, il freine, puis s'arrête sur le bas-côté, à hauteur de l'autre véhicule. Il croise le regard d'un homme qu'il décrira comme étant âgé "entre 30 et 50 ans, portant un bonnet et une barbe de quelques jours".

Immédiatement après, l'homme redémarre en trombe. Nicolas Gelis se souvient que "la première a souffert". Il jette un oeil dans le rétro puis sur l'horloge de son tableau de bord. Il est 4h33.

Détails importants que rapportera Nicolas Gelis : le véhicule arrêté est une Clio, le témoin est formel, il a la même. Elle est de couleur claire et les sièges arrières sont rabattus.

De ces informations, Nicolas Gelis ne fait rien dans l'immédiat : il ignore la disparition de Patricia Bouchon. Lorsque celle-ci devient une affaire médiatisée, il se rend sur les conseils de sa mère à la gendarmerie de Fronton (Haute-Garonne). On est alors le 19 février 2011, soit cinq jours après la disparition de la mère de famille.

Un portrait-robot est établi (qui ne sera diffusé que bien plus tard) et un transport sur les lieux permet de situer la "rencontre" des deux Clio. On est à quelques mètres seulement de l'impasse dans laquelle on retrouve, quelques jours seulement après la disparition de Patricia, son chouchou, une de ses boucles d'oreille et plus loin, une importante trace de sang.

Seulement voilà, de déposition en déposition, il y a (comme souvent) des imprécisions, voire des contradictions dans les déclarations de Nicolas Gelis, qu'il ne peut expliquer, huit ans après les faits. Ces "dissonances", l'avocat général et les avocats de la défense de Laurent Dejean s'en emparent.
 
La couleur de la voiture ? Nicolas Gelis l'a décrite comme "claire, grise puis gris anthracite". Celle que l'on suppose avoir appartenu à Laurent Dejean était blanche.

Comment Nicolas Gelis a-t-il pu si bien décrire l'homme aperçu quelques secondes ? "J'ai une excellente mémoire visuelle", explique-t-il à la barre, ce mardi 19 mars 2019, 4ème jour d'audience du procès de Laurent Dejean devant la cour d'assises de Haute-Garonne. "Quand je vois quelqu'un une fois, je le retiens". De plus, il explique lors d'une de ces dernières auditions, en 2015, que le plafonnier de la voiture arrêtée était allumé. "Mais pourquoi ne l'aviez-vous pas dit avant ?", demande maître Guy Debuisson, avocat de la défense. Nicolas Gelis ne sait que répondre. Il semble que personne ne lui ait posé la question. 

Autre "faille" : Nicolas Gelis, confronté à un "tapissage" soit à la photo de 12 hommes dont Laurent Dejean, en désigne deux mais pas l'homme qui comparaît aujourd'hui devant la cour d'assises de Haute-Garonne. 

L'avocat général s'étonne que lors d'une de ses dernières auditions (là encore), Nicolas Gelis parle du "regard de psychotique" du suspect. "Je ne m'en souviens pas", explique le jeune homme.
"Vous l'avez dit, pourtant", réplique le magistrat. Qui précise que cette description intervient, dans la chronologie de l'affaire, après l'expertise psychiatrique de Laurent Dejean et le diagnostic posé de "psychose et schizophrénie".

" Est-ce que vous voulez dire que j'ai été influencé dans mes réponses par les enquêteurs ?", sourit Nicolas Gelis.
L'avocat général esquive.
Mais pas maître Guy Debuisson : "Toutes les évolutions de vos déclarations vont à l'encontre de Laurent Dejean. Cela interroge. Est-ce que vous vous rendez compte de votre responsabilité ?"

Nicolas Gelis ne se laisse pas impressionner. Lui qui a expliqué plus tôt n'avoir fait à l'époque aucun lien entre la joggeuse et la Clio arrêtée est clair : il a dit ce qu'il a vu, à plusieurs reprises, entre 2011 et 2015.
Commenter aujourd'hui ses déclarations de l'époque est un exercice difficile...

* Le procès de Laurent Dejean se tient devant la cour d'assises de Haute-Garonne jusqu'au 29 mars 2019. 

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